2. Comment analyser un discours ?

Un langage propose différents modes d’expression, différents discours. Si un discours, du latin discursus (courir) s’apparente à une course, un mouvement, demandons-nous qu’est-ce qui court, vers quoi, pourquoi et comment. Je souhaite présenter 6 caractéristiques générales du discours :
– Le support du discours est la nature physique du langage qui le formule. Il peut s’agir de sons, gestes, dessins, lettres, idéogrammes ou encore de 0 et de 1. C’est une caractéristique étudiée notamment par la médiologie1 qui décrit comment une idée s’incarne et se transmet en fonction de l’évolution des cultures et des techniques. Elle répond à la question : quel est le corps de l’information ? Régis Debray, son fondateur, distingue ainsi quatre supports généraux de l’information linguistique appelés des médiasphères : la logosphère (transmission orale), la graphosphère (transmission écrite), la vidéosphère (transmission analogique) et l’hypersphère (transmission numérique). Ces sphères apparaissent grâce à la réunion des conditions physiques/techniques nécessaires à la transmission d’information. Un exemple de condition nécessaire à l’apparition du langage parlé dans la logosphère, est la descente du larynx dans l’évolution de l’homme. Les études en biologie et en paléoanthropologie montrent que sans une position basse du larynx, nous ne pourrions pas articuler autant de sons et donc parler une langue élaborée.
Le discours est plus ou moins facile à énoncer selon les contraintes qui pèsent sur son support. Les contraintes sont issues à la fois du système qui énonce (structure biologique, capacité mémorielle…), de celui qui reçoit (connaissance des règles linguistiques…) et de l’environnement dans lequel voyage l’information (structure de l’espace-temps…). Ces contraintes déterminent donc la forme du discours. Pour choisir son discours, il faut d’abord choisir un langage puis définir les contraintes qui pèsent sur lui.
– La forme du discours désigne la manière dont est manipulé le support linguistique pour créer du sens. Lorsqu’on cherche à définir la forme d’un discours, on s’intéresse donc aux signifiants qui le constituent. Cette caractéristique est notamment étudiée par la sémiologie et la syntaxe. Je vais m’attarder sur la sémiologie, qui est une discipline peu connue et pourtant fondamentale2. Elle se définit comme la science étudiant la relation entre les signes ou systèmes de signes et ce qu’ils signifient. Pourquoi avoir choisit tel signe pour exprimer telle chose ? Quel est le sens associé à un signe selon les époques ? Comment décrire le lien entre le signifiant et le signifié ? En répondant à ces questions, la sémiotique nous permet d’appréhender la nature première des discours.
Tout d’abord, il semble important de faire la distinction entre un signe et un symbole. Voici ce qu’on peut lire sur un site de philosophie3 : « En un sens très large, le signe est toujours un symbole, puisque le signe évoque quelque chose d’autre que lui-même. Ainsi le signe « la table  » évoque une réalité, à savoir telle ou telle table. De même, le ciel qui se couvre peut être le signe qu’il va pleuvoir, alors qu’il ne pleut pas encore. Toutefois, le signe a ceci de spécifique qu’il n’entretient pas nécessairement un lien naturel avec la réalité dont il est le signe, tandis que le symbole conserve toujours un lien naturel avec la réalité dont il est le symbole. Ainsi Ferdinand de Saussure, linguiste français, a montré que le signe linguistique est toujours conventionnel, conséquence d’une décision ou d’un accord à l’intérieur d’une communauté. Il n’y a pas de lien naturel entre une table et l’utilisation du mot  » table  » pour la désigner. Le signe linguistique n’est donc pas une imitation de la réalité, sans quoi le mot  » eau  » devrait avoir les caractéristiques mêmes de l’eau ! A l’inverse, le symbole entretient un lien naturel avec la chose qu’il symbolise : si le lion est le symbole de la force, c’est en raison précisément de la force réelle du lion ». On comprend donc qu’il est plus rigoureux de parler de signe lorsqu’il s’agit d’un langage au sens stricte. Dans mes écrits précédents, j’ai par exemple parlé d’information symbolique-sensible. Désormais, je parlerai d’information significative-sensible.
Cette distinction signe/symbole étant faite, voici l’évolution historique de la sémiologie reconstituée en synthétisant l’article de l’encyclopedia universalis consacré à la discipline2. On apprend d’abord que le problème du signe remonte à l’antiquité et plus précisément aux stoïciens. Ces derniers comprennent en étudiant le syllogisme que les termes d’une expression ne sont vrais que si leurs signes sont reliés à une perception (pouvoir évocateur). En ce sens, le signe est une induction fondamentale associant le signe à la chose (cf deuxième article sur le langage)Sans elle, aucune induction logique ne serait possible car les signes logiques n’auraient pas de signification. Il me semble important de rappeler que le signifié auquel est associé le signe est nécessairement une information sensible, une perception consciente. Ainsi, puisque le monde que nous connaissons se révèle à travers un ensemble de perceptions, l’ensemble des signes associés à nos perceptions forme un système monde que nous pouvons modifier en créant de nouveaux liens entre les signes.
Un système monde formé par des signes est « réel » s’il évoque un système de perceptions connaissables. Il est complet s’il évoque toutes les perceptions connaissables dans le système. Il est partagé s’il évoque à plusieurs entités sensibles des perceptions connaissables dans le système et il est univoque si les perceptions connaissables évoquées sont les mêmes pour toutes les entités sensibles du système. Cette typologie des systèmes de signes réels permet de définir la connaissance comme capacité de traduire nos perceptions connaissables par des systèmes de signes. C’est en quelque sorte le passage d’un savoir faire/être à un savoir dire. La connaissance scientifique est le système de signe réel le plus complet, univoque et partagé. Nous verrons en détail pourquoi dans la partie consacrée à l’étude du discours scientifique. Je place en annexe 1 de cet article un historique de la connaissance sémiologique.
Passer du langage au discours ou à la communication implique de choisir  ses signes linguistiques en fonction de l’information qu’on souhaite véhiculer et de l’environnement donné. Ce choix peut se faire selon de multiples critères : clarté, rapidité, exhaustivité, complexité, universalité, émotion… Etudier la forme du discours, c’est comprendre à quelles contraintes elle répond et quels buts elle poursuit. Voyez le schéma ci-dessous :
 Image3
Ce schéma montre que pour choisir ou décrire la forme d’un discours, on doit d’abord admettre que le récepteur et l’environnement du discours impose des contraintes directes (espace-temps, attention…) et indirectes (langage) à l’émetteur. Dans le cas du langage, contrainte indirecte de l’environnement, l’émetteur doit le choisir de manière à ce qu’il soit transmissible dans l’environnement et compréhensible par lui-même et le récepteur. La forme du discours est déterminée directement par l’émetteur et sa volonté mais indirectement par le langage, l’environnement et le récepteur.
– Le contenu du discours correspond non pas aux signifiants du langage (forme du discours) mais à ses signifiés. Il s’agit de trouver à quelle perception, concept et représentation les signifiants sont associés. Autrement-dit, on étudie ici le sens du discours. La sémantique, science de la signification, est la discipline consacrée à ce travail (bien que la sémiologie soit proche, les frontières sont floues). Nous l’étudions à partir de l’article encyclopédique qui lui est consacré4. Elle étudie le sens des signifiants, autrement dit les signifiés d’un discours. Le signifié n’est ni le signifiant, c’est-à-dire la forme et le support du discours, ni le référent, c’est-à-dire la chose désignée. Le signifié serait la médiation nécessaire entre le signifiant et le référent, le lien permettant de passer de l’un à l’autre. Mais il s’agit fondamentalement plus que d’un simple lien. En effet, que connaît-on d’un référent et d’un signifiant sinon ce qu’ils signifient pour nous ? Il semble que le signifié soit l’incarnation même de l’information linguistique. Le problème de ce système signifiant/signifié/référent (hérité du structuralisme de F. de Saussure et formant le triangle sémantique visible ci-dessous), c’est l’arbitraire de sa définition.
En effet, il est difficile de dire dans quelle mesure un référent ou un signifiant sont fidèles à leur signifié. Différentes langues découpent ainsi le réel de manière relative à leur environnement d’utilisation (cf l’exemple de la couleur blanc pour les inouïts, hypothèse Sapir-Whorff). Il s’agit là d’un fort déterminisme linguistique. Des anthropologues come Jack Goody (La raison graphique, 1979) soutiennent ce déterminisme.
La sémantique componentielle se donne pour tâche de décrire les structures linguistiques. C’est elle par exemple qui identifie les champs lexicaux. Les applications sont multiples, à commencer par le domaine de l’informatique pour l’analyse de données. L’objectif fondamental de la sémantique componentielle est de donnant du sens aux signifiants en les mettant en relation, c’est-à-dire en créant du contexte. Des outils informations permettent de créer de telles relations entre les mots, on parle de thésaurus (du latin répertoire) qui sont des indexes améliorés. Le problème des tentatives de définition holistique d’une langue, que ça soit en intension ou en extension, c’est la persistance de mots dont la sémantique est ambigües. Il est par ailleurs difficile de distinguer le cotexte (linguistique) du contexte (extralinguistique).
L’approche cognitive de la sémantique, sur laquelle nous reviendrons, propose plusieurs modèles d’analyse du sens à commencer par le prototype. Il s’agit là de définir l’objet le plus représentatif d’une catégorie linguistique (la pomme pour les fruits par exemple). On est proche ici des idéaux types de Weber. Cette approche valorise une méthode d’analyse interdisciplinaire mais ne parvient pas à résoudre des problèmes inhérents au fait même de catégoriser.
La définition du concept de sens est un problème complexe que Björn Larsson, un spécialiste danois de la sémantique, aborde sous un angle original5. Il explique que les définitions du sens sont multiples (prototypique, aristotélicienne, wittgensteinienne, référentielle, inférentielle…) et qu’il est absurde de vouloir les réduire à une seule. Dans un article consacré à ce sujet, il nous dit : « il semblerait que toute interrogation sur le sens relève d’une certaine manière du paradoxe ou de la tautologie. Considérez d’abord la question : « Est-ce que le sens existe ? ». Si nous ne comprenons pas la question, nous pourrions peut-être prétendre que le « sens » n’existe pas. Seulement, on ne pourra pas le dire. Si nous comprenons l’affirmation que « le sens n’existe pas » – même si nous sommes tentés de la rejeter – nous avons au moins admis qu’il existe quelque chose qui « fait sens » et non pas le contraire. […] Ce qui est important à noter, c’est que toutes les solutions proposées sont fondées sur la compréhension préalable du sens de la description définie, faute de quoi, bien sûr, le problème ne se poserait même pas ». La solution proposée par Larsson est de penser le sens comme un concept intersubjectif. Autrement dit, a un sens une conception partagée par un groupe, peu importe sa substance. Rigoureusement, il nous dit que « le sens verbal est une conceptualisation intersubjective dont l’existence est constatée et mémorisée par au moins deux locuteurs sous la forme d’un signe ou de rapports entre signes ».
Cette idée renforce le célèbre private language argument de Wittgenstein qui démontre qu’il est incohérent de croire en l’existence d’un langage individuel, c’est-à-dire un langage intraduisible et impossible à apprendre par quelqu’un d’autre que la personne qui sait lui donner un sens. Ainsi, ce qui a du sens pour une personne en aurait nécessairement aussi pour une autre et sans langage public, il ne pourrait pas y avoir d’expérience privée. Cependant, cet argument entre en contradiction avec le sentiment que le sens accordé aux choses par les individus est subjectif. On ne peut être certain d’attribuer un même sens universel au fait par exemple de jouer de la guitare. Nous sommes donc face à un problème que ni une conception du je, purement subjective, et ni une conception de l’autre, purement objective, ne peut résoudre. Ainsi, Larsson nous propose de penser le sens comme l’expression du nous. Il entend par là « une épistémologie de la connaissance interactionnelle (Mead), de l’observation participante (Boas, Jakobson, Bakhtine), de l’expérimentation dialogique (Vygotsky, Harré & Gillet) et de la pragmatique transcendantale (Apel, Habermas) ». Le contenu d’un discours est accessible à tous les individus mais relativement à leur expérience des signifiés évoqués. Le guitariste ne donne pas le même contenu au mot guitare que le saxophoniste.
Selon Larsson, seule l’étude empirique « en situation » permet de déterminer quelle part de variabilité et de stabilité tient dans le sens d’un signifiant (sémantique des situations, pragmatique). Ce faisant, il rejoint tout le courant de la science moderne, fondé sur une logique inductive et probabiliste. L’auteur va même jusqu’à citer la mécanique quantique comme exemple d’interactionnisme. Pas de doute, il est dans l’ère du temps. Pour vous montrer à quel point il défend en fait une conception naturaliste et inductive de la signification, voici la méthode de détermination du sens qu’il propose :
« Une étude du sens attaché au mot amour devra ainsi commencer par la formulation d’hypothèses sur l’éventuel noyau du sens, relativement stable et trans-situationnel, qui serait commun à toute la communauté linguistique ou à des groupes de locuteurs à l’intérieur de celle-ci. La deuxième étape sera de préciser et de probabiliser les hypothèses à l’aide de toute la batterie des tests utilisés en sémantique : tests de compatibilités syntaxiques, tests d’anaphorisation, tests de commutation et d’autres encore. […] Il faudra encore passer par une vérification interactionnelle, faute de quoi la preuve recherchée reposera toujours sur le seul sentiment linguistique du sémanticien. Pour assurer un degré suffisant de contrôle intersubjectif, les hypothèses sont ensuite soumises à l’appréciation des collègues-linguistes ». Tout comme l’épistémologie, la sémantique moderne se soumet à la méthode scientifique mais ainsi, plutôt que de questionner la pertinence même de l’intuition perceptive, elle en fait le fondement même de toute connaissance.
Larsson assume sa prise de position en faveur d’une philosophie naturelle. Il estime que ce qui est vrai est ce qui est communément perçu. Cependant, il se place du côté de la méthode inductive en affirmant que la stabilité d’une connaissance est relative à une situation particulière. Il semble que tous les paradoxes autoréférentiels viennent d’une impossibilité de réduire un problème à un sujet ou à un objet. Autrement dit, il implique l’interaction et rend ainsi fausses  à la fois la définition du sujet et celle de l’objet. On ne peut plus penser le je et le il, il faut penser le nous. Pourtant, on doit admettre que le nous n’existe car par la fusion du je et du il. Compliqué, donc, de s’y retrouver. Ces problèmes valent pour l’heuristique, l’information, le sens, l’énergie, la pensée… brefs les concepts autoréférentiels.
– L’émetteur du discours désigne le système qui construit et émet l’information linguistique. Lorsque l’émetteur et le concepteur sont distincts, il faut le préciser (nos cordes vocales et nos poumons permettent l’émission d’un mot mais pas sa conception). Généralement, l’émetteur est doué d’une volonté propre, relative aux influences présentes et passées de son environnement. De plus, son langage influence également ce qu’il peut émettre. Je ne dis pas la même chose avec des formules mathématiques qu’avec des mots dans un poème.
– Le récepteur du discours représente le système qui reçoit l’information linguistique. Il peut s’agir d’un récepteur attendu ou inattendu. C’est au niveau du récepteur qu’on mesure le degré de pénétration intellectuelle (capacité à reformuler et à mettre en perspective) et performative (ce que le message induit comme changements chez le récepteur) du message.
– La raison du discours détermine à la fois la finalité et l’origine d’une transmission linguistique. Ainsi, elle nous donne le(s) facteur(s) déclencheur(s) d’une communication et le(s) but(s) de cette dernière. La raison du discours est directement liée à la volonté de l’émetteur, elle-même déterminée par sa structure biologique et les influences de son environnement (dont le récepteur). Il s’agit probablement de la caractéristique la plus importante en philosophie car c’est elle qui explique pourquoi le discours existe. La raison est toujours une raison d’être, elle donne du sens à l’existence de quelque chose.

Conclusion

Fort de ces 6 définitions, je vais analyser les discours les plus importants dans notre société. Mon objectif est d’abord, comme pour le langage, de mettre en évidence leurs limites (toujours relatives à une capacité perceptive).

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9diologie
  2. Julia KRISTEVA, « SÉMIOLOGIE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/semiologie/
  1. http://www.webphilo.com/definitions/voir.php?numero=40
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9mantique
  3. https://www.cairn.info/revue-langages-2008-2-page-28.htm

Annexe 1 Sémiologie

Historiquement, la pratique de la sémiologie se divise en deux temps : de l’antiquité jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’ambition des penseurs est de mettre en évidence les structures des langages et leur signification véritable. Ils définissent pour cela leurs propres règles syntaxiques et sémantiques, mais aussi parfois leur propre langage. Bien que certains, notamment les logiciens, poursuivent cette tâche au XXème siècle, la pratique de la discipline s’oriente vers une philosophie et une science du signe, c’est-à-dire un questionnement sur le sens du lien signifié/signifiant, sur la relativité du processus de signification selon les contextes socio-historiques et les conceptions du sujet (conscient, inconscient, libre, déterminé…).
Au Moyen-Âge, le signe et plus spécifiquement le « verbe » sont l’expression d’une transcendance (christianisme). Ainsi, de même que les Idées de Platon son immuables, le sens et les règles d’articulation des signes doivent être strictement définies. A la renaissance, le souci est plutôt de toucher une vérité du signe, mais cela revient à vouloir penser la transcendance. C’est dans ce but qu’est rédigé la Logique de Port-Royal (Arnauld et Nicole, 1662), un des premiers traités de grammaire et de logique.
Au début du XVIIIème siècle, Leibniz a pour ambition de mathématiser l’entendement humain qui se manifeste par la manipulation des signes linguistiques. Selon lui, il existe un système de règles formelles défini par les mathématiques. Cependant, le sens des signes est relatif aux systèmes de sens auxquels ils appartiennent. Il y a donc une même mathématique (d’inspiration spirituelle) qui régit la poésie, la musique, la morale, la politique… mais la syntaxe est toujours appliquée à des objets particuliers ayant leur propre sens. Cependant, Locke peine à mener à bien son projet de mathématisation de l’entendement humain car il comprend que son outil de réflexion, c’est-à-dire principalement le langage verbal, est limité.
C’est pourquoi à la même époque le courant empiriste émerge, derrière notamment Locke et son Essai sur l’entendement humain (1689). L’objectif des penseurs passe d’une tentative de rationalisation formelle des langages à une tentative de compréhension rationnelle du processus de signification. C’est ainsi le sujet lui-même qui est mis à l’étude. Se pose alors le problème des lois fondamentales de la signification nécessaires à l’émergence du sens (positivisme logique de Boole, Frege, Peirce…). Ici, les rationalistes rencontrent les empiristes et les phénoménologistes (Husserl). Les penseurs du Cercle de Vienne (Wittgenstein) poussent cette tradition à son apogée. La connaissance formelle rencontre la connaissance empirique, les deux se justifient mutuellement (évidence perceptive).
Le logicien Carnap propose une philosophie du lien entre syntaxe et sémantique : la théorie des modèles. Dans la continuité de Leibniz qui distingue une vérité formelle et une vérité sémantique relative au contexte, Carnap déclare : « « Un système sémantique est un système de règles (la syntaxe) qui énoncent les conditions de vérité des phrases d’un langage-objet et, par ce moyen, la signification de ces phrases. Un système sémantique S consiste dans des règles de formation définissant l’expression « phrase dans S », des règles de désignation définissant l’expression « désignation dans S » et des règles de vérité définissant l’expression « vrai dans S ». Cela fait échos à ce que nous avons déjà dit à propos du langage : l’information significative-sensible se transmet grâce à une convention, un système de règles appliquées à un modèle. La règle est une caractéristique analytique du signe.
Ferdinand de Saussure distingue à la même époque la sémiologie de la logique. Selon lui, la sémiologie n’a pas pour rôle de définir un langage absolu capable d’unifier les sciences mais simplement décrire les systèmes de signes dans la diversité de leur pratique socio-historique. Il définit donc sa sémiologie comme « une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » L’empirisme devient alors un critère de signification parmi d’autre. Il n’est pas plus vrai qu’un autre. Selon de Saussure, la linguistique ne se confond pas avec la sémiologie mais il nous dit qu’elle  est « le patron général de toute sémiologie, bien que la langue ne soit qu’un système particulier ». Les penseurs contemporains de la sémiologie (Barthes, Strauss, Foucault) approfondissent cette approche relativiste qui n’épargne finalement aucune discipline intellectuelle. La découverte de l’inconscient freudien et les progrès des neurosciences tendent à montrer qu’une partie de la signification échappe à la conscience du sujet signifiant. L’ambition de la sémiotique moderne est donc de décrire les systèmes de signes dans leur diversité, en étudiant leurs formes relatives et universelles. Autrement-dit, il ne s’agit plus de nier une conception particulière du sens d’un mot, mais de l’accepter relativement à un contexte socio-historique donné…
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