Journal de bord n°7 Novembre

01/11/16
Rishikesh est un lieu magique, ma première impression est très belle. La magie naît du mélange entre l’Inde moderne, sa concentration de gens, son activité, ses bruits et ses odeurs et le calme d’un lieu de nature et de retraite, qui surplombe la ville active et le gange, pur parce que tout juste sorti de sa source montagneuse. La chambre d’hôte dans laquelle je suis est géniale, la famille qui la tient vie dans une pièce juste à côté de ma chambre, au rez de chaussée.
Présence apaisante des occidentaux, tourisme tranquille, respectueux, spirituel. Chacun cherche sa voie.
Le matin est beau, il fait presque froid ! Les rayons du soleil filtrent à travers la veranda ouverte, où le labrador de la famille mâchouille son morceau de bois. Un vent souffle. L’air est si pur, quelle différence avec Delhi ! On le sent vraiment. Même sentiment que quand je rentre à Neufvy le weekend après la semaine à Paris. Je mange dans un petit restaurant nepalî, qui cuisine un peu de toutes les cultures. Hier soir, omelette et riz, ce matin porridge de banane et pancake.
Objectif des quatre jours à venir : terminer partie bouddhiste de la recherche pour enfin m’ouvrir au yoga.
Rencontre magique
un homme, plutôt âgé. Irlandais. Il a une barbe blanche, il me fait penser à Gandalf.
On a commencé à parler du monde, de l’écologie… Il m’explique que c’est terrifiant. De voir l’Inde se développer ainsi, la pollution… Il y a de quoi être inquiet. Il ne fait pas bon vivre actuellement…
Puis il me dit qu’il a vécu 12 ans au Japon à étudier les arts martiaux et le bouddhisme zen. On a parlé de ce pays, de cette culture. Quelle connaissance formidable.
D’abord, le vide dans le bouddhisme zen. Ne pas penser. Ne pas poser de question. Un maître japonais de répondra qu’à une question par mois. Et si on continue à en poser après un an, il nous renverra. En vérité, il ne s’agit pas d’arrêter de penser, mais d’arrêter de penser à tout et n’importe quoi pour se connecter définitivement au hara. Ou Chi. Ou, dans mon cas, à la puissance qui est bien plus ancrée dans la réalité. Il s’agit de focaliser sa pensée sur la raison d’être de notre existence et de ne jamais s’en détacher. Ainsi, pendant 12 ans, cet homme a appris un instrument de musique traditionnel en bambou. Bien sûr qu’il a raisonné, qu’il n’a cessé de réfléchir, surtout au début. C’était nécessaire par acquérir la juste compréhension de la chose. Pour comprendre comment le réel fonctionnait. Analyser est essentiel. Mais cela doit conduire à la connaissance du centre, de la puissance car c’est la nature qui explique tout. Quand on y est connecté, TOUT DEVIENT NATUREL car on est connecté avec la nature elle-même. D’où l’importance de bien comprendre ce qu’est le centre. Rationnellement. Et de bien le choisir.
Commun à toute l’Asie : ne pas savoir. Désapprendre tout. En fait, il ne s’agit surtout pas d’arrêter de penser, mais d’arrêter de penser de manière floue, déconnectée, partielle pour  focaliser la pensée et la sensation sur la source de l’unification. Saisir l’essentiel qui explique tout et qui libère de toute contradiction. Implique de ne pas poser de question. De répondre soi même aux questions pour apprendre à observer et à comprendre par soi même. Affuter son regard.
On réduit trop souvent le vide à un arrêt de la pensée. Alors que dans un premier temps, il s’agit au contraire d’une pensée très active. Image de l’entonnoir : avant de passer à travers le trou, il faut bouger de manière ample. Ainsi est la pensée pendant longtemps et c’est parce qu’elle réussi à peu à peu unifier autour d’un principe unique, fondamental, qu’elle peut se stabiliser et entrer dans le vide. La vipashyana est la technique qui permet d’orienter notre pensée vers la découverte du vide. A de nombreux moments, on pense l’avoir trouvé, puis on doit nuancer, modifier. Un jour, on y est pour de bon.
L’enseignement moderne est trop tombé du côté occidental. Réduction du vide à un arrêt de la pensée et on balance des tonnes de concepts de bonne conduite ce qui est complètement paradoxal. On ne laisse plus le temps aux élèves de penser par eux-mêmes, on balance les concepts. On ne leur laisse plus construire leur propre mythologie. On répond à leurs questions. Problème de la méthode intégratrice, nous l’avons vu, ça ne cesse de créer de la division. Pourtant je valorise le fait de créer cette division pour peu à peu unifier. L’enjeu serait en fait de chercher directement à atteindre le vide. Sans division. Et ajuster ensuite. Croyance que les concepts et les méthodes suffisent, alors qu’ils doivent souligner l’absence d’unité et nous encourager à définir cette dernière. Le but est de connaître naturellement le juste comportement en étant connecté à une substance unique. Ne plus penser par division. Les divisions sont simplement là pour accentuer l’illusion et le besoin d’unité. Trop souvent, l’enseignement moderne du bouddhisme en fait une fin, car c’est facile. Ne pas oublier la finalité véritable : l’unité, pas la division. Mais pour avoir la bonne définition de l’unité, il faut savoir l’intégrer à l’illusion.
L’homme dont je ne connais même pas le nom a du pendant un an apprendre à s’asseoir à genoux, rien de plus. De même quand on commence l’aïkido, on apprend à tomber et à se relever pendant six mois. Puis à combattre à genou. L’idée est qu’il faut commencer par se connecter à son centre, la puissance ou ici le hara. Aussi longtemps qu’on n’a pas réussi à s’y connecter, rationnellement et psychologiquement, inutile de faire quoique ce soit.
Exemple des gens dans le train très serré. Les japonais savaient se maintenir debout sans bouger dans les secousses et gener leurs voisins. L’homme pas. Les japonais se disaient : « quel idiot qui ne sait même pas tenir debout ». Voilà l’idée : commencer par apprendre à être au plus simple. 12 ans à apprendre comment faire du thé. Car le centre, la puissance, le hara ou ce qu’on veut, l’état unifié qui guide tout et donne son sens à tout, rationnellement et psychologiquement, réside dans le plus simple. Ensuite, on peut commencer ce qui est compliqué.
Les maîtres guident sur le chemin mais ils n’enseignent pas. Ils ne répondent à aucune question et un posent très rarement. Car toutes les réponses doivent venir de nous-mêmes. C’est le seul moyen de nous connecter à la vraie puissance, l’unification en substance doit venir de nous. Les concepts qui divisent, isolent, sont bons au début, mais à nous d’unifier.
L’estime de soit vient en Asie de la capacité à ne pas entrer dans la division, à ne pas perdre la connection au centre. Même chose chez les chrétiens cependant.
Exemple de l’homme asi à côté de lui au restaurant japonais et du serveur qui s’est fait rincer pendant 10 minutes en s’inclinant : il était très fier de lui, il ne s’est pas abaissé à la colère de l’homme. Il a entendu la critique, pris acte, été désolé, sans jamais perdre sa fierté car rien ne mérite qu’on se déconnecte de la puissance.
Sur les questions de l’humilité, il ne s’agit donc pas de se détruire l’ego, mais d’acquérir une vraie fierté, celle de la connexion au centre de l’unité parfaite. Etre humble, c’est se soumettre à la puissance et ne pas lui faire défaut.
« Le samouraï est la personne la plus fière qui soit » « Apprendre c’est désapprendre » (car la finalité n’est pas une somme de connaissance mais une connaissance unique) « si tu fais une erreur, la japonais s’excusera pour toi ». Citation de l’homme.
Bon après midi de travail. Mangé un Chowmein pour le dîner et un « butter roti ». Je fus pris de la fièvre réflexive alors que j’étais au restaurant, rien pour écrire. Obligé d’associer une idée à chacun de mes doigts jusqu’à 4 pour me souvenir. Je cherchais une méthode de résolution du conflit d’attention avantageuse face au bouddhisme. Toujours des moments très agréables, de pure réflexion. Stimulant car il ne faut pas oublier. Méthode efficace de raisonnement. A développer.
02/11/16
Bonne journée de recherche. Frustré de la vitesse à laquelle ça avance. Très lent. Je vais rester dans ce cadre jusqu’à dimanche. Pour au moins avoir bien commencer visualisation avant l’ashram. J’aimerais avoir presque terminé. Pour m’ouvrir ensuite pleinement au yoga.
L’ashram où je voulais aller est complet. Mais il y en a beaucoup d’autres, je vais trouver facilement.
Au crépuscule, visite à Bob, l’irlandais. Il m’a montré sa flute japonaise et à jouer des morceaux dédiés au crépuscule. Très beau. Les partitions écrites en japonais…
J’ai pu admirer plus le paysage, les montagnes… impatient de descendre au bord du fleuve ! Quelle chance d’être ici… parfois difficile à mesurer.
La famille qui tient le petit hôtel chambre d’hôtes où je suis a un chien, Toby, de 6 mois. Adorable. Plaisir aussi de regarder les vaches prendre le soleil le matin dans le jardin du restaurant népali où je mange régulièrement.
03/11/16
Bien avancer ma recherche. Bientôt terminé de présenter ma méthode. Impatient de commencer partie sur la méditation de visualisation et la PNL. Il me faudra ensuite attaquer le yoga et la philosophie indienne… tout un programme. C’est intellectuellement aussi stimulant que fatiguant de devoir apprendre autant en si peu de temps.
A nouveau bien discuté avec mon ami Bob, l’irlandais. Il adore les anecdotes. C’est un grand voyageur et pense qu’il y a un art de voyager. Il a un vrai art de vivre en général. Capable de raconter des tonnes des choses, d’histoires. Il ferait un grand père parfait ! Je pense qu’il peut passer une nuit entière à raconter ses aventures, incroyable capacité à voir le merveilleux dans le quotidien. Parlé du Japon. Il m’a raconté que le système de train est excellent, très ponctuel. Il a un jour vu quelqu’un courir pour avoir le train, les portes se sont fermées juste devant lui. Alors il a joint ses mains et s’est incliné. L’occidental aurait gueulé. L’idée ici est de s’excuser devant le train. Lui est parfait, ponctuel, c’est moi qui suis désolé d’être en retard, de rompre cette perfection et de gaspiller du temps et de l’énergie. Tout est comme cela. Il m’a expliqué à quel point chaque expression du visage raconte sur les émotions de japonais, très sensibles, qui dissimulent au maximum leurs sentiments, mais qu’on peut déceler à travers un minuscule plissement de lèvres…
04/11/16
Quelle journée, ou plutôt devrais-je dire quelle soirée ! La journée fut plutôt classique. J’ai perdu du temps ce matin (après avoir avancé mon réveil trois fois, je dors 10 heures par nuit c’est terrible), enfin perdu non, nous sommes allés avec Bob mangé dans un café situé au dessus de l’endroit où je suis en ce moment. Failli être attaqué par un singe. Vue une indienne magnifique sur le chemin. Belle balade. Vu du paysage. Quelques ashrams potentiellement intéressants.
Puis recherche. Déjeuner à 14h, une bonne pizza comme on les aime. Rencontré un jeune français Henri, de Nantes et un canadien. Discuté un peu, plaisir de voir un français ! Ils partaient faire un tour en moto.
Recherche l’après-midi puis dîner. Là rencontrais avec Bob un homme dont on ne connaît pas l’origine. Il s’appelle Amitin. Vie incroyable. Marié 5 ans à une japonaise, puis à une française, puis une russe. Aujourd’hui seul à nouveau, visiblement. Il est un disciple d’Osho, guru devenu fou mais ayant développé une tradition qui a eu et a toujours un succès incroyable. Une personne d’un charisme immense. On a parlé des rumeurs à son sujet, de son empoisonnement… Amitin était souvent dans l’Oregon, avec son père, dès l’âge de 13 ans. Il a rencontré Osho et était là quand il a vécu ses derniers jours. Il a parlé de la méditation dynamique, qu’il pratique ici car il y a un ashram osho à Rishikesh. Je pense que je vais essayer de trouver un ashram pas trop strict pour développer ma propre routine d’ashram quotidienne, quitte à aller faire ces méditations dynamiques là-bas. Peu être très intéressant.
J’ai alors tissé un lien entre les japonais et la méditation dynamique, très extravertie. Amitin m’explique qu’ils ont un programme spécial pour les japonais, qui ne peuvent supporter cette méditation dynamique, ils sont trop timides ! De là, on est parti sur le japon. Amitin a expliqué qu’il a du attendre un mois avant de pouvoir parlé à sa future femme. Elle refusait tout contact visuel. Puis le père de la fille a refusé de lui parler pendant trois semaines. Ils mangeaient à la même table, mais pas un mot, ni une expression. Un jour, miracle, il a parlé. Mais surtout, il a commencé à manifester des émotions avec son visage, mais très finement. Exactement comme me racontait Bob, une plissure de lèvre… Incroyable de voir à quel point les japonais semblent, d’après ces deux témoignages, introvertis.
Le mari et la femme ont toujours des rôles très définis, mais pas nécessairement hiérarchisés. La femme contrôle la maison et l’argent. Le mari est un robot qui ne fait que travailler et manger ce que sa femme lui a préparé. Cette définition des rôles permet de ne pas créer de conflit car la femme et e mari ne croisent jamais leurs occupations. Très particulier, classique dans un sens. Amitin explique l’immense loyauté des femmes, leur force. L’humilité japonaise et l’infériorité manifeste est une apparence. En fait, les japonais sont timides, humbles et soumis de manière à mieux protéger leur force intérieure. A ne pas briser leur harmonie face à un élément perturbateur. Ils sont prudents car jamais l’harmonie ne doit se rompre. C’est la pire chose pour un japonais, comme me disait Bob. Il n’y a pas d’insulte en japonais, on chercher toujours à s’élever.
Tout est construit socialement et individuellement pour maintenir une harmonie. Amitin explique que les bouddhistes et les hindous conçoivent le monde extérieur comme une illusion, la vérité est dans une autre dimension. Ainsi, le monde matériel ne compte pas, ils s’en moquent = saleté, bâtiments délabrés etc… C’est tout le contraire au Japon. Le monde extérieur est là où s’écoule l’harmonie, le flux de l’univers. Très proche de ma théorie. L’univers matériel est donc véritable et le maintenir en ordre, faire que chaque chose soit à sa place, remarquée pour sa perfection, permet de préserver l’harmonie de ce flux. Dans la maison, rien n’est laissé au hasard. Traditionnellement, cette harmonie vient des villages samouraï, où l’ordre était primordial. La moindre faute dans l’harmonie et on était jeté dehors, impossible alors de retrouver un village. Cela crée des ermites et des personnalités excentriques sur lesquelles j’ai un livre.
On retrouve l’harmonie jusque dans les saisons, célébrées par des fêtes très précises. Le climat est un symbole d’harmonie, au moins pour le moment. Bob m’a parlé de la fête des cerisiers en fleur, à laquelle j’assisterai ! La fleur de cerisier est symbole de pureté et de fragilité. Ce que cherchent à protéger les japonais. Encore une fois très lié à ma recherche. La fleur vit au maximum deux semaines, mais la moindre pluie ou tempête et elle disparaît avant. En fait, cette fleur de cerisier est un symbole samouraï, dont la vie ne tient qu’à un fil, ils peuvent mourir du jour au lendemain. Conscience de la valeur éphémère de l’existence.
Le cadre très rigide d’harmonie dans lequel les japonais se placent crée des contre effets paradoxaux. Quand ils sont contraints de sortir de leur cadre, ils n’ont plus aucun repère, ce qui crée des comportements complètement excentriques. D’une manière générale, la modernité leur fait perdre leurs repères, mais leur culture reste très puissante. Ainsi, les traditions de mariage, de relation homme/femme, de caractères introvertis sont toujours très présents. Je fais bien évidemment des énormes raccourcis et stéréotypes, mais cela traduit un fond de vérité certaine. Rien n’est de moi, il s’agit de témoignages de Bob et d’Amitin, qui ont tous les deux vécus plusieurs années au Japon.
Exemple du système mnémotechnique que j’ai utilisé pendant le dîner pour me souvenir de tout ça. A chaque mot clé un doigt associé :
Osho
Special training
Père
Mari femme
Harmonie
Village saisons
Funny
05/11/16
Terminé, enfin, la partie B de ma deuxième grande partie. Evénement. C’était énorme comme travail, car je posais toutes les bases théoriques fondamentales de la recherche. Je peux commencer la partie sur la méditation de visualisation, qui sera plus courte.
Dîner avec Bob, on a encore bien parlé du Japon. Il s’est formé pendant quatre ans à la sculpture de masques pour le théâtre noh, art traditionnel. Cela lui permet de continuer à sculpter sur bois aujourd’hui, notamment des buddhas. Quand il était au Japon, il n’avait pas à travailler car un ami japonais riche lui payait tout ! Il semble très habile pour nouer des relations. Ce qui est essentiel en voyage. On a parlé des sumos, il m’a expliqué que des gens mourraient de travail là bas, souvent dans le train pour se rendre à leur entreprise, on les trouvait mort d’épuisement sur leur siège. Folie notable de ce pays. Tout est parfait là bas, même dans les villes. Pas de crime. Même les sdf ont des petites boites portatives où ils dorment et vivent de manière très propre et ordonnée.
Bob m’a raconté l’histoire du vieux paysan chinois, qui illustre parfaitement le principe d’impermanence et de renonciation bouddhiste : un vieux paysan a un cheval et un fils. Un jour, le cheval disparaît. Les villageois viennent et disent au paysan qu’il n’a pas de chance. Mais le paysan répond le contraire, il est très chanceux. Les villageois le prennent pour un fou. Quelques jours plus tard le cheval revient avec un autre cheval. Alors les villageois arrivent et disent au paysan qu’il a beaucoup de chance. Le paysan répond que non, c’est une grande malchance. Alors son fils commence à entraîner un cheval et chute, en se cassant la jambe. Les villageois disent que le paysan est malchanceux, personne pour s’occuper de la ferme. Il répond que non, il a beaucoup de chance. Quelques semaines plus tard, la guerre arrive et tous les jeunes du village sont réquisitionnés, sauf le fils du paysan à la jambe cassée…
En soirée, la maman de la dame qui tient les chambres d’hôte a frappé à ma porte. Il m’apportait une serviette à mettre sous ma porte pour éviter les nombreux courants d’air. Adorable. Elle m’a dit en me donnant une petite tape sur la joue qu’elle est la mama, et que je dois venir la voir si j’ai le moindre problème, qu’elle s’occupe de moi et que je dois être heureux. Bonté.
07/11/16
Journée à nouveau vécue comme une grande aventure ! C’est incroyable comme chaque réserve son lot de surprises, de récompenses et de défis. Je suis descendu, enfin, de la colline où je réside pour trouver un ashram dans la ville de Rishikesh (Uttarakhand pour être exact). Cette ballade fut une épreuve car j’ai constaté à quel point ce lieu est, au-delà de la beauté de ses paysages, une usine à Yoga. Il y a des coins plus purs, comme celui où je réside, mais le centre est une fourmilière de business tous plus intéressés les uns que les autres, hors de prix. Je n’ai donc pas trouvé chaussure à mon pied. Après un rapide repas (les Aloo Parantha sont délicieux), j’ai donc décidé de rebrousser chemin.
Il se trouve qu’hier, j’ai parlé sous les conseils d’une dame de mon hôtel, à une professeur de yoga Iyengar originaire des pays-bas. Il m’a dit qu’elle restait ici un mois pour pratiquer dans un ashram du même nom. Ce style de yoga est particulier, car il utilise parfois des objets dans les postures, afin de permettre à des personnes handicapées de les pratiquer, ou simplement à un débutant de mieux sentir l’effet recherché. Le fondateur de la méthode est quelqu’un d’admirable. Son travail témoigne par ailleurs d’une connaissance très profondes des postures, car avant de savoir comment les détourner avec un objet, il faut savoir ce qu’elles produisent naturellement. Ce yoga est particulièrement scientifique, très rigoureux. Les professeurs reçoivent une formation de trois ans minimum. J’ai donc décidé d’aller prendre mes cours dans cet ashram Iyengar, qui est en plus très peu cher. Tally, la professeur avec qui je suis en contact, est là pour répondre à mes questions et m’initier à la pratique. Que du luxe ! J’aurais du me rendre compte bien avant que c’était la meilleure option. J’ai besoin de cette rigueur physiologique, car ma partie de recherche sur le yoga est avant tout une prise de conscience des phénomènes physiques de mon organisme.
07/11/16
Bob… il va bientôt partir. Quel plaisir ce fut de parler avec lui pendant ces longs et paisibles repas dans le restaurant népali, alors que le vent soufflait dehors dans les montagnes. Je voyageais dans le monde entier, et surtout au Japon. Sa sagesse de l’immédiateté, de l’humain, du sentiment. Pas de grandes théories, pas de travail acharné de conceptualisation. Des expériences, par centaines, accumulées à travers une vie entière de voyage. Il a parcouru le monde entier. Une vie, un choix. Il m’a donné quelques unes de ces musiques et son livre sur les crimes au Japon, illustrant toute sa personne. Je le porte dans mon cœur. Il faut imaginer, quelqu’un qui aura toujours une histoire à raconter, sur une personne étrange rencontrée au détour d’une ruelle, d’un ancien responsable nazi (le boucher de Lyon) réfugié dans un village bolivien à l’addicte du jardin fumeuse et randonneuse dans l’Himalaya en passant par l’allemand de l’hospice de mère Thérésa (lequel je dois nourrir ? No pas celui là il est mort !) ou le « clever simon » qui a fini alcoolique et sdf en France, ou encore l’éclopé avec qui il a fait la course à Rishikesh ou encore les riches japonais qui lui payaient des soirées haut de gamme. Savoir donner de la valeur à ces moments de vie. Savoir aimer la vie, qu’il considère être un voyage de 0 à 0, avec rien de particulier entre les deux. L’important est de rendre chaque instant intéressant. Une belle personne.
Première classe de yoga, c’est formidable ! Professeur d’une grande rigueur, tradition très sérieuse. Je suis content.
Skype avec la famille… quelle joie ! D’abord papa, des nouvelles de colibris qui se maintient autant que possible, ils ont mangé des châtaignes sur le feu et fêté halloween avec pleins d’enfants. Un gars du village est venu, il a joué de l’accordéon. C’est génial. L’hiver est là à Neufvy.
Puis maman et titouan sont rentrés. Plaisir de les voir. On a aussi fait le tour des animaux ! Mazurek est adorable, Esquive aussi. Mina, Crapule… les bébés. Titouan m’a montré son couteau, qu’il a acheté il y a peu. Il m’a parlé du lycée, où il se plaît plutôt bien même s’il faut s’adapter. Il m’a joué un morceau de flûte, j’ai pu mesurer sa progression, c’était très beau ! Un instant magique où j’écoutais mon frère jouer de la flûte depuis l’Inde, en même temps je voyais le salon de la maison éclairé par une chaude lumière, le chien couché à se pieds… Ca fait du bien ! Il manquait seulement Simon.
08/11/16
Réservé billet d’avion pour la Chine !
Cours de yoga 2, je sens déjà que c’est plus facile, je commence déjà à m’adapter ! Positif.
Soirée incroyable. Je dîner avec Bob sous la petite veranda du restaurant habituel, quand un couple de français, la cinquantaine, est arrivé. Je commence à discuter. Ils me disent être de Paris. J’explique que j’étudie à Paris mais que je viens de l’Oise, là ils réagissent, je demande s’ils sont originaires de l’Oise, et ils me disent qu’ils y ont vécu ! Il y a de ça 30 ans… Je leur demande où et là, ils me disent, ça a sonné comme un miracle, où un rêve enfin quelque chose qui ne pouvait pas être ici, à Rishikesh, à l’autre bout du monde en Inde dans ce café népali : on habitait à Gournay sur Aronde ! Je leur dis que je suis de Neufvy sur Aronde et on commence à discuter. Ils habitaient le château. Ils se souviennent des cressonnières qu’il n’y a plus malheureusement. Et m’ont dit avoir eu affaire à la famille d’Arrentières pour une histoire de pollution de l’Aronde avec des huiles de vidange ! La famille Destinée du château de Gournay n’avait pas relevé, étant en bons termes avec nous, mais le gars qui était là, Leforestier, a averti la police. Résultat : amende. Il paraît que les d’Arrentières étaient pas content du tout et qu’ils voulaient « lui casser la gueule » ! Impatient d’en demander plus à Mamie. C’est fou de parler de quelque chose d’aussi proche en étant aussi loin. Hallucinant.
09/11/16
Départ de Bob ce matin… quelle rencontre incroyable, quel monsieur. Il m’a un peu parlé de lui, après que je lui ai demandé, en m’expliquant qu’il garde du Japon cette habitude de ne pas parler de soi. Il y a 70 ans, bien qu’il fasse moins. Il a deux frères, l’un est un paysan analphabète, l’autre un cadre d’entreprise. Des parcours complètement opposés. Ils sont parti de rien, famille je pense pauvre au départ. Il m’explique que la situation de l’Irlande après la guerre était compliquée, du fait de la récente indépendance. Bob a eu plusieurs compagnes, dont une japonaise avec qui il est resté plusieurs années, mais refus de se marier, de se poser d’une manière générale. Il me dit que la liberté est son combat quotidien, il ne veut pas d’attaches. Il a vécu son adolescence pendant les années 60, apparition du mouvement hippies et tout ce qui va avec. Il me dit que c’était une époque où tout était facile. Mais il ne cherche pas la facilité. Il dit que les pays comme l’Irlande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les îles en général, sont trop faciles à vivre, car petits paradis isolés. L’Asie est un challenge. Il en résulte que les gens se plaignent beaucoup moins. La densité de population oblige chacun à se battre pour manger, et permet de relativiser ce qu’est l’essentiel face au superflu. Quand il rentre et qu’il écoute les problèmes quotidiens de ses voisins au chômage, il mesure la différence.
Dernière sagesse sur le Japon : il n’y a pas de vérité ou de mensonge dans cette culture. Jamais de noir ou de blanc. De oui ou de non. La vérité est flexible. Cela évite de créer des décisions fermées, qui bloquent toute possibilité d’adaptation au contexte. On laisse toujours une porte ouverte. Ainsi, si je pense que quelque chose est noir et que ça ne l’est pas, mon voisin ne me dira pas que j’ai tort. Il m’aidera sans me donner la réponse, lié à l’enseignement aussi. L’enjeu est de ne pas briser la paix harmonieuse, de ne pas créer de ruptures en tranchant les décisions, de trouver le compromis à chaque fois.
Suite à ça après le petit déjeuner Bob est parti, son petit sac à dos sur les épaules et sa casquette sur la tête. Pour d’autres voyages et d’autres aventures.
Mon aventure à moi continue ici. Le cours de Yoga est magique. La prof est incroyable. La quantité de détails sur la position exacte à adopter dans les postures est énorme. Je sens déjà des progrès, j’ai pas le choix, les positions sont poussées très loin. C’est fatiguant, rien à voir avec l’enseignement mou de l’occident.
10/11/16
Journée tranquille. Bien avancé dans mon travail. Manque de sérénité cependant, toujours du stress que je ressens au niveau de mon estomac.
Reçu le commentaire de Vianney sur mon travail, incroyable. Un ami unique, il a tout relu, corrigé, commenté… je lui suis infiniment reconnaissant. Quand on est aidé comme ça par des grandes personnes, on se dit que tout est possible. L’union fait la force.
Cours de Yoga génial, j’ai encore ressenti des postures très particulières, la méthode d’enseignement est très puissante, d’une précision de haut niveau. La prof est stricte sans se prendre au sérieux, ce qui fait très bien passer la rigueur. « why are these girls talking ? » « Come here ! » « What are you doing ? It’s completely wrong ! ” “How do you say silence in Chinese ?” “why are you so lazy !? ”
111116
Rencontre d’un anglais super sympa, qui fait le cours de yoga avec moi et dors dans la même chambre d’hôte. Il a 26 ans et voyage depuis quelques années, alors qu’il avait été pris à Oxford. Il a décidé de se trouver et de ne pas tomber dans les cadres prédéfinis du système. Louable. Il me dit cependant qu’il souhaite finir par se poser.
Mangé pour le déjeuner un Tali préparé par la dame de la chambre d’hôte, simple et bon. Le temps change en ce moment, ça se refroidit, surtout la nuit et le matin. Mais même le soleil dans la journée se fait plus chaud.
Journée tranquille de recherche. J’ai bientôt terminé la partie sur le bouddhisme. Hâte de pouvoir commencer le Yoga !
12/11/16
Discuté avec Tally, la professeur de Yoga Iyengar de mon hôtel. Elle m’a demandé de lui expliquer comment je suis arrivé à mes réflexions actuelles… Très intéressant les gens qui posent ce type de question, car oblige à résumer ma pensée, ma démarche. Bon exercice. J’ai eu à le faire plusieurs fois, ça clarifie. J’ai répondu :
J’étais un très bon élève à l’école, je faisais grâce à mes parents beaucoup d’activité en dehors. Les professeurs avaient une place capitale dans ma croissance. Surtout que je suis l’aîné. J’avais ce désir d’accomplir parfaitement ce que le professeur demandait. De faire bien. Mais à côté de ça j’étais en forte opposition avec les professeurs qui n’arrivaient pas à valoriser suffisamment leur savoir.
Puis peu à peu j’ai commencé à prendre conscience des failles de ces professeurs. De leur incapacité à m’indiquer la tâche à exécuter pour résoudre tous mes problèmes. Ca n’est pas leur rôle, mais je le croyais naïvement. Alors que j’avais passé des années à apprendre par imitation, application d’un modèle académique le mieux possible, j’ai du commencer à apprendre par questionnement personnel, critique du modèle académique insuffisant. J’ai du devenir mon propre professeur, et construire ma propre méthode académique de réflexion. Je devais trouver moi-même la source du problème et la méthode pour le résoudre. Période difficile de remise en question pendant les deux premières années à sciences po. Puis 3A pour construire ma méthode et résoudre les problèmes, en autonomie.
L’apprentissage dans l’imitation d’une méthode, la recherche d’une perfection déductive, préconçue, d’un idéal type, est important pour acquérir les outils de réflexions fondamentaux. Bootstrap. Cependant, il arrive un stade où pour continuer à s’élever, il faut retourner nos armes contre nos propres rangs et commencer à tirer. Mesurer les insuffisances de nos méthodes, et l’impuissance des théories existantes à répondre de manière complète aux problèmes. Alors on réalise qu’il faut commencer à créer. A développer.
Dans l’enseignement occidental, on sent petit à petit, au lycée, les professeurs nous ouvrir à la réflexion personnelle. Mais ça reste très très léger, surtout en France. Le professeur asiatique enseigne également par imitation, mais de manière très différente, qui me semble être la clé. En fait, il n’enseigne pas. Il fait. Autrement dit, il pratique son art à la perfection. Et même si l’élève ne comprend pas tout ce qu’il fait et pourquoi, il sent rayonner en lui une grande énergie. Une grande sagesse. Et cela suffit à motiver l’élève à faire l’effort de comprendre l’art du professeur. Il n’y a par ailleurs que très peu de méthodologie directe. Autrement dit, l’Asie associe directement imitation et réflexion critique. Pour arriver à imiter le professeur, je dois réfléchir à ma pratique et comprendre ce qui ne va pas, ce qui manque, pourquoi… et essayer ainsi d’avancer. Le professeur ne répond à aucune question. Je dois trouver toutes les réponses moi-même. Développer un regard critique. Subtile. Le professeur est un exemple, une aspiration. Et je me souviens que je regrettais que nos professeurs occidentaux ne fassent pas plus la démonstration de leur art.
La méthode occidentale permet de gagner du temps, mais en même temps elle apporte des réponses toutes faites et ne permet pas à l’élève de s’approprier la démarche. En Asie, c’est : « voici ce que je veux que tu fasses, tu as vu ? Maintenant démerde toi pour y arriver. Et compte sur moi pour te dire quand ça n’ira pas. Tu ne comprends pas pourquoi je te fais compter des grains de riz ? Moi je ne comprends pas pourquoi tu veux savoir manier l’épée. On s’en tape de l’objet de l’étude. Ce qui compte c’est l’étude. Tu veux des compliments ? Tu n’as pas besoin de compliment, c’est pour toi que tu travailles. Tes résultats te suffisent. Et tu n’as pas besoin de notes. Tout ça c’est de la merde. A toi de juger ce que tu veux valoir dans la vie. A toi de développer l’amour du chemin, du progrès perpétuel, de la recherche perpétuelle, sans attendre une note et un résultat final ».
Là où l’Asie pourrait apprendre de l’occident, c’est à propos de la pluralité des réponses possibles. Autrement dit, il est possible de ne pas vouloir atteindre le résultat de son maître et de ne pas être motivé par ce résultat. La réflexion devient alors : qu’est-ce que j’ai de mieux à proposer ? Si j’arrive à répondre quelque chose et à être certain de cette réponse, c’est-à-dire à ne pas avoir jugé avant d’avoir pris le temps d’explorer jusqu’au bout ce que le professeur avait à offrir, alors je peux proposer autre chose. Pour y arriver, il faut juger le professeur trop peu rayonnant de sa pratique, estimer qu’on peut rayonner plus. J’ai eu des professeurs rayonnant qui ont révélé leur limite par rapport à mes attentes. J’ai aussi eu des professeurs très rayonnant dans leur enseignement, d’autres presque pas (et je n’ai pas manqué de leur faire comprendre). Il n’y a pas de pédagogie en jeu dans le rayonnement. Un enfant, et même un adulte, est automatiquement fasciné par quelqu’un qui maîtrise son art. Il le respecte naturellement, intuitivement, parce qu’il sent la force de la volonté qui guide la performance.
Beauté. Vie. L’entropie toujours là. Ajouter l’importance de profiter de tout instant de souffrance pour sentiment d’humilité. Développer l’humilité face à l’entropie. Le respect aussi. Respecter l’ennemi pour sa force. Supérieure.
Beauté de cette journée. Cours de yoga… Il semble que la prof me prend un peu en exemple. Il faut dire que j’en ai un peu plus dans les bras que ces chinoises qui ne comprennent pas un mot d’anglais ! Mais je suis méchant. En fait, certaines sont très jolies. Et gentilles. J’ai d’ailleurs le contact d’une qui habite… À Chengdu !! Et une autre qui est à une heure en train. C’est génial ces lieux touristiques. Le tourisme a ça de bon. Créer des liens entre les pays.
Hier j’ai regardé des vidéos de Trump. Quelle horreur. Comme je disais à mes amis, encore un peu et le monde crèvera sous la connerie avant de réchauffer le climat. Je le souhaite de tout cœur. Qu’on ait une chance de reconstruire quelque chose derrière.
Discuté avec la maman qui tient la chambre d’hôte, pendant qu’elle préparait sa pâte à chapatis. Je lui ai dit à quel point leur activité était belle, leur famille (grands parents et deux enfants) belle. Lieu très humain, qui reste petit et humain malgré le tourisme qui se développe. Je me sens à la maison. L’ambiance le soir, lumières tamisées, vent dehors, la famille qui parle dans la cuisine et leur salon, qui mangent. Le chien toby, tout jeune, qui met de la joie supplémentaire. Je prends mes déjeuners là bas. Délicieux tali.
Instant de pure beauté pour ce dîner. Tous ces jeunes népalais, toujours le sourire. Ils s’inclinent en apportant le plat. Je m’incline aussi. Je les vois par la fenêtre, dans la cuisine. Souriant, jouant. Ils vivent.
13/11/16
Il semble que les Allo Parantha soient une tradition de la famille le dimanche matin ! A faire à la maison, mais peut-être plutôt le midi ! Et un rituel de plus. La grand-mère vient de m’en offrir une.
Bien avancé sur ma recherche. Discuté le soir avec des français à propos de ma recherche. M’a permis de réaliser que la chose la plus importante à mentionner avec le début de toute discussion, c’est que j’obéis au principe du rasoir d’Ockham et que je veux prouver que nos problèmes peuvent être entièrement résolus sans faire appelle à une réalité métaphysique.
14/11/16
Engueulade avec les français qui défendent des idées radicales, très très à droite, en étant de la haute société, catho tradi. Insulte des gens de gauche, pensent que nous sommes en dictature à cause de la théorie du genre entre autre. Bref. J’ai perdu le contrôle de moi-même quand ils sont arrivés à la théorie du complot. Je le regrette. Car dans toute théorie il y a du vrai. Un besoin véritable. Plutôt que de m’enfermer dans l’opposé inverse et de rendre le débat stérile, j’aurais du m’ouvrir et essayer de faire la synthèse. On ne peut nier qu’il y a une crise identitaire en France actuellement, que les gens vivent mal, plus que d’en d’autres pays, le néolibéralisme. C’est un atout, une bonne chose.
15/11/16
Encore des derniers ajustements à apporter à ma recherche sur le bouddhisme. La relecture prend du temps et je dois le faire maintenant, temps que je suis encore familier à ces idées.
J’ai présenté mes excuses aux français…
16/11/16
Lu un mail de Vianney, ce corsaire breton à l’âme pure et à l’esprit affuté comme une lame de rasoir ! Il a relu tout mon travail, et apporté des commentaires très précieux. Bonheur de constater qu’il va bien, même si nous sommes tous logés à la même enseigne en matière de réflexions sur l’avenir de notre existence, personnelle et collective. Il écrit sur la politique, le système d’organisation. C’est passionnant ce qu’il dit et résonne beaucoup avec les idées sociocratiques appliquées au mouvement colibris, principe de subsidiarité… Je me sens comme soutenu par sa rigueur et sa lucidité, et ça fait du bien !
17/11/16
Belle journée. Difficile au début. Je dois en effet créer la transition entre la phase intensive de relecture, réflexions, référencement de mes travaux passés et la nouvelle phase d’expérimentation et de réflexion pure qui s’annonce. Ma recherche semble toujours suivre cette dialectique de création réflexive et expérimentale/formalisation. Ca ne fut pas facile, car il faut que je m’adapte. J’ai eu le sentiment d’être à nouveau livré à moi-même, perdu. Ce qui m’a sauvé fut de mettre par écrit le processus et de ritualiser mon emploi du temps, nouveau programme. J’ai donc fait un rush que voici ci-dessous :
Le temps passe très vite. Je ne sens plus la pureté de la retraite à Tushita. L’accès permanent à internet dévalorise les choses. J’aimerais retrouver un équilibre de pureté, mais je ne sais pas comment faire. C’est nécessaire pour commencer demain la partie sur le yoga, car je viens de terminer la relecture du bouddhisme ! Première partie achevée. Je pense condenser yoga/taï-chi et kendo dans une seule grande partie. Plus pertinent à mes yeux. Toujours utile que je n’ai pas défini le cadre rituel dans lequel ouvrir cette partie. Or, elle se doit d’être particulièrement pratique, expérimentale. Je me suis ramolli ces derniers jours, bercé par la douceur de vivre ici, à Rishikesh. Il faut que je retrouve une certaine rigueur. Et surtout que j’augmente la quantité de pratique dans mon emploi du temps. Axer sur le yoga, immense priorité. Et dans le yoga quelques asanas. Approfondir au maximum. La journée suivante sera consacrée à cette définition d’emploi du temps. Je dois gérer recherche théorique et pratique. Grand défi. Priorité à la pratique. Je pense qu’il faut que je limite le temps de recherche à la prise de note et d’idées sur ma pratique. L’important est mon expérience intensive du yoga qui mérite vraiment d’être développée. Mérite un rituel vipashyana d’organisation. Avec un temps de lecture et de rassemblement d’idées le soir après mon cours. Pratique le matin à l’ashram. Puis de notes en fin de matinée.
L’enjeu est aussi de définir des rituels praticables en permanence après cette retraite. Donc réfléchir aussi à des choses modestes. Rapides.
Me détacher d’internet, définir une plage de connexion précise. Je pense dans l’immédiat une à 12h30,  avant la douche pour A. Lacroix, Colibris + mail arbres, Maël et Flo. Appelle Bihar après déjeuner. Une autre sera envisagée samedi, avant le skype avec Maël pour répondre à mails. Gérer le divertissement correctement. Je veux redonner de la valeur à certains. Notamment écoute musique sda. Je ne sais pas comment. Faut-il en faire un rituel ? Le problème du divertissement tel qu’il est conçu aujourd’hui c’est qu’il est synonyme de forte stimulation externe. Or le rituel ne permet pas cela. Pourtant, autrefois, les gens se divertissaient en jouant sans cesse au même jeu de carte. Il serait sage que j’y parvienne. Mais est-ce possible de trouver de l’intérêt pour quelque chose de très simple lorsqu’on a à porté de clic des séries et autres vidéos par centaines ? Peut-on penser le bon divertissement ? Semble absurde car l’objectif du divertissement n’est pas d’être utile à autre chose qu’à notre divertissement. Mais quand même… Si j’essaye de faire une liste :
Activité rituelle de répétition de la même action, genre écouter la soundtrack sda. Gérer l’effet d’accoutumance
Activité de soumission à une stimulation externe sans aucune réflexion genre regarder une série. Il s’agit d’un repos où l’esprit est occupé, absorbé totalement mais porté, comme une hypnose.
Activité de soumission à une stimulation externe où je suis actif, comme regarder un documentaire, lire un article ou même lire ou regarder une fiction. Dans tous les cas je tente de mémoriser des infos, de réfléchir à des liens avec ma recherche, mythologie…
Problème : le maintien d’un attachement à un divertissement de stimulation externe ne nuit-il pas à mon éveil de sensibilité et à ma recherche de maîtrise de l’esprit ? Si je me prive de ces divertissements, je pourrais réussir à en découvrir à un niveau d’énergie inférieur et donc de puissance supérieure. Problème aussi de la dualité travail/divertissement. Je ne devrais pas avoir besoin de divertissement ! Cela sous entend qu’il existe des moments plus soulageant que d’autres. Que je ne suis pas toujours en plénitude.
L’important dans l’absolu est de mobiliser la puissance… Problème de l’accoutumance. Problème de la perte du cadre Ecole du Bihar. Je suis moins dans la conscience de la puissance. Exemple des repas. Je cherche trop le divertissement extérieur à la simplicité du quotidien. Ne fais pas suffisamment travailler mon imagination. Il faut que je fasse des choix.
Je garde let’s play. Mais j’arrête de culpabiliser sur le temps que ça prend. Ce que je cherche dans ce let’s play c’est d’être absorbé dans une histoire vide de toute pression de la réalité. Entièrement virtuelle, magique, facile. Mais surtout, d’expérimenter une mythologie vivante. Le sda a le défaut d’être figé, mort.
La finalité utile malgré tout de ces divertissements, c’est de m’aider à faire le lien entre discours psychologique et discours scientifique. Dans le réel, comme traduire les phénomènes d’énergie en magie psychologique de puissance ?
Que je regarde le sda ou let’s play c’est la même chose. Références symboliques, magiques. Bien/mal, nature/contre nature… Il faut que j’exploite ce divertissement pour soutenir la réalité par l’imagination. Mais cet ajout de quelque chose à la réalité ne peut se passer avant d’une perception fine de cette réalité. Il s’agit d’accentuer ma sensibilité, pas de combler un manque par l’imagination… ! Le lien est difficile à penser. Il semble qu’il faille d’abord sentir l’énergie sans aucune magie, parallèle et visualisation, puis dans un second temps, ajouter la magie. Mais il ne doit s’agir que d’un ajout esthétique. Ca n’est pas la visualisation qui induit l’émotion. Il faut d’abord penser et ressentir l’articulation et la valeur scientifique du phénomène.
Comment faire du let’s play un rituel ? Il serait plus sage de faire ce travail sur le seigneur des anneaux… Quel travail ? Une traduction autocritique de mes références mythologiques et biographique personnelles en langage puissance. Exercice à l’éthique !! Je dois créer un rituel d’exercice de l’éthique. Pour mettre de mieux en mieux cette éthique en pratique. Accentuer ma sensibilité dans le réel en étant plus connecté à l’éthique linguistique et visualisatrice. Cf exemple du langage esquimaux. C’est à l’esprit d’enrichir le réel. De mesurer les différences. La profondeur de notre sensibilité au monde est celle qu’on y met par l’esprit. L’enjeu est donc de noter, dans les divertissements, les phénomènes engagés dans une éthique de la puissance, mesurer leur valeur, leur légitimité et leur existence indépendante du contexte, de la magie, des quêtes spécifiques etc… Monter en généralité pour atteindre les principes universels de la puissance. Puis quand on est dans le réel, faire le même travail dans l’action de chaque instant. Donner justification éthique et développer toute la puissance scientifique possible, toute la valeur possible. Et ensuite, dans un second temps, faire le lien magique avec le divertissement, et visualiser. Pourquoi ? Simplement, comme je le disais, pour un souci esthétique, de sublimation, d’extension, MAIS SURTOUT d’HUMILITE ET D’OFFRANDE A LA PUISSANCE. JE DEDIS AU phénomène le plus simple de mon quotidien une œuvre d’art. Et plus j’aurais valorisé scientifiquement le phénomène, plus l’œuvre d’art sera puissante, plus la traduction sera riche. Pour une riche traduction, il faut un riche texte à traduire. Ajouter donc la magie visuelle dans les phénomènes, autour, visualiser les flux, les variations, les attaques, les défenses. Les doter de compétence, d’un niveau de chargement en puissance. Ajouter aussi la musique écoutée, notamment sda.
Faire chaque soir let’s play puis musique sda. Le samedi soir, roman car le dimanche doit être inspiré par pureté maximum. Prendre à chaque fois trois notes éthique et esthétiques. Et tenter des les relier dans le réel le jour suivant !!! L’étape de valorisation éthique correspond à un rituel vipashyana (fondé sur une samatha) dit rituel de traduction. L’étape de traduction magique est un rituel par visualisation dit rituel de sublimation.
J’aimerais développer le rêve lucide et l’autohypnose. Réinsérer le soir ! Explorer des états de conscience modifiés. Faire mes tests de réalité et mon autosuggestion ! Eventuellement un MILD.
Aussi la question de l’immortalité. Plus me reconnecter à la puissance pour plus revaloriser ces derniers.
18/11/16
Dans deux mois j’aurais 21 ans ! De quoi me motiver à profiter à fond de ces dernières semaines de 20 ans qu’il me reste. 20 ans est un âge symbolique de liberté. Et je l’incarne au maximum cette année. C’est le moment de se charger des idées et des énergies qui animeront le reste de mon existence. C’est un moment déterminant.
Journée éprouvante, mais riche. A nouveau, je suis en phase d’expérimentation/réflexion. Ainsi, je ne profite plus du cadre tranquille de la relecture. Je dois à nouveau tailler ma route. Demain, il faudra que j’arrive à préciser ma méthode de prise de note sur ma pratique. Que je cible des points plus précis à observer. Je dois faire une typologie de mes sensations. Pour noter une évolution. Il faut aussi que je commence la théorie sur les asanas et le yoga en lui-même. Je dois me lancer, on verra bien.
La matinée fut difficile pour une raison très particulière et absurde. Mais intéressante. Impossible d’être serein dans mon travail car en revenant du petit déjeuner, quelques notes d’une chanson me son venue en tête, à cause d’un son du restaurant. Impossible de me souvenir du morceau. J’ai passé 5 minutes à le chercher ! Finalement, de manière incroyable, je l’ai retrouvé. C’était les toutes premières notes de la musique into the west du sda. Mais peu après, nouveau retour en mémoire. Mélodie très très puissante à laquelle je me sens fortement attaché… mais là le souvenir va être difficile à rappeler. J’ai conscience que ça vient de très très loin. Il s’agit pour moi d’un dessin animé que j’ai vu étant plus jeune. De type aventureux, sérieux, légendaire. Genre cités d’or. Qui me correspond parfaitement. Une fascination et une frustration sont associées à cette mélodie. Je n’ai que 4 ou 4 notes. Horrible. J’ai cherché pendant une heure, sondé ma mémoire au plus profond. J’ai été obligé de m’arracher deux fois à l’obsession, qui a en fait commencée le jour précédent. Conflit d’attention exemplaire. J’avais des intuitions superficielles sur l’origine du son. Un lien étrange avec un trailer de l’ours paddington, quelque chose de légendaire et d’aventureux, peut-être sur l’Egypte. Finalement, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un dessin animé que je n’ai même pas regardé, mais qui était une bande annonce d’une cassette d’un autre dessin animé qu’on regardait souvent avec mon frère. Pourtant il paraissait génial, d’où la frustration. Et la musique est particulièrement marquante. Je ne sais pas comment j’ai réussi à me souvenir de ça. Puissance de la mémoire étonnante. J’ai tapé sur google « musique dessin animé pharaon egypte » et je suis tombé sur papyrus, qui a fait tilt. Regardé le générique… c’était ça. Magique. J’en ai presque pleuré tellement je revenais de loin. Je n’avais même pas vu ce dessin animé ! https://www.youtube.com/watch?v=hUbWyTxZpos
En soirée, en remontant avec un sac de bananes vers mon chambre d’hôte, attaque de singes. Ils m’ont arrachés mon sac, ils étaient 4. Et volés toutes les bananes. Bande de macaques. J’ai failli combattre mais l’un me montrait ses dents et un indien m’a dit de les laisser faire. J’étais rageux au début. Puis j’ai mesuré ce que l’homme fait à la nature et je me suis dit que c’était reprendre de juste droit une infime partie de ce qu’on vole à chaque seconde à ces pauvres animaux d’une pureté immense.
Pendant cette journée, tous les moments de souffrance, de doute etc… furent compensés par la mobilisation, grâce à mon système rituel, d’un sentiment d’humilité face à l’ordre du monde dans lequel je crois. Très efficace. Mon travail n’est pas une chimère.
19/11/16
Nouvelle bonne et mauvaise à la fois. J’ai reçu la réponse de mon responsable pédagogique, suite à l’envoi de mon travail pour commentaire. Ce dernier est plutôt négatif, dans la mesure où il me demande de tout revoir. Je peux garder l’idée de rituel et d’attention, mais le conflit est rejeté, ainsi que la forme en général. Même mes choix disciplinaires, notamment les neurosciences et la psychologie, sont remis en cause. Ca ne va pas être évident. Ils veulent vraiment que je produise un mémoire de master et me donnent des délais très serrés. Ca tombe mal que j’étais en pleine réflexion très riche sur le yoga. Ca me coutera énormément de revenir à des réflexions préliminaires maintenant. C’est épuisant. Je vais consacrer mon temps du matin à la préparation d’un plan détaillé revu. Je garde bien sur le projet original dans lequel je crois, ça reste mon axe d’étude principal. Je vais simplement leur donner ce qu’ils attendent, sachant que la démarche est intéressante pour le challenge qu’elle représente. Je commencerai demain à bosser sur ce « mémoire ».
A côté de ça, bonne séance de yoga. J’ai également fait mon rituel de cardio/muscu. En soirée, concert de musique balinaise que j’ai enregistré en partie. C’est quelque chose ! La chef du groupe est une femme, Laxmi quelque chose. Elle a étudié la musique avec un guru, et explore différentes sonorités, musique expérimentale. Une des artistes les plus connues d’Indonésie. Mélange chant, musique et danse de type indienne.
20/11/16
Journée positive niveau travaille. J’ai mis de côté le problème de Sciences Po, pour me laisser le temps d’y réfléchir une journée et j’ai donc continué à travailler sur ma recherche. J’ai intégré des notes de diverses réflexions.
Skype avec la famille. Mamie était là, j’ai vu tout le monde, c’était magique. Simon m’a donné plein de nouvelles. Mes parents ont ramené des pommes pour colibris depuis Dampleux, tout cela vit, et c’est très positif. Titouan a 14 de moyenne en seconde ! C’est plus que bien.
J’ai réfléchi à mon avenir et j’ai mesuré à quel point ce que j’aime, c’est le travail sur le cerveau, les émotions, la compréhension, la mémoire, le bonheur, l’effort, le sport… je suis un passionné de notre potentiel mental, en tant que finalité existentielle et non comme moyen de faire quelque chose d’externe. Cela me permet d’envisager une activité professionnelle dans ce domaine. Si j’arrive à développer ma propre méthode d’appréhension de tout cela, je pourrais peut-être exercer… Bien sûr, en parallèle d’un projet dans le château et d’un engagement politique à Colibris. Mais j’aurais au moins une activité professionnelle. Mon projet consiste à mettre des mots et des images sur ce que chacun est au quotidien. De soutenir le quotidien par un univers symbolique et rationnel d’une puissance immense, pour réintégrer l’émerveillement et la motivation intrinsèques et valoriser les capacités de l’outil magique que nous avons entre nos deux oreilles. Utiliser les références culturelles, de divertissement de chacun pour enchanter le quotidien en cohérence avec le matérialisme scientifique, l’efficacité pratique associée à l’efficacité symbolique.
21/11/16
Se calmer un peu sur le projet politique de révolution nationale colibris. Je pense qu’il faut avant que je prenne le temps de développer de manière calme et posée le projet de communauté au château. Inutile de vouloir convaincre à partir de rien. Je ne suis pas capable de sauver le monde, ça n’est pas le moment pour moi de le faire. Je peux aider, soutenir un peu, mais je ne peux pas impulser au-delà de mon projet local, qui me donnera l’expérience que je souhaite après transmettre. Je suis peut-être né trop tard, mais tant pis. Je ne peux pas jouer contre le temps.
Incapable de prendre une décision vis-à-vis de Sciences Po. Je ne peux pas faire ce qu’ils demandent, ça me demanderait trop de temps, me faisant prendre du retard sur mon programme d’étude en lui-même. Je n’ai pas accès aux sources qu’ils demandent, et l’objectivité qu’ils veulent que je présente ne correspond pas à la philosophie asiatique, ni à la nature de mes formations, qui sont par définition des expériences personnelle et psychologisante. Il y a mille raisons qui m’empêchent de produire un mémoire tel qu’ils me le demande. Le fait est que je ne suis pas en master, dans un campus où je peux accéder facilement à de la documentation et où je peux réaliser une étude de terrain comme pur observateur. On ne saisit rien des sagesses asiatiques si on ne s’y engage pas personnellement, intimement. Cela ne signifie pas qu’il me soit interdit de faire preuve d’esprit critique. Je l’exerce plus que jamais. Mais je dois prendre en compte ma psychologie et mon expérience.
Nouvelle semaine de yoga qui commence ! Le cours fut difficile, on n’a pas arrêté de travailler sur nos épaules. C’est fou comme chaque infime détail est important. J’ai réussi à remonter des bananes et des oranges sans me faire attaquer par les singes.
22/11/16
Bonne journée dans la mesure où j’ai trouvé la solution pour le problème du mémoire de Sciences Po. C’est incroyable toutes ces aventures. Je n’ai jamais autant du faire travailler ma réflexion, mon esprit d’arbitrage. Je mesure aussi la prudence avec laquelle je raisonne désormais, arrivant vraiment à peser les pour et les contre de manière détachée. Je n’ai pas vécu cet évènement comme une trop grosse angoisse personnelle. Le matin, j’étais quand même en stress. Difficile de me lever, boule au ventre. Il fallait que je réponde à Alexandre et si la veille j’étais décidé à faire ce qu’il demandait, j’ai peu à peu changé d’avis, constatant qu’il me serait impossible de continuer à travailler sur le yoga en reprenant toute la partie sur le bouddhisme. J’étais donc décidé à lui dire que je n’allais pas suivre ses directives. Mais en écrivant le mail correspondant le lendemain, j’étais plein de doutes. Sentiment que ce n’était pas la bonne solution. J’ai alors relu mon projet original et mesuré l’intérêt d’une approche plus académique. J’ai constaté que travailler dans une trop grande continuité avec la partie 1 sur le bouddhisme me faisait perdre en rigueur, car je ne revenais pas sur les fondements de ma partie. De plus, j’ai réalisé que rien ne m’obligeait à réutiliser le bouddhisme, qui n’était pas prévu au départ dans mon programme de recherche ! Je me suis donc dit que cette partie sur l’esprit est un départ personnel, nécessaire, qui comptera bien évidemment fondamentalement dans mon essai grand public, mais que je n’allais pas le soumettre à Sciences Po. Il s’agit donc de commencer à zéro une étude du Yoga et du Taï-Chi, académique. Je l’adapterai pour en faire la partie 2 de mon essai grand public, mais me débrouillerai pour que les problématiques correspondent. Ainsi, pas de réécriture coûteuse à effectuer, pas de perte de temps, je ne fais qu’avancer. Bien sûr, le travail sur le yoga est coûteux, mais pas plus que si je l’avais fait dans le cadre de ma recherche. Et j’ai le sentiment de moins me perdre. Alexandre m’aide à me motiver en rigueur.
23/11/16
Journée classique. J’ai développé et quasiment terminé le plan à envoyer à Alexandre. Je dois simplement peaufiner. Je vais donc consacrer la majeure partie de mon temps à la lecture de philo indienne et à la pratique de yoga.
Je me suis lié d’amitié avec un petit chien noir que je croise à chaque fois que je travers l’ashram sivananda pour aller à l’ashram Iyengar où j’ai mes cours de yoga. Il a une patte tordue, un peu handicapé. Mais quand je passe je le caresse un peu. Du coup à chaque fois qu’il me voit je peux voir son bonheur. C’est une forme de rituel. Ce ma rappelle le petit prince et le renard. Mais je me lie d’amitié aussi avec des êtres humains ! Même si les animaux sont dans tous les cas plus purs que nous, qui n’assumons que trop rarement et difficilement notre responsabilité d’être hautement conscient.
24/11/16
Journée moyenne niveau travail mais grandiose niveau connexion à la puissance et à l’énergie. J’ai réussi à être moins stressé vis-à-vis de ma recherche et à accepter avec plus d’humilité les difficultés. Je suis là dans une phase de relancement, où je dois intégrer la théorie hindouiste notamment sur le yoga, choisir mes textes de référence… Il va falloir que je rush pour terminer le yoga le plus vite possible. Je dois rusher dès maintenant. Mais je ne peux pas le faire tant que j’ai pas intégrer les textes classiques sur lesquels fonder mon argumentation.
Les soirées sont très agréables ici. Il y a quelque chose de sécurisant. Le vent et le froid arrivent, violents. Ma chambre devient un refuge. Je me couvre, je vais manger dans le petit restaurant népali, très agréable. C’est calme, lumières tamisées, la nourriture est délicieuse. Je prends toujours quelque chose de simple. Et surtout, c’est la fin d’une journée de bataille contre ma recherche. Car ce travail pompe une énergie considérable. La majorité de l’énergie étant destinée à mobiliser de la volonté pour avancer.
25/11/16
Bonne journée. Bien av              ancé sur la philosophie indienne. Je ne sais pas si on peut parler de philosophie, car les théories restent très liées à la religion mais il y a bien de la logique, de l’épistémologie, du naturalisme, des mathématiques… richesse immense. Ca me permet de préciser ma théorie sur le yoga, de comprendre dans quelle tradition il s’intègre. Très lié à la tradition samkhya. Beaucoup moins au Vedanta.
J’ai réintégré ma méthode de division des objectifs, et j’en ai fait une partie de mon rituel de traduction que je suis sensé faire trois fois par jour. Cette méthode permet de « manger l’éléphant à la petite cuillère » et donc de plus valoriser l’énergie de l’instant, en luttant contre le stress et l’inefficacité.
Pas de pratique autonome ce matin car on est allé avec Tally et les autres à Rishikesh pour changer de l’argent. J’ai pu changer 100 euros mais c’est compliqué à l’introduction des nouvelles coupures pour lutter contre le marché noir. Enfin je me prends pas la tête. Heureusement j’ai du liquide.
Soirée magique.
Temps pour moi alors que le départ approche de rendre mon hommage à Rishikesh. Comme je l’ai fait pour Munger. D’abord, un nouveau merci du fond du cœur à ceux qui ont rendu mon voyage possible. Je vous suis éternellement reconnaissant. J’espère fort que mes travaux, aussi farfelus qu’ils soient, pourront vous intéresser d’une certaine manière.
Toutes mes expériences ici sont magiques, et elles le sont d’autant plus qu’elles sont accompagnées des idées et des pratiques de ma recherche, qui m’aident à voir le monde et la vie d’un regard nouveau, où chaque chose est colorée, riche.
Ici en particulier… quel bonheur immense d’avoir résidé au Swiss Cottage, ce coin de paradis perché au dessus de la ville et du Gange. La famille Seema est d’une bonté incroyable. La grand-mère est venue me dire au revoir ce soir, car elle part rejoindre sa fille à Delhi. Elle m’a dit « je suis la maman, tu es le fils. J’ai t’aime beaucoup et tu me manqueras ». Elle fut adorable avec moi. Les restaurants népalis où je mange matin et soir… lieux où le monde entier se rencontre. Un monde de toutes les nationalités, mais toujours des gens qui cherchent, qui veulent trouver la clé de la vie simple, du bonheur qui ne fait pas couler de sang. On peut les appeler des paumés, des illuminés du New Age, des écolos baba cool, mais ils sont fondamentalement des gens courageux, qui font tout leur possible pour échapper à la société de la consommation. Discuté ce soir avec un australien qui vit au Vietnam depuis quelques années, il a 26 ans et enseigne là bas. Tout comme Oliver, l’anglais qui a vécu en Israel, il se cherche et refuse les solutions faciles. La richesse de la vie spirituelle tient dans sa proximité à la vie, tout simplement. J’aime particulièrement les ambiances du soir ici. On entend les grillons, le vent se lève, le froid tombe. Les chiens déambulent de la petite rue principale. Tout se calme.
Programme d’une journée :
Réveil 7h, difficilement. Le vent souffle. J’entends les rideaux de fer des petits magasins qui s’ouvrent. Une musique religieuse venant d’un ashram au loin.
Je me lève, m’habille et je vais aux toilettes (turques bien sûr, enfin indienne aussi j’imagine).
Je reviens dans ma chambre, frissonnant à cause du vent. Je mange une banane et une clémentine (délicieuses). Je bois un coup
J’ouvre mon pc. Rêves, journal et rituels. Je note mes souvenirs de rêve, fais le bilan de la journée passée et pratique ma méditation vipashyana du jour.
Etirement rapide pour activer la circulation
Je commence mon travail de recherche jusqu’à 9h30.
Ptit déj dans le restaurant népali du jardin situé derrière la chambre d’hôte. 4 chapatis, miel et beurre de cacahuète. Je suis bien couvert car le vent souffle. J’observe les vaches et les petits écureuils, entre autre.
Retour chambre, recherche jusqu’à 11h.
Direction ashram, marche de 20 minutes qui descend vers le gange pour pratique personnelle du yoga jusqu’à 12h30. Lutte contre les camions et les singes. Coucou à mon ami le chien éclopé.
Retour maison pour déjeuner, tali délicieux de seema. Riz, chapati avec le gui (beurre indien), purée de courge un peu sucrée, patates vapeurs parfaitement épicées, daal… Les autres discutent de chakras et de Reiki. Je reste en retrait, certains sont quand même bien perchés.
Travail pour recherche puis sieste sur le toit de la maison, avec la vue sur la vallée. 15h30 départ pour cours de yoga. Séance d’1h30 avec la super prof Ekta.
Entre 18h et 19h je continue ma recherche, la fatigue se fait sentir.
19h direction le restau pour le dîner. J’emmène un livre avec moi mais souvent je me retrouve à discuter avec les gens. Légumes vapeur, Tentuk, chapatis, croissants, muffin… bon petit dîner gemütlich.
20h30 retour chambre. Rituel samatha, je regarde quelques vidéos divertissantes puis nuit !
26/11/16
Musiques de Rishi :
Shiva Shambo
Sia radio
Sun is up
Aille aille a i a i aille
On the floor
Musique titouan mode.
Aujourd’hui direction la cascade qui domine les montagnes du Swiss Cottage « puri curi » un truc comme ça. Avec Tally, Oliver et Nissim. Très belle balade ! J’ai vu des araignées énormes, cueilli des bananes pas suffisamment mûres malheureusement, observé une énorme ruche dans un arbre, écouté le bruit du torrent, vu des petites rizières vivrières en espaliers… jusqu’à atteindre une petite cascade et le bassin qui l’accompagne. Photos, baignade, soleil, nature. Ressenti très intensément la puissance du vivant. On est rentré vers l’heure du déjeuner. Les autres sont descendus en ville, mais je devais préparer mon départ. J’ai mangé dans le restaurant népali habituel, et discuté avec un groupe de jeune lycéennes indiennes. Sans me vanter, elles étaient peut-être un peu folles de moi, elles me disaient que je ressemblais à Harry Potter. Ah ! Enfin des gens qui voient la vérité. Bon je m’arrête là.
27/11/16
Ce dernier weekend est consacré au tourisme et aujourd’hui c’est en plus les 46 ans de Tally. Du coup levé à 5 heure, taxi direction un temple perché au sommet d’une montagne, pour admirer un levé de soleil sur l’Himalaya. Cette ambiance, rouler dans la ville endormie, moi-même à moitié endormi, puis arriver à ce lieu de panorama magnifique. La brume entoure les sommets. La nouvelle lune brille encore quand on arrive. Des religieux commencent à entonner des prières rituelles matinales. Doucement, une lumière ou plutôt un halo pointe à l’est. On attend. Les couleurs évoluent, à chaque seconde un nouveau détail apparaît. Là, au fond à gauche, voici les monts enneigés de l’Himalaya qui sortent des nuages. Les nuages eux-mêmes se parent de rose. Soudain, l’astre émerge de l’horizon alors que la lune s’éteint. Eclat de lumière. Les appareils photos saturent sous la force du soleil ! La levée est rapide. L’ensemble de la vallée sort de l’ombre de la nuit. Admiration. Et dire que chaque matin cette danse sublime des éléments se reproduit… Dans le temple, un groupe de jeunes new agiens bien inspirés commencent à chanter un mantra sublime, méditant est se tenant par la main. Un groupe se forme spontanément autour d’eux. Voilà, nous sommes ensuite redescendus.
J’ai eu à faire sur mon ordinateur, nous avons aussi dégusté des sucreries indiennes pour l’anniv de Tally avec qui j’ai discuté le midi de métaphysique ! Les fruits de cette réflexion sont très intéressants, intégrés à ma recherche. Nous avons compris en quoi la tradition occidentale et orientale s’opposent. Le point de différence est le culte de la compréhension rationnelle de l’absolu d’un côté et celui de l’expérience non conceptuelle de l’absolu de l’autre.
Skype avec la famille l’après midi. Grand moment, ouvert avec vue sur Côme mon ptiot cousin ! Ils étaient à table entrain de déguster une choucroute, l’eau à la bouche… ! Vin, fromage. On a mis l’ordinateur sur la table, du coup j’étais comme à table avec tout le monde (béné, ju et seb, delphine, grand-mère, mamie), c’était génial. La famille puissance 1000.
Départ en bus le soir. Voyage très chaotique (état de la route) mais plaisir immense de parler en conversation de groupe avec Vianney, François et Flo. Plaisir de se retrouver. La valeur des amis ❤ Il manquait Lucifer, Romain et la ptiote. On a débrief ensuite avec Vianney sur ma recherche et la sienne et la beauté de cette troisième année de mise en perspective et d’approfondissement de l’essentiel.
28/11/16
Première journée à Delhi ! La chiasse est de retour comme en 40. Fait chier. J’espère que je n’aurai pas reprendre des antibios. Le programme pour ces premiers jour est centré autour du visa, bien que je doive aussi avancer ma recherche, qui n’avance pas suffisamment vite à mon goût ! En fait le truc frustrant c’est que je suis là dans une étape de prise de note et d’accumulation organisée de références, ce qui ne fait pas avancer le corps final de mon mémoire et j’ai donc le sentiment de faire du sur place, ce qui est faux. Simplement c’est un long processus. Je suis dans un hôtel pourri à 400 roupies la nuit (5 euros). La rue de l’hôtel est géniale, c’est une minuscule ruelle perdue dans d’autres minuscules ruelles très animées, avec des boutiques en tout genre, des enseignes… très asiatique. Entassé et vivant.
Le matin, direction ambassade de France ou je pensais pouvoir obtenir une lettre pour appuyer ma demande de visa. Ils ne veulent pas (la sécurité déployée dans cette zone internationale !). Ensuite banque pour obtenir un justificatif de ma situation bancaire. Ils ne peuvent pas (je dois aller au Crédit Agricole qui n’existe pas à Delhi). J’ai quand même pu changer mes vieux billets en nouveaux, ce qui normalement ne se fait plus, une très bonne chose ! Ca m’a pris toute la matinée.
Retour hôtel, déjeuner et direction un café avec internet pour continuer ma recherche. J’ai aussi appelé le centre de visa. Bonne nouvelle : les papiers de l’ambassade et de la banque sont optionnels. De plus, je peux prendre un billet d’avion retour non confirmé, donc non payé. J’ai appris en me renseignant auprès d’un agent de voyage que ces billets sont des contrefaçons mais que tout le monde les accepte comme formalité administrative. En gros tout le monde fist le gouvernement chinois à longueur de temps. Tant mieux, leur exigences sont un peu ridicules. Le soir, retrouvé complètement par hasard les français de Rishikesh dans le café ou j’étais. What a drôle de coïncidence. J’ai mangé léger et suis allé me coucher tôt (20h30).
29/11/16
Une journée folle. Le matin, direction Connaught place pour prendre de l’argent, j’ai réussi à changer des euros mais à un mauvais taux (65). Puis il m’a fallu trouver une agence de voyage qui produise des faux tickets. Un gars m’a emmené dans une qui en propose. Je me suis rendu compte à quel point c’est une arnaque. Ils voulaient me faire payer 2000 roupies, alors qu’il s’agit d’un document pourri produit sur word. J’ai réussi à descendre à 1200, ce qui reste énorme. Mais j’étais tellement dans la merde, tellement stressé par ce visa que j’ai accepté, et je n’avais plus le temps de faire toutes les agences. Donc me voilà parti pour le saket, centre commercial où se trouvent les bureaux de l’agence. Rencontre avec un jeune qui travaille pour Tui, agence de voyage allemande.
Je vais au centre et là horreur : Les bureaux déménagent de locaux cette semaine donc toutes les demandes de traitement prennent un jour de retard. Et pire, les français n’ont pas le droit de faire des demandes express. Voilà. Je suis foutu pour mon billet d’avion de samedi, je n’aurai que mon visa lundi. Donc démarchent coûteuses d’annulation et de nouvelle réservation à prévoir. Mais c’est pas tout. Il me faut aussi un autre faux billet pour l’aller (puisque l’ancien n’est plus valable) et un itinéraire de voyage présenté semaine par semaine… ! Avec des réservations d’hôtel pour chaque lieu visité. J’ai donc filé retrouver mon ami rencontré dans le tuktuk, à son agence. Il m’a fait gratuitement !!!! Un faux billet pour l’aller, bien mieux que celui de l’agence précédente… Il m’a permis de regarder des lieux à mettre dans mon itinéraire. J’ai ensuite demandé à une fille dans un bureau si je pouvais réserver mes hôtel sur sur ordi et imprimer. Elle a accepté. Du coup j’ai réussi à réunir toutes les pièces nécessaires en 30 minutes, avant la fermeture du centre. La fille a vérifié tout, quatre fois (ils sont malades) et finalement accepté la demande. Mon dossier est parti.
Retour Connaught place, mangé quelque chose. Puis direction bureau de la China eastern pour changer mon billet. La dame très gentille me dit que je perdrai 12 000 roupies au total si je parts le 8 décembre (ce qui est embêtant pour Alexia que je devais voir à Chengdu le 8…). Je dois revenir demain avec l’argent (à trouver !…). Voilà ! En espérant que ma demande de visa sera acceptée et que je pourrai enfin partir le 8.
Ce qui est très positif dans tout ça, c’est que je vais pouvoir aller au Taj Maal avec Deeksha mardi prochain. Deeksha que j’ai revue en soirée, avec grand plaisir ! On a mangé de le petit restaurant indien que j’ai trouvé le midi. On a parlé de pleins de choses, notamment (dans la catégorie insolite) des communautés « unisexes » très courantes en Inde (malformation génétique), qui vivent en demandant aux jeunes mariés de l’argent, que les gens donnent de peur que le refus ne leur porte malheur…
30/11/16
Journée de travail sur ma recherche. Difficile car je dois commencer l’intro de mon mémoire académique… J’ai passé deux heures le matin à faire un truc qui finalement est mauvais et qui ne servira à rien. J’ai du recommencer. Puis travail de définition dans l’intro de l’attention. Long et coûteux. J’ai du aller chercher des sources classiques occidentales très loin, décortiquer des textes. Fatiguant, épuisant. Mais en fin de journée j’étais plutôt content de mon travail. Chaque jour un combat. Ma position est ambigu. Je ne sais pas si j’aime ça ou si je déteste. Comme pour tout, c’est agréable quand ça va bien et horrible quand ça va mal… je n’arrive pas à apprécier les moments de flou et de pure création intellectuelle, ce qui est le plus important dans une recherche.
J’ai aussi essayé de trouver de l’argent pour payer mon changement de billet d’avion. Difficile. Impossible. Ils proposent des taux de change très mauvais.
Le soir, j’étais en pleine forme, satisfait de ma recherche et beaucoup moins stressé, dans le sens où j’arrivais mieux à accepter de chercher dans les sources, tâtonner. Apprécier la recherche en elle-même. J’ai fait mon rituel de yoga en autonomie pour la première fois. Je vais tenter de le pratiquer un jour sur deux. Ca m’a fait beaucoup de bien. Puis dîner dans un petit restaurant de street food habituel. Avantage d’être proche de l’hôtel. Relativement cher pour la merde que c’est en terme d’hygiène mais ok. La cuisine est dans la rue. Une petite salle en bas pour manger. A l’étage, les cuisiniers dorment et vivent dans une pièce minuscule, où ils font aussi cuire les plats marinés. On voit des mains se tendre depuis l’étage, ouvert sur la rue, pour donner des légumes et des plats aux cuisiniers d’en bas. Tout est parfaitement huilé. Le gars qui fait des chapatis va très vite pour étaler la pâte. Il a une espèce de four circulaire, comme un bidon en terre. Il colle les chapatis sur la paroi brulante et fait cuire ainsi. Il les retire en jouant avec deux longues tiges de métal. L’acte de coller le chapatis oblige à mettre le bras dans le four. Il m’a montré son bras qui comporte plein de cicatrices, des brûlures. Il semblait très fier ! Et il a de quoi. J’ai enfin réussi à trouver quelque chose pas trop épicé : daal avec du paneer. Dieu soit loué que les daal ne soient pas toujours épicées.
1 et 2/12/16
J’écris depuis mon bus de… Rishikesh à Delhi !
Journée du premier difficile où j’ai couru dans toute la ville pour trouver de l’argent.
Je me suis arraché la gueule dans un restau de rue trop épicé. J’ai acheté un masque antipollution, apprenant dans le brouillard que Delhi est 3 fois plus polluée que Pékin. Génial.
Concernant mes affaires de voyage, j’ai appris que la dame de la compagnie China eastern ne pouvait pas m’aider plus pour mon ticket. Du coup appel de l’agent de voyage à rishi. Obligé de demander des portables à chaque fois, de rappeler 10 fois avant de comprendre un mot… Il me propose d’annuler le ticket et d’envoyer quelqu’un avec l’argent du remboursement à Delhi. Jai préféré y aller moi même ! Pour changer en même temps de ticket. Ça évite les gros échanges d’argent que je n’ai pas et me permet de ne dépenser que 120 euros de plus que sans les problèmes de visa. Contre 150 avec la compagnie China eastern.
Plaisir de lire que mijo et mes parents tiennent colibris solidement par les cornes et organisent un goûter au château dimanche !
Inde enfumée, les paysans brûlent les champs. Ça ajoute à la pollution. Odeur de fumée partout.  Terminé quasiment l’intro de ma troisième partie de recherche. Académique. Découvert les notes de bas de page sur word pour les références.
Dans le bus aller à Delhi, entre les porteurs de hauts parleurs costumés dans le bus, j’ai vu u singe voyager sur le toit d’un tuktuk. Était il apprivoisé ? Je ne sais pas. La scène était sympa. Dans rishi un homme se déplaçait avec son âne qui trottinait d’un bon pas. L’expérience du bus local, pas pour touristes, est sympa ! Tout en Inde est conditionné par la densité de population. La patience des gens, leur force de vie, leur respect, l’animation, le dynamisme. C’est une fourmilière.
Je pratique toujours mes rituels. Avec plaisir et résultats. Je gagné vraiment en maturité. J’arrive mieux à accepter de lire des sources philosophiques dans les phases où j’ouvre un champ de réflexion nouveau. De le faire sereinement. De moins vouloir avoir terminé avant d’avoir commencé. J’essaye de mieux vivre les moments de pure création, toujours coûteux en énergie. Plus généralement, mon système rituel et mon autonomie m’aide à valoriser l’humain, à le respecter plus et à me sentir comblé dans la simplicité.
Dans le bus, je me suis souvenu de pleins de moments que j’ai passé avec Valentin, des jeux d’enfance, parmi les plus beaux (dédicace à toi Valou si tu me lis) ! D’abord l’ambiance à Fleurie, quand j’allais y passer quelques jours. La ferme de valou dans sa chambre, le sol de l’étage transformé en champs. Le bruit du tracteur à imiter avec la bouche. La vieille gameboy de Clément. La maison en elle-même, dont l’étage est un peu sinueux, avec un grenier mystérieux, ambiance mythique. Valou qui s’occupe de ses poules, parties de ballon contre le mur du hangar à taurillons, je me souviens de la balle qui avait les motifs d’une coupe du monde. Parties de barrières dans le hangar à taurillon, courses poursuites. Sauts et escalade dans les ballots de paille, malgré l’interdit. Il suffisait de sortir dehors, de marcher dans la ferme, guidé par l’instinct. C’est cet ouverture d’esprit dont je me souviens particulièrement et qui est magnifique. On marche, on discute de tout et de rien. On monte sur un ballot l’air de rien et on commence à jouer, pas de construction a priori. Tout lieu et objet est un jeu potentiel. Plaisir d’explorer, de tester. Peur des chiens errants qui errent dans Fleurie, parties d’Unreal Tournament sur l’ordi du bureau de Guillaume, plaisir intense dans ce jeu, partagé avec Valou (on joue chacun notre tour). Visionnage de cassettes dans le salon, souvent louées par Valou : les trois mousquetaires, Astérix contre César… petits déj devant les dessins animés en pyjama, sur le froid canapé en cuir. Avec un grand bol de céréale. Glaces qu’on allait chercher dans le congélateur du garage. Puis la même chose à Dampleux. Souvenir particulier des courses poursuites et cache cache, le jeu le plus simple et le plus entraînant. Encore mieux quand on est en équipe avec les cousins ! Sans parler des souvenirs partagés en vacances à Artix, ou au ski avec Valou…
03/12/16
Recherche le matin. Terminé l’intro et envoyé compte rendu à Sciences Po. Début d’aprem appel de Florent. On a beaucoup discuté théorie politique. Toujours aussi stimulant, comment impulser un vrai changement dans la société ? Réflexion sur le concept de Geneocratie pour remplacer la démocratie.
Soirée avec Deeksha. On voulait voir un film mais la projection n’a jamais démarrée ! Du coup ils ont remboursé les tickets.
04/12/16
Journée studieuse ! J’ai commencé la partie 1.1. de ma recherche, qui m’oblige à assimiler l’histoire de la philosophie indienne et la naissance du yoga. Très intéressant mais peu philosophique pour le moment. Envoyé aussi mon plan détaillé revu et mon intro à Alexandre. Envoyé ma partie 1 à Florent qui voulait la lire. Je n’aime pas faire ça, ça n’est pas finalisé…
Une Aloo Parantha pour le ptit déj. Riz + Daal + Paneer + Chapati pour le déj et Daal paneer et chapatis pour le dîner. J’admire toujours autant la gestuelle du gars qui les fait, bien qu’on sente qu’il ne le considère pas comme un art, contrairement peut-être à ce que ferait un japonais. J’ai discuté un peu avec un mec de Mumbay. Il m’explique à quel point c’est différent de Delhi en termes de pollution, d’atmosphère humaine… plus développé apparemment. J’aime bien Delhi pour ses imperfections. C’est une ville folle.
Skype avec ma famille et… Colibris ! Mijo, Nana, Francis, Olivier, Marie-François, plaisir de les voir. De partager ce moment avec eux.
05/12/16
Derniers jours en Inde ! Je m’imprègne de tous les détails de ce pays magique. Incredible India. La vie, l’intensité, les gens. Journée studieuse, après être allé, enfin, récupéré mon passeport au centre de visa. Procédure sans encombre pour une fois. Rentré à l’hôtel et moment de recherche difficile. Fatigue, manque d’inspiration, sentiment de faire un résumé wikipédia de l’histoire de l’Inde. J’ai alors ouvert un nouveau document word et posé par écrit mes frustrations, puis tenté de théoriser intimement ce que pouvait signifier le rituel pour moi. Différence entre yoga et autres disciplines. J’ai ainsi retrouvé de l’inspiration, en me libérant de la pression d’arriver directement sur quelque chose de formel et de référencé. Travaillé jusqu’à 18h. Bien avancé. J’ai pu faire une petite heure de yoga sur le toit de l’hôtel. Plaisir de sentir la ville par le haut. J’ai vu des chats qui se baladent entre les immeubles. Les enfants qui jouent dans la rue en contrebas.
Soirée écoute de musique sda et réflexion sur le devenir de mon travail de recherche au-delà de Sciences Po. Je pense à l’œuvre de Tolkien, qui a eu un tel succès. Il ne s’agit pas de vouloir faire pareil, mais je regrette tous ces livres publiés, sur la psychologie et le développement personnel et qui ne changent en fait rien du tout à la vie des gens. Rien au monde. Sentiment que c’est une illusion, le livre n’a aucun pouvoir. Comment écrire un livre qui changera le monde ? Il faut l’écrire dans cette perspective. Lui donner quelque chose de religieux, de sacré et de secret. Pensé à ne pas le diffuser en plusieurs exemplaires, à ne faire que des copies manuscrites. Dans tous les cas, je  compte m’installer à Neufvy dans maison bulot. Pour lancer sur place et sérieusement projet colibris. Parler de ma recherche, voire enseigner. Enfin réunir réellement autour de moi. Donner. Construire une vraie structure et amasser des dons pour racheter le château. M’y consacrer pleinement. Jouer aussi un personnage quand je suis dans mes moments sacrés. Avec costume. J’ai aussi réfléchi au prolongement de ma recherche, faut-il que je fasse un manuel ? Peut-être vaut-il mieux en rester à un enseignement oral.
06/12/16
Journée avec Deeksha. Je mets de côté la recherche et les rituels. Visite du Taj Mahal ! Départ à 8h30 avec la voiture de Deeksha sur l’autoroute direction Agra au sud est de Delhi. J’ai conduit à gauche ! Sensation étrange, tout est inversé.
Arrivée au Taj. Monument magique. La blancheur du tombeau majestueux. La légende raconte que le roi, qui a construit cela pour sa femme, a coupé les mains des artisans pour les empêcher de construire une telle merveille à nouveau.
Chance immense d’avoir pu faire cette visite avec Deeksha.
07/12/16
Dernier jour à Delhi. Balade dans la Connaught Place avec Deeksha qui devait trouver un cadeau pour l’anniversaire de sa nièce. Elle a acheté un petit pull tout mignon. De mon côté je voulais trouver le tome 2 du seigneur des anneaux. On a fait plein de librairies sans succès. Finalement la rue m’a sauvé à nouveau ! Je suis retourné à un petit bouquiniste que j’avais visité il y a peu. Il n’avait pas le livre. Mais entre temps il a pensé à moi et l’a trouvé ! Une magnifique édition de 1991. Miracle. Bienveillance des gens.
Beaucoup à faire avant de décaler en avion. Je dois envoyer des mails, mettre à jour mon blog, le drive…
L’inde me manquera beaucoup. J’ai tellement appris. Ma synthèse parle pour ce journal qui ne peut traduire la richesse de mes découvertes.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s