Journal de bord n°4 août

1/08/16

Je viens de terminer ce matin ma longue partie sur le langage et le discours. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire tous ces articles, bien que cela constitue une introduction ardue à ma recherche. J’espère ne pas avoir découragé mes rares lecteurs…
J’avais initialement prévu de commencer ensuite une partie sur le discours logique et scientifique concernant la nature et l’existence. Cela aurait consisté en une étude des principes physiques fondamentaux, de nos déterminismes comportementaux (physiques et biologiques…). Je compte traiter ces thèmes directement dans la partie consacrée à ma méthodologie de recherche car je manque de temps et je ne veux pas non plus m’enfermer dans les théories actuelles.
Cette partie va me coûter beaucoup, je le sais. Pour la première fois, je me lance véritablement dans une réflexion personnelle. Je sors des sentiers battus. Croisons les doigts ! Une semaine pour inventer une méthode. 5 jours pour l’appliquer à mes principales thématiques de recherche et deux semaines pour m’ouvrir doucement à la culture asiatique. Voilà le programme du mois à venir. Il est possible que ma recherche connaisse, dans les jours à venir, de grands bouleversements.

04/08/16

Journée difficile consacrée à une recherche de méthodologie ou au moins de principe directeur, d’angle d’attaque, de motivation originelle à trouver une méthode de recherche… Difficile je disais :
« Je constate que je ne parviens pas à relier tous les bouts du puzzle de cette étude. En effet, j’ai au cours des mois derniers ouvert un très grand nombre de portes, aussi bien dans le domaine des neurosciences que dans celui de la métaphysique. Je me sens face à une montagne de théories. Il serait sage de toutes les ranger, les classifier comme a fait Aristote dans l’antiquité.
Faire un ménage conceptuel. Mais je suis lasse de cette méthode qui en plus ne colle pas du tout à ce que je vais faire l’année prochaine. J’en ai marre de créer une carte mentale et linguistique de la réalité. J’en ai marre de l’écart entre la théorie et la pratique. Marre de ces dichotomies puantes, fausses, de ces discours réducteurs et de cet espoir naïf de toucher une complexité. L’expérience de la vie est quelque chose de simple. Il est absurde d’en rendre compte par des modèles incompréhensibles. Temps pour moi de de toucher l’essence et non plus le sens ».

 

06/08/16

Je constate que je ne parviens pas à relier tous les bouts du puzzle de cette étude. En effet, j’ai au cours des mois derniers ouvert un très grand nombre de portes, aussi bien dans le domaine des neurosciences que dans celui de la métaphysique. Je me sens face à une montagne de théories. Il serait sage de toutes les ranger, les classifier comme a fait Aristote dans l’antiquité. Faire un ménage conceptuel. Mais je suis lasse de cette méthode qui en plus ne colle pas du tout à ce que je vais faire l’année prochaine. J’en ai marre de créer une carte mentale et linguistique de la réalité. J’en ai marre de l’écart entre la théorie et la pratique. Marre de ces dichotomies puantes, fausses, de ces discours réducteurs et de cet espoir naïf de toucher une complexité. L’expérience de la vie est quelque chose de simple. Il est absurde d’en rendre compte par des modèles incompréhensibles. Temps pour moi de de toucher l’essence et non plus le sens.
Pause.
J’ai réfléchi pendant deux heures. Beaucoup d’idées me sont passées par la tête. Je couche tout sur une feuille. L’idée est ensuite de faire des liens, des catégories de thèmes.

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Pause.
Lecture du livre ressourçant de Jil. Une phrase m’a bouleversée : « Ne rien vouloir, mais accueillir ». Directement inspiré de la pensée asiatique. Permet d’arrêter de chercher « ma solution » et de comprendre que la réponse est déjà là, que c’est les œillères de la volonté qui la voilent.

 

08/08/16

Eurêka ? Ce matin, j’ai réussi enfin à poser les problèmes relatifs à la définition de ma méthodologie ! Je retire comme leçon de cette semaine difficile qu’un problème peut apparaître comme une impasse parce qu’il est mal posé sur le plan temporel. Ici, soit je devais renoncer à mon ambition de départ, soit je devais étaler ma recherche sur plus d’une année (pour me laisser plus de temps), ce qui techniquement est parfaitement faisable. Puisque je n’arrivais pas à définir rapidement une problématique satisfaisante, je me suis laissé plus de temps pour définir cette problématique, choisissant de consacrer mon année en Asie à la recherche de problèmes. Je me suis donc libéré de la pression de devoir trouver rapidement et de la frustration de trouver quelque chose d’insatisfaisant.

 

09/08/16

Matinée et début d’après-midi contre-productifs. Mon travail n’est absolument pas exploitable. Très décevant. J’ai passé des heures à réfléchir sur le concept d’entropie, essayant de l’appliquer au vivant pour déterminer la « finalité de l’existence en général ». Bien évidemment, c’était puéril et sans espoir. Ces approches générales, j’en suis lasse car elles ne mènent à aucune conclusion instructive et utile. Il faut se rendre compte : j’ai passé 6 heures à réfléchir, pour un résultat vraiment médiocre tout simplement parce que j’affirmais des choses sans avoir défini mes termes, tentant de réduire des concepts à une intuition sans fondement, jusqu’à les travestir. Il faut que je parvienne à être plus méthodique.
Angoisses relatives à ma recherche. J’ai peur de ne pas réussir. De fournir quelque chose de médiocre, sans consistance. De rester bloqué quelque part. Après tout, pourquoi ai-je lâché il y a deux jours ma problématique initiale ? Je suis déjà entrain de regretter. Ca me donnait au moins un point de départ. je n’aurai qu’à faire de la philosophie, comme tous les philosophes, plutôt que de chercher la méthode originale et révolutionnaire… Je devrais peut-être revenir à l’effort, plutôt que de me perdre de ce qui va devenir une liste de questions sans queue ni tête… DOUTES.
 Ok. Il faut que je reste sur la même démarche problématique car je suis convaincu qu’elle me permettra d’arrêter d’être obsédé par les solutions. Mais je peux resserrer la focale sur le cas de l’effort. Ainsi je fais d’une pierre deux coups !

 

22/08/16

Je me rends compte que je n’ai presque rien écrit dans ce journal au mois d’août. Pourtant il s’en est passé des choses ! Je place ici ce que j’ai écrit lorsque j’ai formalisé l’idée d’une recherche de problème avant tout (ça ne peut figurer dans un article ou dans le corps de la recherche) :
Je me souviens d’une discussion originale que j’ai eue cette année avec Fabrice Midal, un philosophe français spécialiste du bouddhisme. Je suis allé le voir à la fin d’une de ses conférences pour lui parler de mon projet de recherche. Il m’a demandé de manière plutôt sceptique, en fronçant les sourcils, sur quoi je voulais travailler. J’ai répondu : « sur l’engagement du corps dans la pensée, dans le cas de l’effort ». Il a ouvert grand les yeux, manifestement choqué : « Je ne comprends rien à ce que vous me racontez ». Je me suis dit mince, c’est pourtant pas compliqué ! Moi qui rêvais d’entrer au palmarès des grands philosophes, je sentais que M. Midal ne croyait pas une seconde à la pertinence de mon projet. J’étais incapable de gagner le soutien d’un spécialiste des thématiques que je comptais aborder et cela m’énervait sensiblement. J’ai donc répété mon énoncé une deuxième fois mais à nouveau, j’ai reçu une claque : « le corps, la pensée… mais rendez-vous compte de ce que vous dites, ça ne veut rien dire du tout ! ». Cette histoire m’énerve toujours autant, car je n’ai pas envie de revoir mon ambition et d’oublier les concepts généraux de corps et de pensée sous prétexte qu’ils ont été mille fois étudiés.
Pourtant, je suis lasse de me confronter aux problèmes métaphysiques qu’une poignée de concepts obscurs soulèvent depuis l’antiquité, sans qu’aucune théorie ne parvienne à s’imposer. Les démonstrations semblent toutes bloquées au niveau de ces concepts vieux comme le monde, qui servent souvent à la conclusion des ouvrages bien pensants, histoire de montrer au lecteur que tout reste possible. Les penseurs se répètent avec des mots différents, les mêmes problèmes se posent si bien que comme le disait Paul Clavier dans son cours de philosophie, nous avons le sentiment d’être face à un immense kaléidoscope : la forme évolue mais la substance est inerte. Mes pensées sont-elles le produit d’un corps et/ou d’un esprit ? Suis-je déterminé par mon corps ? Mes pensées sont-elles libres ? Le monde est-il ce que j’en pense ? Dans les articles précédents, je me suis confronté un peu à ces questions pour finalement répondre, sans surprise, qu’elles étaient insolubles. Ces mots ne se suffisent pas à eux-mêmes. On leur donne des dizaines de définitions sans jamais se mettre d’accord et ainsi, les réponses se multiplient, toutes aussi incomplètes les unes que les autres. Toutes aussi insatisfaisantes.
Je suis lasse de vivre dans l’absence de réponse ultime à ces questions. De savoir que quoi qu’on dise, il y aura toujours un « mais » quelque part. Je suis conscient de l’importance d’une possibilité de critique de mes travaux (critère de réfutabilité poppérien) mais je veux que, si elle existe, cette possibilité soit au maximum limitée. Les sages diront probablement que la beauté de la vie, la liberté, réside justement dans l’absence de réponse absolue, irréfutable. Que c’est « pas après pas » qu’un projet se construit. Bien que faute de mieux j’applique ces conseils et subis leurs limites dans mes projets pratiques et collectifs, je les rejette dans le cadre d’une recherche intellectuelle qui se doit de regarder plus loin. M’y soumettre dans ma recherche serait une forme de résignation ou pire, de servitude volontaire. Au nom de quoi la beauté de la vie réside dans sa finitude ? N’est-il pas naïf de confondre ce qui est avec ce qui doit-être ? N’est-il pas facile d’enfermer la vie dans ce qu’on en connaît ? Ces questions forment des problèmes et il me faudrait normalement en choisir un pour commencer ma recherche. Je reconnais la pertinence de la critique de Fabrice Midal : je ne peux pas me lancer en l’état dans la résolution de ma problématique de départ (l’engagement du corps dans la pensée). C’est trop général. Il me faut donc décomposer ma recherche en plusieurs étapes.
Initialement, j’avais prévu de boucler mon travail en une année. Ainsi, il me fallait trouver une première problématique durant l’été 2016 puis commencer les réflexions et expériences sur le terrain  dans la foulée pour enfin proposer des conclusions et un mémoire final à la fin de l’été 2017. Ce programme n’aurait posé aucun problème si mon ambition avait été mesurée. Autrement-dit, si j’avais écouté Fabrice Midal et renoncé ainsi à mes idées folles, un an aurait été suffisant. Je sais maintenant que je ne trahirai pas mon ambition initiale. Je ne conçois pas mon parcours intellectuel comme un ensemble de petites maisons juxtaposées. Je souhaite construire un château ou chaque pierre sera la partie d’un tout et bien que je ne puisse prévoir la forme finale du château, je peux déjà entrevoir sa grande taille car mon ambition est large et je refuse de l’enfermer.
Cependant, je suis loin d’être un génie et je ne me suis pas suffisamment spécialisés dans un domaine pour que mon cerveau me livre une idée eurêka sans crier garde (cf classiquement Einstein et ses géniales expériences de pensée). Par conséquent, il va me falloir du temps pour répondre à mon ambition. Plus qu’une année, c’est certain. Ainsi, de manière progressive, je compte remettre en question chaque étape de ma recherche, à la manière si vous voulez du doute cartésien. Je ferai en sorte de ne pas accepter des postulats qui risqueraient de me replonger dans les impasses d’hier et d’aujourd’hui. Afin de répondre malgré tout aux exigences académiques qui me soutiennent, je produirai un mémoire. Mais ce mémoire sera le résultat du début de ma déconstruction sceptique. Comment, plus concrètement, va-t-elle se présenter ?
Je reproche à la plupart des recherches de poser des problèmes atrophiés, souvent aveugles d’illusions et d’implications. Il est facile, lorsqu’on isole des parties d’un système, de les opposer et de les réunir. Le problème devient plus complexe lorsqu’on pense le système en général. Contre le cartésianisme, la systémique et les théories de l’émergence postulent que « le tout est plus que la somme des parties ». Sur ce point, la pensée d’Henri Laborit fut pour moi déterminante. Ce chercheur français du XXème siècle, neurobiologiste et philosophe, s’est battu toute sa vie contre le réductionnisme des approches monodisciplinaires. Pour lui comme pour d’autres, le monde est un ensemble de niveaux d’organisation ayant chacun des caractéristiques propres et partagées. Ca n’est qu’en abordant les problèmes à travers chaque niveau d’organisation qu’on peut espérer obtenir une solution satisfaisante. Je vous recommande de naviguer un peu sur le site d’un de ses disciples, Le cerveau à tous les niveaux (http://lecerveau.mcgill.ca/intermediaire.php), pour prendre conscience de la richesse de cette approche.
Pour rester fidèle à la complexité laborienne tout en travaillant à la découverte d’une bonne problématique, je vais consacrer une grande partie de ma recherche à soulever des problèmes. L’objectif sera de les formuler le mieux possible (questionner aussi le langage d’énonciation), de comprendre d’où ils viennent et comment ils émergent. Quel est l’influence de l’observateur dans la définition d’un problème ? Comment distinguer un vrai problème d’un faux ? Je souhaite par ailleurs souligner les problèmes qui, malgré une différence apparente, se répètent (par exemple sur le plan logique ou sémantique). Je réfléchirai aussi à la valeur ontologique de certains problèmes : pour quoi ils existent ? Est-il bon de les résoudre ? A travers ce premier grand mouvement de ma recherche, c’est finalement, à travers l’étude des problèmes, la raison d’être des sciences et de la philosophie qui sera mise au défi.
Je vais m’efforcer d’adopter désormais un discours hypothétique, car ce que je propose comme solution est susceptible d’être un problème. Certains seront peut-être agacés par cette prudence, mais je me connais. Je sais à quelle vitesse je m’enferme dans des convictions erronées.

23/08/16

Je viens de finaliser ma description de méthodologie et mon cahier des charges. Vous y trouverez notamment le concept d’effort rituel, l’idée magique qui m’a sortie de l’impasse. Je marchais dans le couloir quand j’ai pensé à une vieille idée, la mesure d’une progression par niveaux, comme dans un jeu vidéo. Je suis finalement arrivé au rituel. Voici le papier sur lequel l’idée est née :

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Soulagement. Si seulement j’avais mon VISA pour l’Inde ! Je serais sur un petit nuage.

 

25/08/16

Hier, c’était le VISA à Paris. Folie. 5 minutes avant la fermeture, après avoir réimprimé mon formulaire dans un cybercafé du coin. Un vrai parcours du combattant.
Pour la chine : je vais devoir annuler un de mes billets (patna-chengdu), heureusement j’avais l’assurance. En effet, je n’avais pas prévu le délai d’obtention du VISA chinois depuis New Delhi (ça va être sportif). Mpn plaisir quand j’ai découvert que je n’avais pas besoin de VISA pour le Japon !
Aujourd’hui, sous une chaleur à crever, gros après-midi de papiers et documents pour mon  voyage.Je dois tout gérer sans (ou peu) internet en Inde. J’ai donc téléchargé wikipédia et des ouvrages importants. Ainsi que Gallica. On verra ce que ça donne, mais de toute manière s’ils me confisquent mon pc (normalement interdit), ça servira à rien. C’est peut-être mieux ainsi ? Plaisir de savoir que je porte dans mon sac à dos les 60GB en anglais de la meilleure encyclopédie du XXIème siècle…

 

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