Synthèse n°3

Synthèse n°3 Décembre
Bonjour à tous ! Famille, amis, contributeurs à mon projet,
Me revoilà, arrivant au terme de mon voyage indien puisque je prends ce soir, mercredi 7 décembre, l’avion en direction de Chengdu en Chine. Le mois de Novembre fut, comme tous les autres, fort en émotions.  Dans ma dernière synthèse, je m’apprêtais à partir pour Rishikesh, capitale mondiale du Yoga située dans l’état d’Uttarakhand (« le pays des dieux ») au nord de l’Inde.De retour à Delhi, je peux maintenant rendre compte de mon expérience.
L’atmosphère de Rishikesh est magique pour plusieurs raisons. D’abord, elle se situe au bord du Gange, sur les contreforts de l’Himalaya. L’eau du fleuve sacré est très pure, sortant tout juste de sa source. Les indiens ont coutume de s’y baigner. Ensuite, il s’agit d’une ville où la recherche spirituelle imprègne toute activité. Des dizaines d’ashram entretiennent les traditions hindouistes, qu’il s’agisse du yoga, de la méditation ou des adorations des Dieux principaux du panthéon indien. Enfin, les gens qui viennent ici sont originaires du monde entier, mais travaillent tous au développement d’une sérénité dans la simplicité.
J’ai notamment discuté avec un californien, une New Yorkaise, des allemands, un Suédois, un canadien, des espagnoles, un brésilien partisan d’Osho, un irlandais de 70 ans qui consacre sa vie à explorer le monde, des israéliens dont Tally, une professeur de yoga Iyengar aux Pays-Bas qui m’a orienté vers l’ashram où elle pratique ici, un anglais Oliver de 24 ans qui refuse de choisir maintenant une boite, une femme et une voiture et utilise les moyens dont il dispose pour voyager, des népalais qui tiennent avec une passion et une attention étonnante leurs restaurants (l’Uttarakhand était un état népalais avant sa colonisation par les anglais), des chinoises dont certaines vivent à Chengdu, des français dont un couple qui a vécu au château de Gournay sur Aronde (village voisin de Neufvy) et a eu affaire à ma famille pour une histoire de pollution de l’Aronde (rivière), un australien de 24 ans qui est parti au Vietnam trouver plus de sens à sa vie…
Je logeais dans une chambre d’hôte à 3 euros la nuit. La famille est d’une gentillesse et d’une sagesse admirable, la grand-mère m’offrait des Aloo Parantha chaque dimanche matin. La mère, Seema, a partagé avec moi ses principales sagesses, concernant le vie, les enfants, le travail, le respect, l’effort, le bonheur… La nuit, le vent se lève et le temps est froid, moins de 10 degrés. En journée il fait aux alentours de 20 degrés. Pendant trois semane, mon programme était régulier, harmonieux et paisible. Le matin, après mon rituel vipashyana, je travaille sur ma recherche. Ptit-déj puis à nouveau recherche. Pratique personnelle du Yoga, avant de déguster un délicieux tali cuisiné par Seema. Cours de Yoga l’après-midi, recherche, dîner puis enfin méditation samatha.
Mon projet de recherche a beaucoup avancé. Pour le moment, je ne souhaite pas rendre publique ma première partie (50 pages) qui, bien que fondée sur le bouddhisme et la méditation, développe des idées originales qui méritent d’être retravaillées. La deuxième partie, consacrée au Yoga et au Taï-Chi-Chuan est lancée, bien que je sois loin de la fin. C’est elle qui permettra à mon responsable pédagogique d’évaluer mon année universitaire. Ainsi, je la développe indépendamment de la première partie, qui ne correspond pas aux critères de Sciences Po pour un mémoire de recherche. Je ferai cependant le lien ultérieurement. Je compte publier au fur et à mesure le contenu de cette deuxième partie. L’introduction et le plan sont disponibles sur mon blog.
Je pars donc en Chine ce soir, après avoir passé une semaine studieuse à Delhi, enrichie de moments magiques en compagnie de Deeksha, comme par exemple la visite du célèbre Taj Mahal. A tous ceux qui ont croisé ma route sur le sous-continent, merci pour vos lumières. Aux indiens, ma reconnaissance éternelle. Je fus inspiré comme jamais par votre force, sagesse, intégrité, humilité. Ici, la loi du karma est au dessus de toutes. Plus puissante qu’un texte ou qu’une institution juridiques, elle se vit partout, tout le temps. Je ne connais pas meilleure école que l’Inde.
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Synthèse n°1, Septembre

Il est 16h et je suis au cœur de New Delhi, en Inde. Hier, j’étais sur les flancs de l’Himalaya, à Tushita, un monastère bouddhiste perché au dessus de McLod Gang, ville refuge du Dalaï-Lama et du gouvernement Tibétain depuis l’invasion chinoise de 1959. J’y ai passé 15 jours à étudier le bouddhisme en théorie et en pratique, dans le cadre d’un cours d’introduction de la Foundation for the Preservation of the Mahayana Tradition. Le cours de bouddhisme, qui a duré 10 jours (09/09/16 – 19/09/16) était mené par Glen Svensson, un australien spécialiste de la culture et de la philosophie bouddhiste d’une pédagogie et d’une rigueur exceptionnelles. Le cadre monastique, impliquant notamment le silence en dehors des cours, m’a permis d’être très productif sur le plan intellectuel.
Je présenterai ici principalement les fondements de ma recherche (découverts avant mon départ, éclaircis à Tushita), qui diffèrent du plan que je vous ai proposé dans le dossier projet (I. Distinction effort physique/intellectuel, II. Paradoxe du Wu-Wei (effort de ne pas faire d’effort), III. L’engagement absolu du corps dans la pensée et ses limites). Centré sur les concepts flous de corps/pensée, ce plan était trop général pour permettre une étude rigoureuse. Les concepts d’efforts, de corps et de pensée ainsi que les thématiques que j’ai soulevées ont toujours une place essentielle en tant qu’outils ou médias, mais ils ne sont pas constituent pas mon objet fondamental de recherche.
Précisions : dans la mesure où je suis, par la nature subjective des enseignements que j’ai choisis, mon propre objet d’étude, toutes mes idées sont à ce stade personnelles et n’engagent que moi. De plus je suis désolé, je ne pouvais référencer ma pensée sur ce document sans (sur)dépasser la taille demandée (j’ai déjà triché sur les marges et la police). Enfin, mes recherches restent à ce stade hypothétiques. Tous conseils et critiques sont bienvenus.
Réflexion sur la méthodologie : difficile de choisir une méthodologie sans avoir d’abord défini une problématique. Mais difficulté à définir une problématique a priori de ma recherche, sans avoir accès aux connaissances qui me seront délivrées au cours de mes différentes formations. Prise en compte de mon futur master de recherche : sachant que la solution est toujours à la hauteur du problème posé, judicieux peut-être d’utiliser ma troisième année pour ouvrir des axes problématiques pertinents, grâce au rituel. Axes à résoudre en master.
 
Axiomes à l’étude : 1. Mon comportement est déterminé par la confrontation des conclusions de différentes chaînes de causalités (notamment intuition et rationalité) inhérentes à la structure biologique de l’être vivant. 2. Les problèmes que je rencontre résultent d’une incapacité de mes chaînes de causalités à déduire un comportement adéquat à la réalité de l’expérience. 3. Une expérience soulève des problèmes dont la nature ne varie pas en fonction de l’objet de l’expérience, mais des chaînes de causalités du sujet et du niveau de connaissance pratique et théorique de l’objet par ce même sujet. 4. Méthode de résolution d’un problème identique pour deux expériences différentes, pour peu que le niveau de connaissance du sujet soit identique pour les deux expériences et que les mêmes chaînes de causalités soient impliquées.
 
Objectifs : se protéger de l’effet kaléidoscopique = surabondance d’information horizontale (énoncés différents au plan sémantique mais identique au plan logique et syntaxique) empêchant un approfondissement des problèmes et ainsi une création d’information verticale. L’expérience horizontale de l’information (faire tourner le kaléidoscope) donne un sentiment de déplacement dans la pensée, mais ce déplacement n’est qu’un catalogue d’étiquettes linguistiques qui repose sans cesse le même problème àstagnation de l’information (et des connaissances associées) verticale, c’est-à-dire permettant de descendre à la racine d’un problème, strate après strate, jusqu’à la résolution finale.
 
Hypothèses : Le rituel donne à l’action un cadre méthodologique et spatio-temporel, créant ainsi une répétition de l’expérience et une facilité à descendre verticalement dans l’analyse des problèmes. Remède à l’effet kaléidoscopique. Les problèmes de l’expérience étant issus d’une incapacité de mes chaînes de causalités à déterminer un comportement adéquat à la réalité de l’expérience, c’est en modifiant le fonctionnement de ces chaînes que le rituel permet de descendre dans les strates problématiques. L’adaptation des rituels à chaque individu renforce son efficacité. Le rituel collectif ne reposerait plus sur la mise en commun des objets rituels (information horizontale) mais sur l’expression rituelle d’un même niveau de connaissance, ou strate problématique. Une strate problématique correspond à un niveau rituel. Parce que nos décisions émanent de différentes chaînes de causalités, il faut développer une série rituelle par chaîne de causalités. L’ensemble de tous les rituels, regroupé au sein de quelques séries rituelles, forme un système rituel, propre à chaque individu. Le système rituel doit avoir une cohérence globale.
Enjeux : Une culture mondialisée tant à s’imposer, remplaçant les repères culturels de nombreux individus, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, car ainsi on peut espérer voir disparaître les revendications identitaires violentes. Le pire, car si jamais la culture monde ne parvient pas à gagner en profondeur éthique et morale malgré un niveau extrême de globalité, les individus se trouveront privés d’outils efficaces contre leurs problèmes quotidiens et dans l’impasse la violence passera. Il s’agit de donner de la profondeur à l’information collective sans perdre en globalité. Il s’agit de résoudre le sentiment de relativisme, de vide existentiel et de dispersion résultant d’une stagnation à la surface des problèmes. Il s’agit enfin de trouver du sens et de l’épanouissement dans des comportements réguliers, moins dépendants du besoin de nouveauté et des bonheurs extrinsèques, valorisant le sentiment de puissance qualitative de l’énergie plutôt que sa consommation quantitative stérile pour notre développement existentiel et destructrice pour l’environnement.
 
Problématique proposée : Le rituel, source traditionnelle de diversité mais aussi de pression culturelle, peut-il se redéfinir pour devenir un outil efficace face aux enjeux contemporains ? Pour permettre de descendre en profondeur des problèmes de la modernité et éviter ainsi la superficialité, le gaspillage de sens et d’énergie ?
 
Concepts clés : problème, strate problématique, chaînes de causalités, méthode, information horizontale et verticale, effet kaléidoscopique, rituel, série rituelle, système rituel, énergie et puissance.
A Tushita, j’ai défini une série rituelle portant sur notre principale chaîne de causalité : l’esprit, ou cerveau. En m’appuyant sur l’incroyable connaissance que le bouddhisme a du cerveau et de ses mécanismes de prise de décision (cette tradition spirituelle rivalise avec les théories scientifiques les plus modernes tant par exemple en physique théorique qu’en psychologie cognitive et comportementale), j’ai travaillé sur le sentiment de puissance comme moteur de la motivation mentale, et l’insuffisance de la consommation ou de la dépense d’énergie physique pour l’éprouver. La puissance serait à la conscience ce que l’énergie est au corps. L’effort intellectuel est ici central, mais en tant que focalisation sur l’expérience intrinsèque de l’énergie (tradition asiatique), et non sur ses effets extrinsèques (tradition occidentale).
La formation de Yoga et de philosophie indienne que je m’apprête à suivre à la Bihar School of Yoga me permettra de continuer à travailler sur l’expérience de la puissance, plus en lien avec l’effort physique. J’y développerai d’autres séries rituelles, tout en listant et en résolvant progressivement les problèmes que chaque niveau rituel soulève.
Ce choix thématique de l’énergie et du rituel est intimement lié aux défis écologiques que nous devons relever. Il montre que le gaspillage énergétique n’est pas du à un problème systémique, mais à un problème de perception individuelle de la valeur de l’énergie.
Lien pour des photos : https://drive.google.com/open?id=0B4ZGmg_CFx9La1V6SzNvZ2tPVU0

2. Le discours scientifique, synthèse

1. Le discours scientifique permet

– de manipuler une grande diversité d’objets et de sujets, grâce à la flexibilité et à la richesse de son langage.
– de déclarer réel un phénomène ou un lien entre des phénomènes qui provoque un ensemble de perceptions définies (caractéristiques) à partir de leurs caractéristiques communes et récurrentes.
– de donner aux signes linguistiques une probabilité performative qui est d’autant plus fiable que le lien entre le discours et le réel a été plusieurs fois vérifié.
– de définir quels sont les principes nécessaires à certaines pensées et perceptions (axiomes, noumènes kantiens).
– de progresser en montrant que des connaissances peuvent êtres contredites par d’autres. Il abat des illusions.
– de placer la connaissance du côté de la certitude et de la régularité.
– de déterminer dans quelles conditions et par quels moyens on peut modifier des éléments de notre environnement avec la plus grande certitude possible. Cependant, ce désir d’action nous enferme dans nos repères perceptifs et nous empêche de voir au-delà.
– de déduire qu’il existe un double déterminisme : déterminisme du sujet perceptif car si nous pouvions tout percevoir à volonté, il n’y aurait plus de distinction possible entre le vrai et le faux. Et déterminisme du monde extérieur car si les informations perçues n’obéissaient à aucune loi universelle, alors il n’y aurait pas de raison pour que certaines se manifestent à nos sens de manière constante et récurrente.
– de se légitimer en se présentant en adéquation avec l’intuition rationnelle ou l’observation empirique.
– au prix d’efforts physiques et intellectuels, de percevoir des phénomènes qui étaient situés hors de notre champ perceptif habituel (élargissement quantitatif)
– de donner des caractéristiques aux phénomènes qui valent relativement à un appareil perceptif particulier. Plus il s’agit de caractéristiques perceptibles par tous, plus elles sont jugées évidentes et plus elles seront au fondement des théories (axiomes).
 

2. Le discours scientifique ne permet pas

– d’affirmer la vérité absolue de ses axiomes, indépendamment des postulats et de la relativité de nos perceptions (constructivisme, Quine, axiomatique, pétition de principe…).
– de justifier lui-même le lien entre les signifiants et les signifiés (pétition de principe).
– d’être parfaitement fidèle à la réalité sensible (il reste toujours une médiation symbolique minimum sinon il ne s’agit plus d’un discours).
– d’appréhender les phénomènes qui échappent à nos cinq sens connus et/ou qui sont non réguliers.
– d’écarter la philosophie lorsque se pose le problème des fondements, c’est-à-dire de la justification de ses axiomes ou du lien signifié/signifiant.
– de prétendre à l’objectivité car elle prend position pour une philosophie naturelle, un appareil perceptif déterminé
– de remettre en cause la philosophie naturelle, c’est-à-dire la pertinence de l’expérience sensible dans l’élaboration de connaissance
– d’augmenter notre pouvoir perceptif car trop souvent, il utilise les perceptions mais ne les cultive pas en elles-mêmes.
– de trouver une stabilité absolue car même l’existence d’informations théoriques (connaissance d’une loi, d’une forme…) semble relative à un système fini dans l’espace-temps.
– de répondre  à tous nos besoins linguistiques. Si je veux connaître mes rêves pour raconter à mes amis les histoires qui s’y déroulent, la carte de l’activité électrique de mon cerveau pendant le rêve est peu pertinente et fausse car elle ne me permet pas de transmettre la connaissance que je cherche.
– de s’affranchir des lois physiques par le système qu’elles déterminent, nous pouvons seulement les manipuler, orienter, contourner…

2. Comment analyser un discours ?

Un langage propose différents modes d’expression, différents discours. Si un discours, du latin discursus (courir) s’apparente à une course, un mouvement, demandons-nous qu’est-ce qui court, vers quoi, pourquoi et comment. Je souhaite présenter 6 caractéristiques générales du discours :
– Le support du discours est la nature physique du langage qui le formule. Il peut s’agir de sons, gestes, dessins, lettres, idéogrammes ou encore de 0 et de 1. C’est une caractéristique étudiée notamment par la médiologie1 qui décrit comment une idée s’incarne et se transmet en fonction de l’évolution des cultures et des techniques. Elle répond à la question : quel est le corps de l’information ? Régis Debray, son fondateur, distingue ainsi quatre supports généraux de l’information linguistique appelés des médiasphères : la logosphère (transmission orale), la graphosphère (transmission écrite), la vidéosphère (transmission analogique) et l’hypersphère (transmission numérique). Ces sphères apparaissent grâce à la réunion des conditions physiques/techniques nécessaires à la transmission d’information. Un exemple de condition nécessaire à l’apparition du langage parlé dans la logosphère, est la descente du larynx dans l’évolution de l’homme. Les études en biologie et en paléoanthropologie montrent que sans une position basse du larynx, nous ne pourrions pas articuler autant de sons et donc parler une langue élaborée.
Le discours est plus ou moins facile à énoncer selon les contraintes qui pèsent sur son support. Les contraintes sont issues à la fois du système qui énonce (structure biologique, capacité mémorielle…), de celui qui reçoit (connaissance des règles linguistiques…) et de l’environnement dans lequel voyage l’information (structure de l’espace-temps…). Ces contraintes déterminent donc la forme du discours. Pour choisir son discours, il faut d’abord choisir un langage puis définir les contraintes qui pèsent sur lui.
– La forme du discours désigne la manière dont est manipulé le support linguistique pour créer du sens. Lorsqu’on cherche à définir la forme d’un discours, on s’intéresse donc aux signifiants qui le constituent. Cette caractéristique est notamment étudiée par la sémiologie et la syntaxe. Je vais m’attarder sur la sémiologie, qui est une discipline peu connue et pourtant fondamentale2. Elle se définit comme la science étudiant la relation entre les signes ou systèmes de signes et ce qu’ils signifient. Pourquoi avoir choisit tel signe pour exprimer telle chose ? Quel est le sens associé à un signe selon les époques ? Comment décrire le lien entre le signifiant et le signifié ? En répondant à ces questions, la sémiotique nous permet d’appréhender la nature première des discours.
Tout d’abord, il semble important de faire la distinction entre un signe et un symbole. Voici ce qu’on peut lire sur un site de philosophie3 : « En un sens très large, le signe est toujours un symbole, puisque le signe évoque quelque chose d’autre que lui-même. Ainsi le signe « la table  » évoque une réalité, à savoir telle ou telle table. De même, le ciel qui se couvre peut être le signe qu’il va pleuvoir, alors qu’il ne pleut pas encore. Toutefois, le signe a ceci de spécifique qu’il n’entretient pas nécessairement un lien naturel avec la réalité dont il est le signe, tandis que le symbole conserve toujours un lien naturel avec la réalité dont il est le symbole. Ainsi Ferdinand de Saussure, linguiste français, a montré que le signe linguistique est toujours conventionnel, conséquence d’une décision ou d’un accord à l’intérieur d’une communauté. Il n’y a pas de lien naturel entre une table et l’utilisation du mot  » table  » pour la désigner. Le signe linguistique n’est donc pas une imitation de la réalité, sans quoi le mot  » eau  » devrait avoir les caractéristiques mêmes de l’eau ! A l’inverse, le symbole entretient un lien naturel avec la chose qu’il symbolise : si le lion est le symbole de la force, c’est en raison précisément de la force réelle du lion ». On comprend donc qu’il est plus rigoureux de parler de signe lorsqu’il s’agit d’un langage au sens stricte. Dans mes écrits précédents, j’ai par exemple parlé d’information symbolique-sensible. Désormais, je parlerai d’information significative-sensible.
Cette distinction signe/symbole étant faite, voici l’évolution historique de la sémiologie reconstituée en synthétisant l’article de l’encyclopedia universalis consacré à la discipline2. On apprend d’abord que le problème du signe remonte à l’antiquité et plus précisément aux stoïciens. Ces derniers comprennent en étudiant le syllogisme que les termes d’une expression ne sont vrais que si leurs signes sont reliés à une perception (pouvoir évocateur). En ce sens, le signe est une induction fondamentale associant le signe à la chose (cf deuxième article sur le langage)Sans elle, aucune induction logique ne serait possible car les signes logiques n’auraient pas de signification. Il me semble important de rappeler que le signifié auquel est associé le signe est nécessairement une information sensible, une perception consciente. Ainsi, puisque le monde que nous connaissons se révèle à travers un ensemble de perceptions, l’ensemble des signes associés à nos perceptions forme un système monde que nous pouvons modifier en créant de nouveaux liens entre les signes.
Un système monde formé par des signes est « réel » s’il évoque un système de perceptions connaissables. Il est complet s’il évoque toutes les perceptions connaissables dans le système. Il est partagé s’il évoque à plusieurs entités sensibles des perceptions connaissables dans le système et il est univoque si les perceptions connaissables évoquées sont les mêmes pour toutes les entités sensibles du système. Cette typologie des systèmes de signes réels permet de définir la connaissance comme capacité de traduire nos perceptions connaissables par des systèmes de signes. C’est en quelque sorte le passage d’un savoir faire/être à un savoir dire. La connaissance scientifique est le système de signe réel le plus complet, univoque et partagé. Nous verrons en détail pourquoi dans la partie consacrée à l’étude du discours scientifique. Je place en annexe 1 de cet article un historique de la connaissance sémiologique.
Passer du langage au discours ou à la communication implique de choisir  ses signes linguistiques en fonction de l’information qu’on souhaite véhiculer et de l’environnement donné. Ce choix peut se faire selon de multiples critères : clarté, rapidité, exhaustivité, complexité, universalité, émotion… Etudier la forme du discours, c’est comprendre à quelles contraintes elle répond et quels buts elle poursuit. Voyez le schéma ci-dessous :
 Image3
Ce schéma montre que pour choisir ou décrire la forme d’un discours, on doit d’abord admettre que le récepteur et l’environnement du discours impose des contraintes directes (espace-temps, attention…) et indirectes (langage) à l’émetteur. Dans le cas du langage, contrainte indirecte de l’environnement, l’émetteur doit le choisir de manière à ce qu’il soit transmissible dans l’environnement et compréhensible par lui-même et le récepteur. La forme du discours est déterminée directement par l’émetteur et sa volonté mais indirectement par le langage, l’environnement et le récepteur.
– Le contenu du discours correspond non pas aux signifiants du langage (forme du discours) mais à ses signifiés. Il s’agit de trouver à quelle perception, concept et représentation les signifiants sont associés. Autrement-dit, on étudie ici le sens du discours. La sémantique, science de la signification, est la discipline consacrée à ce travail (bien que la sémiologie soit proche, les frontières sont floues). Nous l’étudions à partir de l’article encyclopédique qui lui est consacré4. Elle étudie le sens des signifiants, autrement dit les signifiés d’un discours. Le signifié n’est ni le signifiant, c’est-à-dire la forme et le support du discours, ni le référent, c’est-à-dire la chose désignée. Le signifié serait la médiation nécessaire entre le signifiant et le référent, le lien permettant de passer de l’un à l’autre. Mais il s’agit fondamentalement plus que d’un simple lien. En effet, que connaît-on d’un référent et d’un signifiant sinon ce qu’ils signifient pour nous ? Il semble que le signifié soit l’incarnation même de l’information linguistique. Le problème de ce système signifiant/signifié/référent (hérité du structuralisme de F. de Saussure et formant le triangle sémantique visible ci-dessous), c’est l’arbitraire de sa définition.
En effet, il est difficile de dire dans quelle mesure un référent ou un signifiant sont fidèles à leur signifié. Différentes langues découpent ainsi le réel de manière relative à leur environnement d’utilisation (cf l’exemple de la couleur blanc pour les inouïts, hypothèse Sapir-Whorff). Il s’agit là d’un fort déterminisme linguistique. Des anthropologues come Jack Goody (La raison graphique, 1979) soutiennent ce déterminisme.
La sémantique componentielle se donne pour tâche de décrire les structures linguistiques. C’est elle par exemple qui identifie les champs lexicaux. Les applications sont multiples, à commencer par le domaine de l’informatique pour l’analyse de données. L’objectif fondamental de la sémantique componentielle est de donnant du sens aux signifiants en les mettant en relation, c’est-à-dire en créant du contexte. Des outils informations permettent de créer de telles relations entre les mots, on parle de thésaurus (du latin répertoire) qui sont des indexes améliorés. Le problème des tentatives de définition holistique d’une langue, que ça soit en intension ou en extension, c’est la persistance de mots dont la sémantique est ambigües. Il est par ailleurs difficile de distinguer le cotexte (linguistique) du contexte (extralinguistique).
L’approche cognitive de la sémantique, sur laquelle nous reviendrons, propose plusieurs modèles d’analyse du sens à commencer par le prototype. Il s’agit là de définir l’objet le plus représentatif d’une catégorie linguistique (la pomme pour les fruits par exemple). On est proche ici des idéaux types de Weber. Cette approche valorise une méthode d’analyse interdisciplinaire mais ne parvient pas à résoudre des problèmes inhérents au fait même de catégoriser.
La définition du concept de sens est un problème complexe que Björn Larsson, un spécialiste danois de la sémantique, aborde sous un angle original5. Il explique que les définitions du sens sont multiples (prototypique, aristotélicienne, wittgensteinienne, référentielle, inférentielle…) et qu’il est absurde de vouloir les réduire à une seule. Dans un article consacré à ce sujet, il nous dit : « il semblerait que toute interrogation sur le sens relève d’une certaine manière du paradoxe ou de la tautologie. Considérez d’abord la question : « Est-ce que le sens existe ? ». Si nous ne comprenons pas la question, nous pourrions peut-être prétendre que le « sens » n’existe pas. Seulement, on ne pourra pas le dire. Si nous comprenons l’affirmation que « le sens n’existe pas » – même si nous sommes tentés de la rejeter – nous avons au moins admis qu’il existe quelque chose qui « fait sens » et non pas le contraire. […] Ce qui est important à noter, c’est que toutes les solutions proposées sont fondées sur la compréhension préalable du sens de la description définie, faute de quoi, bien sûr, le problème ne se poserait même pas ». La solution proposée par Larsson est de penser le sens comme un concept intersubjectif. Autrement dit, a un sens une conception partagée par un groupe, peu importe sa substance. Rigoureusement, il nous dit que « le sens verbal est une conceptualisation intersubjective dont l’existence est constatée et mémorisée par au moins deux locuteurs sous la forme d’un signe ou de rapports entre signes ».
Cette idée renforce le célèbre private language argument de Wittgenstein qui démontre qu’il est incohérent de croire en l’existence d’un langage individuel, c’est-à-dire un langage intraduisible et impossible à apprendre par quelqu’un d’autre que la personne qui sait lui donner un sens. Ainsi, ce qui a du sens pour une personne en aurait nécessairement aussi pour une autre et sans langage public, il ne pourrait pas y avoir d’expérience privée. Cependant, cet argument entre en contradiction avec le sentiment que le sens accordé aux choses par les individus est subjectif. On ne peut être certain d’attribuer un même sens universel au fait par exemple de jouer de la guitare. Nous sommes donc face à un problème que ni une conception du je, purement subjective, et ni une conception de l’autre, purement objective, ne peut résoudre. Ainsi, Larsson nous propose de penser le sens comme l’expression du nous. Il entend par là « une épistémologie de la connaissance interactionnelle (Mead), de l’observation participante (Boas, Jakobson, Bakhtine), de l’expérimentation dialogique (Vygotsky, Harré & Gillet) et de la pragmatique transcendantale (Apel, Habermas) ». Le contenu d’un discours est accessible à tous les individus mais relativement à leur expérience des signifiés évoqués. Le guitariste ne donne pas le même contenu au mot guitare que le saxophoniste.
Selon Larsson, seule l’étude empirique « en situation » permet de déterminer quelle part de variabilité et de stabilité tient dans le sens d’un signifiant (sémantique des situations, pragmatique). Ce faisant, il rejoint tout le courant de la science moderne, fondé sur une logique inductive et probabiliste. L’auteur va même jusqu’à citer la mécanique quantique comme exemple d’interactionnisme. Pas de doute, il est dans l’ère du temps. Pour vous montrer à quel point il défend en fait une conception naturaliste et inductive de la signification, voici la méthode de détermination du sens qu’il propose :
« Une étude du sens attaché au mot amour devra ainsi commencer par la formulation d’hypothèses sur l’éventuel noyau du sens, relativement stable et trans-situationnel, qui serait commun à toute la communauté linguistique ou à des groupes de locuteurs à l’intérieur de celle-ci. La deuxième étape sera de préciser et de probabiliser les hypothèses à l’aide de toute la batterie des tests utilisés en sémantique : tests de compatibilités syntaxiques, tests d’anaphorisation, tests de commutation et d’autres encore. […] Il faudra encore passer par une vérification interactionnelle, faute de quoi la preuve recherchée reposera toujours sur le seul sentiment linguistique du sémanticien. Pour assurer un degré suffisant de contrôle intersubjectif, les hypothèses sont ensuite soumises à l’appréciation des collègues-linguistes ». Tout comme l’épistémologie, la sémantique moderne se soumet à la méthode scientifique mais ainsi, plutôt que de questionner la pertinence même de l’intuition perceptive, elle en fait le fondement même de toute connaissance.
Larsson assume sa prise de position en faveur d’une philosophie naturelle. Il estime que ce qui est vrai est ce qui est communément perçu. Cependant, il se place du côté de la méthode inductive en affirmant que la stabilité d’une connaissance est relative à une situation particulière. Il semble que tous les paradoxes autoréférentiels viennent d’une impossibilité de réduire un problème à un sujet ou à un objet. Autrement dit, il implique l’interaction et rend ainsi fausses  à la fois la définition du sujet et celle de l’objet. On ne peut plus penser le je et le il, il faut penser le nous. Pourtant, on doit admettre que le nous n’existe car par la fusion du je et du il. Compliqué, donc, de s’y retrouver. Ces problèmes valent pour l’heuristique, l’information, le sens, l’énergie, la pensée… brefs les concepts autoréférentiels.
– L’émetteur du discours désigne le système qui construit et émet l’information linguistique. Lorsque l’émetteur et le concepteur sont distincts, il faut le préciser (nos cordes vocales et nos poumons permettent l’émission d’un mot mais pas sa conception). Généralement, l’émetteur est doué d’une volonté propre, relative aux influences présentes et passées de son environnement. De plus, son langage influence également ce qu’il peut émettre. Je ne dis pas la même chose avec des formules mathématiques qu’avec des mots dans un poème.
– Le récepteur du discours représente le système qui reçoit l’information linguistique. Il peut s’agir d’un récepteur attendu ou inattendu. C’est au niveau du récepteur qu’on mesure le degré de pénétration intellectuelle (capacité à reformuler et à mettre en perspective) et performative (ce que le message induit comme changements chez le récepteur) du message.
– La raison du discours détermine à la fois la finalité et l’origine d’une transmission linguistique. Ainsi, elle nous donne le(s) facteur(s) déclencheur(s) d’une communication et le(s) but(s) de cette dernière. La raison du discours est directement liée à la volonté de l’émetteur, elle-même déterminée par sa structure biologique et les influences de son environnement (dont le récepteur). Il s’agit probablement de la caractéristique la plus importante en philosophie car c’est elle qui explique pourquoi le discours existe. La raison est toujours une raison d’être, elle donne du sens à l’existence de quelque chose.

Conclusion

Fort de ces 6 définitions, je vais analyser les discours les plus importants dans notre société. Mon objectif est d’abord, comme pour le langage, de mettre en évidence leurs limites (toujours relatives à une capacité perceptive).

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9diologie
  2. Julia KRISTEVA, « SÉMIOLOGIE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/semiologie/
  1. http://www.webphilo.com/definitions/voir.php?numero=40
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9mantique
  3. https://www.cairn.info/revue-langages-2008-2-page-28.htm

Annexe 1 Sémiologie

Historiquement, la pratique de la sémiologie se divise en deux temps : de l’antiquité jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’ambition des penseurs est de mettre en évidence les structures des langages et leur signification véritable. Ils définissent pour cela leurs propres règles syntaxiques et sémantiques, mais aussi parfois leur propre langage. Bien que certains, notamment les logiciens, poursuivent cette tâche au XXème siècle, la pratique de la discipline s’oriente vers une philosophie et une science du signe, c’est-à-dire un questionnement sur le sens du lien signifié/signifiant, sur la relativité du processus de signification selon les contextes socio-historiques et les conceptions du sujet (conscient, inconscient, libre, déterminé…).
Au Moyen-Âge, le signe et plus spécifiquement le « verbe » sont l’expression d’une transcendance (christianisme). Ainsi, de même que les Idées de Platon son immuables, le sens et les règles d’articulation des signes doivent être strictement définies. A la renaissance, le souci est plutôt de toucher une vérité du signe, mais cela revient à vouloir penser la transcendance. C’est dans ce but qu’est rédigé la Logique de Port-Royal (Arnauld et Nicole, 1662), un des premiers traités de grammaire et de logique.
Au début du XVIIIème siècle, Leibniz a pour ambition de mathématiser l’entendement humain qui se manifeste par la manipulation des signes linguistiques. Selon lui, il existe un système de règles formelles défini par les mathématiques. Cependant, le sens des signes est relatif aux systèmes de sens auxquels ils appartiennent. Il y a donc une même mathématique (d’inspiration spirituelle) qui régit la poésie, la musique, la morale, la politique… mais la syntaxe est toujours appliquée à des objets particuliers ayant leur propre sens. Cependant, Locke peine à mener à bien son projet de mathématisation de l’entendement humain car il comprend que son outil de réflexion, c’est-à-dire principalement le langage verbal, est limité.
C’est pourquoi à la même époque le courant empiriste émerge, derrière notamment Locke et son Essai sur l’entendement humain (1689). L’objectif des penseurs passe d’une tentative de rationalisation formelle des langages à une tentative de compréhension rationnelle du processus de signification. C’est ainsi le sujet lui-même qui est mis à l’étude. Se pose alors le problème des lois fondamentales de la signification nécessaires à l’émergence du sens (positivisme logique de Boole, Frege, Peirce…). Ici, les rationalistes rencontrent les empiristes et les phénoménologistes (Husserl). Les penseurs du Cercle de Vienne (Wittgenstein) poussent cette tradition à son apogée. La connaissance formelle rencontre la connaissance empirique, les deux se justifient mutuellement (évidence perceptive).
Le logicien Carnap propose une philosophie du lien entre syntaxe et sémantique : la théorie des modèles. Dans la continuité de Leibniz qui distingue une vérité formelle et une vérité sémantique relative au contexte, Carnap déclare : « « Un système sémantique est un système de règles (la syntaxe) qui énoncent les conditions de vérité des phrases d’un langage-objet et, par ce moyen, la signification de ces phrases. Un système sémantique S consiste dans des règles de formation définissant l’expression « phrase dans S », des règles de désignation définissant l’expression « désignation dans S » et des règles de vérité définissant l’expression « vrai dans S ». Cela fait échos à ce que nous avons déjà dit à propos du langage : l’information significative-sensible se transmet grâce à une convention, un système de règles appliquées à un modèle. La règle est une caractéristique analytique du signe.
Ferdinand de Saussure distingue à la même époque la sémiologie de la logique. Selon lui, la sémiologie n’a pas pour rôle de définir un langage absolu capable d’unifier les sciences mais simplement décrire les systèmes de signes dans la diversité de leur pratique socio-historique. Il définit donc sa sémiologie comme « une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » L’empirisme devient alors un critère de signification parmi d’autre. Il n’est pas plus vrai qu’un autre. Selon de Saussure, la linguistique ne se confond pas avec la sémiologie mais il nous dit qu’elle  est « le patron général de toute sémiologie, bien que la langue ne soit qu’un système particulier ». Les penseurs contemporains de la sémiologie (Barthes, Strauss, Foucault) approfondissent cette approche relativiste qui n’épargne finalement aucune discipline intellectuelle. La découverte de l’inconscient freudien et les progrès des neurosciences tendent à montrer qu’une partie de la signification échappe à la conscience du sujet signifiant. L’ambition de la sémiotique moderne est donc de décrire les systèmes de signes dans leur diversité, en étudiant leurs formes relatives et universelles. Autrement-dit, il ne s’agit plus de nier une conception particulière du sens d’un mot, mais de l’accepter relativement à un contexte socio-historique donné…

2. Concepts clés, discours et langages

Dire

La frontière :

– implique un changement qualitatif du système pour se traverser alors que la limite nécessite un changement quantitatif pour se repousser.
– ne peut être traversée que par des entités ontologiques (sujets).

La limite :

– tend vers un absolu indépassable alors que la frontière peut se traverser. La définition d’une frontière et d’une limite est relative aux caractéristiques connues des systèmes qu’elles affectent.
– ne peut être repoussées que par des entités ontologiques (sujets).

Le système :

– est défini par ses frontières et ses limites, relatives aux caractéristiques du système et de son environnement.
– peut donc se redéfinir de manière frontalière (c’est-à-dire substantielle, intensive, explicite, analytique) ou limitative (c’est-à-dire formelle, extensive, implicite, synthétique).
– peut avoir des frontières semblables mais des limites différentes (et vice versa).

L’information :

– existe dès lors que des systèmes distincts interagissent et que l’état de quelque chose nous révèle une caractéristique de l’état d’autre chose (inférence). La relation d’indication peut correspondre à une convention naturelle (lois physiques) ou culturelle (significations d’une langue). Qui dit convention dit régularité, contrainte de la relation. Il s’agit en fait d’une inférence.
– n’implique pas nécessairement une mémoire consciente pour traduire une relation d’indication.
– est perceptible si et seulement si elle est portée par un support sensible pouvant se déplacer jusqu’à un récepteur.
– peut générer des sensations et des émotions au présent à partir de perceptions et émotions passées (qu’il fait en quelque sorte revivre). Le passé y rencontre donc nécessairement le présent. Peut-il, dans ce cas, y avoir de l’information or de l’espace-temps ? Cela serait contradictoire. Cependant, nous pouvons peut-être revoir notre définition de l’espace-temps.
– est pertinente si elle évoque une relation perceptible par son récepteur dans un modèle.

La communication :

– est l’échange d’information entre au moins deux systèmes et/ou les parties d’un même système (qui doivent partager le même langage).
– externe est relative aux facultés et à la volonté des systèmes communiquant et aux contraintes de l’environnement.
– interne (et donc l’utilisation d’un langage) est relative aux facultés et à la volonté d’un système et aux contraintes de l’environnement. Elle est plus libre de l’environnement que la communication externe. Il est donc plus facile de trouver un passage vers d’autres possibles en nous qu’à l’extérieur de nous.
– est possible si et seulement si elle est portée par un support sensible pouvant se déplacer de l’émetteur au récepteur et compris par eux. Elle présuppose donc l’existence d’un champ informationnel dans lequel coexistent des systèmes distincts mais capables de s’échanger de l’information.
– est relative aux similitudes sensorielles des systèmes

Le langage :

– est la capacité d’évoquer une information sensible passée (signifié) par une information sensible présente (signifiant) associée symboliquement à l’information passée (convention).
– n’implique pas un sujet conscient
– est présent partout où il y a des phénomènes en interaction
– est un outil dont l’objectif est la communication interne et externe. Son fonctionnement, relatif à une culture, détermine quelles sensations sont perçues et conçues. L’information qu’il est possible de tirer des phénomènes est donc relative au langage utilisé pour les décrire.
– mobilise la mémoire sensorielle et émotionnelle pour associer/distinguer les informations (via la perception et la conception).
– peut véhiculer des informations relatives à ce que le sujet peut percevoir (pour faire sens, il faut stimuler un sens). La perception ou la création d’information est donc relative à une sélectivité sensorielle et intellectuelle. Cette sélection est consciente ou inconsciente, mais toujours subjective.
– est de nature évolutive. On peut nommer de nouvelles perceptions ou créer de nouvelles associations de perception presque à l’infini (il suffit de préciser/modifier/créer des définitions).
– n’a pas de frontière car il s’agit d’un outil porté par un sujet, pas d’un sujet en soi (on ne peut pas penser le langage indépendamment de celui qui le porte). Or, un outil n’est opérant que dans son système de référence.
– a des limites perceptibles à travers des paradoxes (auto-référence, tautologie). Ces limites apparaissent lorsqu’un énoncé nous oblige à associer (respectivement distinguer) deux signifiants dont les signifiés ne peuvent s’associer (respectivement être distinguées).
– ne se réduit probablement pas à la communication physique et externe.
– distingue le symbole, qui conserve toujours un lien naturel avec la réalité (Lion = force) dont il est le symbole, du signe, qui ne le conserve pas nécessairement (le mot « table »).

Le discours :

– est l’acte de communication unilatérale d’information.
– porte sur un système monde qui est réel (sensations directement perceptibles) ou irréel (sensations indirectement perceptibles). Il est complet s’il évoque toutes les sensations perceptibles dans le système. Il est partagé s’il évoque à plusieurs entités sensibles des perceptions connaissables dans le système et il est univoque si les perceptions connaissables évoquées sont les mêmes pour toutes les entités sensibles du système.

 Les catégories du discours

– Le support du discours est la nature physique du langage qui le formule (médiologie). Le discours est plus ou moins facile à énoncer selon les contraintes qui pèsent sur son support. Les contraintes sont issues à la fois du système qui énonce (structure biologique, capacité mémorielle…), de celui qui reçoit (connaissance des règles linguistiques…) et de l’environnement dans lequel voyage l’information (structure de l’espace-temps…). Ces contraintes déterminent donc la forme du discours.
– La forme du discours désigne la manière dont est manipulé le support linguistique (signifiant) pour créer du sens (signifié). Lorsqu’on cherche à définir la forme d’un discours, on s’intéresse donc aux signifiants qui le constituent (sémiologie, syntaxe). Passer du langage au discours ou à la communication implique de choisir  ses signes linguistiques en fonction de l’information qu’on souhaite véhiculer et de l’environnement donné. Ce choix peut se faire selon de multiples critères : clarté, rapidité, exhaustivité, complexité, universalité, émotion… Etudier la forme du discours, c’est comprendre à quelles contraintes elle répond et quels buts elle poursuit (cf schéma).
– Le contenu du discours correspond aux signifiés du langage (sémantique). Il s’agit de trouver à quelle perception, concept et représentation les signifiants sont associés. Le signifié serait la médiation nécessaire entre le signifiant et le référent, le lien permettant de passer de l’un à l’autre. Le problème de ce système signifiant/signifié/référent (structuralisme de F. de Saussure), c’est l’arbitraire de sa définition.
– L’émetteur du discours désigne le système qui construit et émet l’information linguistique. Généralement, l’émetteur est doué d’une volonté propre, relative aux influences présentes et passées de son environnement. De plus, son langage influence également ce qu’il peut émettre
– Le récepteur du discours représente le système qui reçoit l’information linguistique. Il peut s’agir d’un récepteur attendu ou inattendu. C’est au niveau du récepteur qu’on mesure le degré de pénétration intellectuelle (capacité à reformuler et à mettre en perspective) et performative (ce que le message induit comme changements chez le récepteur) du message.
– La raison du discours détermine à la fois la finalité et l’origine d’une transmission linguistique. Ainsi, elle nous donne le(s) facteur(s) déclencheur(s) d’une communication et le(s) but(s) de cette dernière. La raison du discours est directement liée à la volonté de l’émetteur, elle-même déterminée par sa structure biologique et les influences de son environnement (dont le récepteur).

Le discours scientifique

La théorie de la connaissance :

– étudie le savoir en général, sans se limiter ni en terme d’objet, ni en terme de méthode.

La philosophie des sciences :

– est l’analyse philosophique des énoncés scientifiques (philosophie appliquée à un champ particulier).
– est déterminée par la philosophie que l’on pratique (aristotélicienne, kantienne, baconienne…)

L’épistémologie :

– est l’étude critique des sciences.
– obéit à des principes méthodologiques qui diffèrent selon les époques et les chercheurs.
– se positionne généralement pour des critères empiriques (expérience) et/ou théoriques (langage logique). Les penseurs modernes ne rejettent aucun critère, mais ils classent les théories relativement à eux.
– moderne devient, comme la science, soumise à un jeu infini de redéfinition des théories anciennes par rapports aux faits nouveaux ou des faits anciens par rapport aux théories nouvelles.
– ne peut redéfinir la méthode scientifique en appliquant cette même méthode. C’est là que la philosophie des sciences redevient nécessaire.
– étudie notamment la philosophie naturelle, au fondement des sciences, qui postule que la vérité émane de l’expérience sensible (contrôlée par un protocole expérimental et un degré d’évidence) et que cette dernière est donnée, figée. On part d’une conception arrêtée de notre pouvoir perceptif pour explorer le monde plutôt que d’explorer notre pouvoir à partir du monde. Toute donnée sensible est interprétée et toute interprétation est relative au sujet qui interprète.

Le discours scientifique :

– est comme tout discours un système de signes.
– pose à un certain niveau des problèmes d’ordre philosophique.
– est en général la capacité à traduire nos sensations consciemment perceptibles par des systèmes de signes (et donc de les évoquer a posteriori).
– est moniste s’il estime que le réel n’a qu’une nature.
– est réaliste matérialiste s’il considère qu’ « il n’existe pas d’autre substance que la matière » et que cette matière constitue la seule réalité. L’empirisme ajoute que nos perceptions nous donnent accès à cette réalité, source de la connaissance scientifique. La sensation est la clé de la connaissance, la matière est le substrat de l’esprit.
– est réaliste idéaliste s’il considère que le réel ne réside pas dans les phénomènes, mais dans les formes abstraites qui les définissent, les Idées. Les êtres et les objets ne sont que des artefacts. L’intellect permet de découvrir les formes, il est la clé de la connaissance. L’esprit est le substrat de la matière.
– est réaliste transcendantal s’il considère que notre esprit ou nos sens nous donnent accès à une partie de la réalité (éventuellement extensible).
– est constructiviste matérialiste s’il considère que toute réalité est relative à un appareil perceptif particulier. Berkeley affirme que les idées sont les béquilles de l’esprit, elles facilitent l’action subjective mais ne reflètent en rien une réalité objective.
– est constructiviste idéaliste s’il considère que toute réalité est relative à un appareil conceptuel (langage) particulier.
– se fonde, pour penser les observations perceptives, sur des règles logiques qui correspondent à nos intuitions sensorielles fondamentales. Il est impossible d’élargir notre champ de connaissance sans élargir en même temps notre champ de perception.
– est toujours relatif à une probabilité. On ne peut être certain que ce qu’on connaît ne soit pas une illusion (Ayer).
– repose sur un double déterminisme : déterminisme du sujet perceptif car si nous pouvions tout percevoir à volonté ou si nos capacités perceptives variaient continuellement, il n’y aurait plus de distinction possible entre le vrai et le faux. Et déterminisme du monde extérieur car si les informations perçues n’obéissaient à aucune loi universelle, alors il n’y aurait pas de raison pour que certaines se manifestent à nos sens de manière constante et récurrente (Patrick Juignet, la réalité et le sujet manifestent une résistance).
ne travaille plus à sa propre justification et risque alors d’aboutir à des conclusions qu’il présupposait  (argument circulaire, autoréférence, tautologie, auto-justification)
– propose des connaissances variées dont la pertinence est relative à la finalité de notre quête de connaissance. Ca n’est pas parce que je sais que mon rêve est le résultat d’une activité électrique dans mon cerveau qu’il n’existe pas comme expérience onirique.
– implique une réduction de la réalité à notre capacité perceptive. Il ne cherche pas vraiment à développer d’autres perceptions.
 – associe à tord l’habitude à l’intuition et à la récurrence
– est inductif et donc également déductif
– repose sur le postulat fondamental que le futur ressemblera au passé.
– s’apparente à ce qu’on peut appeler une théorie de l’action sensible
– gagnerait, plutôt que de travailler sur les jugements de perceptions, à remettre en question les perceptions elles-mêmes.

La logique classique :

– repose sur les trois lois d’identité, de non contradiction et du tiers exclu (Organon d’Aristote)
– doit présenter ses énoncés de manière à définir un modèle dont les caractéristiques identifiées sont nécessairement vraies ou fausses.
– repose sur des interactions phénoménologiques définies par les symboles logiques du langage
– se pratique par inférence, c’est-à-dire le fait d’expliciter les informations (implicites) que les lois fondamentales et les connecteurs logiques du langage ou l’observation ajoutent à la prémisse. Ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui sont liées par l’inférence mais certaines caractéristiques partagées. Grâce à la mémoire, l’inférence permet d’étendre (ou projeter) un phénomène se manifestant dans un espace-temps observé à un phénomène se manifestant dans un espace-temps non observé.
– repose sur des axiomes, propositions admises, indémontrables, indépendantes et absolument nécessaires à la cohérence de la théorie. Ces axiomes sont des symboles dont il faut admettre la signification. Les axiomes sont la pointe du compas que l’on plante pour tracer des cercles, les sens de l’être sensible qui perçoit pour agir… Retirez au compas sa pointe et à l’être sensible ses sens et vous devrez changer votre définition de l’être et du compas. Si vous refusez de changer de définition, vous devez accepter les axiomes associés aux objets ou bien renoncer à dire quelque chose à propos de ces objets.
– justifie ses axiomes par deux approches principales qui ne sont pas nécessairement distinctes : l’intuition rationnelle et l’expérience empirique. Dans les deux cas, la méthode est soit analytique (définition explicite ou intensive, ou connotative) soit synthétique (définition implicite ou extensive, ou dénotative).
– est le fondement des sciences.
– associe à tord l’habitude à l’intuition et à la récurrence.
– considère que notre connaissance des mouvements du corps et de la pensée est finie et déterminante.
– repose sur le postulat fondamental que le futur ressemblera au passé.

L’axiomatique :

– est une branche de l’épistémologie.
– a pour objectif d’expliciter dans un système théorique les termes non définis et les propositions non démontrées.
– tente de dissocier l’habitude de l’intuition et de la récurrence.

L’induction :

– concerne autant les expériences scientifiques que les expériences sensorielles. Toute connaissance en est issue.
– fonctionne par projection d’une observation particulière du monde réel vers des mondes possibles. Autrement dit, c’est une généralisation d’un fait circonstanciel à des situations hypothétiques.
– montre que si on a X dans un modèle particulier, alors on aura Y. On peut donc inférer Y à partir de X dans ce modèle.
– exclue les phénomènes extra-sensibles (contre-intuitifs) et non reproductibles (inhabituels).
– se mesure toujours en termes de probabilité.
– est permise par une sélectivité perceptive et conceptuelle d’ordre déductive.
– nous montre que la connaissance d’une stabilité est relative à notre ignorance de l’instabilité.
– repose sur le postulat fondamental que le futur ressemblera au passé.

La découverte :

– ne peut surgir uniquement via une méthode rationnelle, habituelle ou intuitive.
– émane d’un état d’esprit particulier, propice à la création.
– ne naît pas de rien (ex nihilo nihil).
– consiste à travers une nouvelle frontière.
– est permise par l’usage d’une rationalité contre-intuitive, pour saisir l’inhabituel.
– est un processus de création qui implique un processus de destruction (en quantité ou en qualité). Ce phénomène est d’ordre logique : être quelque chose, c’est ne pas ou ne plus être exactement autre chose.
– tout comme la transmission d’information, la récurrence, la diversité des perceptions… sont des phénomènes permis par la stabilité relative des systèmes (objets et forces) dans l’espace-temps.

1. Le langage et ses limites, synthèse

Si le langage a des limites substantielles, elle est inutile de lui prêter des missions allant au-delà des ses limites et mes deux premiers articles avaient pour objectif d’analyser ces limites. Je reconnais qu’il s’agit d’articles très indigestes. Aussi, pour ceux qui n’auraient pas pris le temps de les lire, j’ai créé un article « concepts axiomatiques » qui regroupe les définitions de nos concepts essentiels. Ce court article est centré sur le langage mais il mobilise aussi ses concepts connexes. Je rappelle que la définition du mot langage est ici à prendre dans son sens le plus large (langage de la physique, de l’ADN, les langues, langage informatique…).
N’hésitez pas à ajouter des caractéristiques en commentaire et à me demander des justifications (bien qu’elles soient normalement présentes dans les autres articles).

 

1. Le langage permet

– d’utiliser de l’information passée au présent.

– de créer des représentations mentales de notre environnement perceptif.

– de distinguer le passé, le présent et le futur (via la mémoire).

– aux phénomènes d’interagir.

– l’existence de la vie.

– d’associer notre perception directe à notre mémoire (signifié) par des symboles (signifiant) pour transmettre au présent une information du passé (proche ou lointain).

– de décrire et prédire des phénomènes.

– de communiquer là où il y a des systèmes distincts mais ayant une expérience sensible relativement similaire.

– de réaliser une communication interne.

– de mettre en évidence ses limites en formulant des apories et en sélectionnant des perceptions particulières.

– de repousser ses limites en nommant, associant ou distinguant des nouvelles perceptions et en définissant/redéfinissant des mots.

 

2. Le langage ne permet pas

– de communiquer là où il n’y a pas d’information à communiquer, autrement-dit pas de systèmes distincts mais capable d’interaction.

– de transmettre des informations sur des systèmes libres de toute contrainte (instable en tout temps et en tout lieu).

– de communiquer sur des phénomènes qui échappent à nos sens.

– de véhiculer de l’information sans support sensible pour cette dernière.

– de s’affranchir de l’appareil perceptif d’un système.

– de fonctionner sans une mémoire et son support.

– de s’affranchir de notre subjectivité.

– de manipuler de l’information issue d’un système inaccessible à nos sens.

– de communiquer avec un système qui ne comprend pas notre langage.

– de dépasser ses limites sans nouvelles perceptions.

– de savoir si ce qu’on dit existe ou pas dans un modèle.

– d’être certain de l’interprétation d’une information transmise sans feedback du récepteur.

– de faire autre chose que d’évoquer des perceptions passées aux systèmes que le maîtrisent.

– de penser en faisant volontairement abstraction du langage.

 

3. Conséquences de l’absence de langage

– impossible de conserver des informations.

– aucune stabilité dans l’univers.

– aucune interaction entre les systèmes.

– pas de vie possible.

– pas d’existence de mémoire.

– pas de perception de l’espace-temps.

– pas de système particulier.