Une éthique de l’information en 2017 ?

Selon une étude de l’université de San Diego (How much information, 2009), la consommation d’information aux Etats-Unis a augmenté de 350% entre 1980 et 2008. Certains estiment ainsi que l’enjeu économique et politique du XXIème siècle, c’est le contrôle de l’information, domaine dans lequel les « GAFA » excellent. Je pense qu’il s’agit aussi d’un enjeu existentiel pour chacun de nous, petits citoyens.
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La photo ci-dessus est l’impression d’une partie de wikipedia par un artiste new-yorkais, Mandiberg. Elle témoigne peut-être que grâce à la marche de l’Histoire et aux progrès technologiques, le défi de l’accès à l’information, qu’elle soit médiatique, encyclopédique ou encore sociale, est relevé. Qui dit accès à l’information dit potentiellement consommation. La consommation d’information va de la lecture d’un article de journal à une discussion avec un ami en passant par le visionnage d’une vidéo youtube ou le « likage » d’une photo facebook. Il ne s’agit pas d’un simple divertissement. C’est par sa capacité de consommation et de traitement de l’information que se distingue peut être le plus l’esprit humain. Ainsi, notre manière de la consommer, de la produire et de la partager déterminent notre manière d’exister. L’in formation d’un environnement nous donne le pouvoir d’agir sur lui et les géants de l’économie et de la politique le savent mieux que nous…
Notre civilisation est grande. Nous sommes bel et bien sur les épaules d’un géant, et ce géant est une montagne d’informations. La poésie grecque ou japonaise ? Le shamanisme viking, le polythéisme égyptien, ou le jedisme new-age ? La physique newtonienne ou la fabrication d’un four solaire ? Tiens, une part de Bach et un verre du discours de Tirlamouche sur le chômage. Nous avons la chance de voyager dans le temps et l’espace en quelques clics.
L’abondance d’information est à voir comme un trésor et une responsabilité. Un premier danger est de s’y perdre, d’être noyé. De consommer sans savoir ni où l’on va ni d’où l’on vient. Un second danger est de boire toujours à la même source et d’ignorer que celle d’à côté détient le remède de mon mal.
Face au premier danger, je propose de revenir à l’exercice rituel, c’est à dire la pratique répétée d’actions simples mais définies et personnalisées, qui répondent à des besoins fondamentaux. Avec la répétition vient l’accoutumance, qu’il ne faut pas voir comme un appel à « passer à autre chose » mais comme le signe que bientôt, si je maintiens mon attention ouverte, mes sens vont s’aiguiser et je vais découvrir des phénomènes merveilleux et sensations inédites. Le rituel développe une sensibilité à un monde nouveau, l’information subtile du quotidien.
Là où la consommation sauvage de l’information nous désensibilise de sa valeur réelle et nous conduit à regarder une vidéo youtube comme on enfile une paire de chaussette, la consommation rituelle permet d’enfiler une paire de chaussette comme une regarde une vidéo youtube et de regarder la vidéo comme une victoire au loto. Exercer son attention par le rituel permet de retrouver goût à la vie. S’émerveiller devient facile et le bonheur ne nous quitte plus.

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(ci-dessus, visite du purple heaven palace du Wudang)
Face au second danger, je propose d’utiliser le patrimoine de l’humanité pour inspirer les rituels, bâtir une vie quotidienne plus complète, saine, flexible ou encore équilibrée. En définissant des activités rituelles inspirées des plus belles traditions humaines, nous diversifions nos ressources et outils existentiels pour mieux répondre à nos besoins fondamentaux et éviter les carences. S’il y a des similarités entre la spiritualité chrétienne et bouddhiste, il y a aussi des différences. Les traditions sont égales, mais chacune apporte des ressources et des outils que les autres n’ont pas.
Si la méditation chrétienne ne me parle pas, peut-être serai-je comblé par la méditation bouddhiste. Et si la prière bouddhiste me laisse perplexe, peut-être serai-je touché par la prière chrétienne. Et si je crois être comblé par la prière chrétienne, peut-être qu’une découverte de la prière bouddhiste inspira de surcroit la qualité de mon expérience. Au moyen-âge, tandis qu’en Europe les gens mourraient d’une infection de l’orteil, de savants médecins opéraient sous anesthésies au Moyen-Orient. Chaque culture détient donc ses ombres et ses lumières, et le voyageurs d’un jour savent à quel point il est bon d’éclairer notre quotidien des sagesses d’à côté. La diversité intègre le changement et la complétude dans l’exercice rituel, entretenant le divertissement et l’ouverture dans la répétition.
Le choix des rituels, c’est à dire du contenu de l’expérience implique de connaître clairement et holistiquement les besoins de notre structure et de ses mécanismes, car seule leur satisfaction garantie une expérience émotionnellement positive de l’information, et donc de l’existence. Cette connaissance évite d’oublier certains de nos besoins fondamentaux, si par exemple la tradition qu’on pratique sur une période donnée le fait.
Une synthèse personnelle du meilleur de l’information existante est nécessaire car chaque individu est unique dans ses besoins et une unique source d’information ne peut répondre de manière optimale à tous (on trouve ici l’importance d’explorer différentes traditions, de tester et d’associer). Elle correspond au comment utiliser, consommer l’information. Nous passons plus de 10 ans de notre vie à l’école, mais jamais on ne nous enseigne comment organiser nos connaissances pour optimiser l’expérience quotidienne. Le Savoir ne devrait pas avoir pour première fonction le gain d’argent, mais l’équilibre de l’être. Car un individu déséquilibré est une porte ouverte à la peur, la violence et tout ce qui s’en suit.
Je présente à titre d’exemple un condensé extrême de ma structure personnelle, mon « comment consommer l’information pour une expérience de vie optimale ». Selon moi, deux facteurs déterminent la richesse émotionnelle d’une l’expérience humaine :
  1. Satisfaction optimale, dans le choix de mes actions, des besoins d’équilibre (entre recharge et décharge d’information/énergie) de chaque structure de l’expérience (à savoir l’environnement, le corps, la raison, l’imagination et la mémoire). Plus une structure est en manque ou en excès d’information/énergie, plus elle est dans le besoin, et donc à satisfaire en priorité. Si l’action n’engage pas la structure qui en a besoin, ou pas correctement, il y a conflit d’intention et donc souffrance.
  2. Sensibilité particulière et continue de l’attention pour chaque structure de l’action (implique un entraînement rituel). L’attention étant limitée, sa répartition dans les structures est proportionnelle au degré d’importance de la structure pour l’action (il faut plus d’attention au corps quand on fait du taiji que quand on regarde un film), degré lui même déterminé par le premier facteur. Si l’action répond essentiellement à un besoin du corps, l’attention par exemple à l’imagination permet d’augmenter la motivation à agir en compensant le déséquilibre du corps. Si l’attention n’est pas focalisée sur la structure principale de l’action, il y a conflit d’attention et donc souffrance.
Chaque culture détient des trésors permettant de choisir et d’adapter nos rituels, pour répondre de manière optimum à nos besoins structurels et attentionnels. L’expérience de l’information doit être organisée selon ces besoins pour être à la fois riche et positive. C’est la clé d’une existence émerveillée à chaque instant. Ce qu’on pourrait appeler une éthique de l’information.
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(ci-dessus un levé de soleil sur les monts du Wudang)
Voici quelques émerveillements de la journée routinière du 4 mars, ici à Wudang (si vous souhaitez me faire part en commentaire des émerveillements de votre journée routinière, n’hésitez pas !) :
« Spikes (chien) fait le chien tête en bas (nom d’une posture de yoga très similaire à cet étirement canin), quelle beauté ».
Amplitude du mouvement, amplitude et relâchement, sensation…
Dawey est dingue, réalisateur amateur originaire de Mongolie, il a fait entre autre un film de 6 minutes sur un voyage dans son pays natal, tourné aux USA, avec des chevaux dans un près dont les attitudes illustrent l’histoire racontée par la voix off.
Harry a failli devenir aveugle d’une infection de l’iris. Heureusement il a trouvé « de la bonne cortisone belge en ville ». J’aurais préféré une bière.
Shifu notre maître dit : « Le mauvais entraînement c’est celui que j’ai fait à shaolin. Tu te casses la tête sur des briques, des bouteilles et des murs. Juste pour devenir assez résistant pour le spectacle. Ton corps devient de l’acier, mais le sang ne circule plus et tu es plus raide qu’un rocher. Tu habites un corps mort ».
Fascination pour cette poussière en lévitation dans un rayon de soleil.
Quelle différence entre l’engagement de l’attention dans le taiji, devant un film, dans un comptage de grains de riz, ou en jouant aux échecs ?
« Je viens de Berck sur mer, je suis kiné (souvenirs…). Non je suis arrivé de Nouvelle Zélande, que j’ai traversée en vélo avec mon fragin pendant 3 mois. Quand j’aurais des enfants, on refera le même voyage en mini bus !
Ghost dog le black samouraï et les boules glacées du Haïtien qui ne parle que français (cf. photo ci-dessous)
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Avant de partir en Asie, il ne m’était pas naturel de me réjouir de ces instants, j’étais dépendant à bien plus intense, je voulais bien plus fort. Et comme je voulais être écolo en même temps, ça n’allait pas très bien… Sans l’engagement d’une attention aiguisée et des exercices rituels complets, jamais ces flash d’existence ne m’auraient satisfait. Et faute de « mieux » pour ce samedi 4 mars 2017, j’aurais terminé ma journée dans l’indifférence, et non dans l’émerveillement. Or, je crois intimement que la richesse de la vie d’un homme se mesure à sa capacité d’émerveillement. Le petit prince… Ce voyage et cette recherche m’apprennent à m’émerveiller un peu plus, grâce à une maîtrise de mon rapport à l’information. Une capacité fondamentale pour qui aspire à un monde riche et durable, bref, un monde écologique. M’émerveiller et émerveiller (autant que possible) en transmettant ces valeurs, voilà un projet de vie qui a du sens !
Merci à vous pour ce voyage, merci pour cette recherche et bonne sélection d’information à vous !

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(ci-dessus un brouillon d’idées, la danse de l’information)
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