2. Concepts clés, discours et langages

Dire

La frontière :

– implique un changement qualitatif du système pour se traverser alors que la limite nécessite un changement quantitatif pour se repousser.
– ne peut être traversée que par des entités ontologiques (sujets).

La limite :

– tend vers un absolu indépassable alors que la frontière peut se traverser. La définition d’une frontière et d’une limite est relative aux caractéristiques connues des systèmes qu’elles affectent.
– ne peut être repoussées que par des entités ontologiques (sujets).

Le système :

– est défini par ses frontières et ses limites, relatives aux caractéristiques du système et de son environnement.
– peut donc se redéfinir de manière frontalière (c’est-à-dire substantielle, intensive, explicite, analytique) ou limitative (c’est-à-dire formelle, extensive, implicite, synthétique).
– peut avoir des frontières semblables mais des limites différentes (et vice versa).

L’information :

– existe dès lors que des systèmes distincts interagissent et que l’état de quelque chose nous révèle une caractéristique de l’état d’autre chose (inférence). La relation d’indication peut correspondre à une convention naturelle (lois physiques) ou culturelle (significations d’une langue). Qui dit convention dit régularité, contrainte de la relation. Il s’agit en fait d’une inférence.
– n’implique pas nécessairement une mémoire consciente pour traduire une relation d’indication.
– est perceptible si et seulement si elle est portée par un support sensible pouvant se déplacer jusqu’à un récepteur.
– peut générer des sensations et des émotions au présent à partir de perceptions et émotions passées (qu’il fait en quelque sorte revivre). Le passé y rencontre donc nécessairement le présent. Peut-il, dans ce cas, y avoir de l’information or de l’espace-temps ? Cela serait contradictoire. Cependant, nous pouvons peut-être revoir notre définition de l’espace-temps.
– est pertinente si elle évoque une relation perceptible par son récepteur dans un modèle.

La communication :

– est l’échange d’information entre au moins deux systèmes et/ou les parties d’un même système (qui doivent partager le même langage).
– externe est relative aux facultés et à la volonté des systèmes communiquant et aux contraintes de l’environnement.
– interne (et donc l’utilisation d’un langage) est relative aux facultés et à la volonté d’un système et aux contraintes de l’environnement. Elle est plus libre de l’environnement que la communication externe. Il est donc plus facile de trouver un passage vers d’autres possibles en nous qu’à l’extérieur de nous.
– est possible si et seulement si elle est portée par un support sensible pouvant se déplacer de l’émetteur au récepteur et compris par eux. Elle présuppose donc l’existence d’un champ informationnel dans lequel coexistent des systèmes distincts mais capables de s’échanger de l’information.
– est relative aux similitudes sensorielles des systèmes

Le langage :

– est la capacité d’évoquer une information sensible passée (signifié) par une information sensible présente (signifiant) associée symboliquement à l’information passée (convention).
– n’implique pas un sujet conscient
– est présent partout où il y a des phénomènes en interaction
– est un outil dont l’objectif est la communication interne et externe. Son fonctionnement, relatif à une culture, détermine quelles sensations sont perçues et conçues. L’information qu’il est possible de tirer des phénomènes est donc relative au langage utilisé pour les décrire.
– mobilise la mémoire sensorielle et émotionnelle pour associer/distinguer les informations (via la perception et la conception).
– peut véhiculer des informations relatives à ce que le sujet peut percevoir (pour faire sens, il faut stimuler un sens). La perception ou la création d’information est donc relative à une sélectivité sensorielle et intellectuelle. Cette sélection est consciente ou inconsciente, mais toujours subjective.
– est de nature évolutive. On peut nommer de nouvelles perceptions ou créer de nouvelles associations de perception presque à l’infini (il suffit de préciser/modifier/créer des définitions).
– n’a pas de frontière car il s’agit d’un outil porté par un sujet, pas d’un sujet en soi (on ne peut pas penser le langage indépendamment de celui qui le porte). Or, un outil n’est opérant que dans son système de référence.
– a des limites perceptibles à travers des paradoxes (auto-référence, tautologie). Ces limites apparaissent lorsqu’un énoncé nous oblige à associer (respectivement distinguer) deux signifiants dont les signifiés ne peuvent s’associer (respectivement être distinguées).
– ne se réduit probablement pas à la communication physique et externe.
– distingue le symbole, qui conserve toujours un lien naturel avec la réalité (Lion = force) dont il est le symbole, du signe, qui ne le conserve pas nécessairement (le mot « table »).

Le discours :

– est l’acte de communication unilatérale d’information.
– porte sur un système monde qui est réel (sensations directement perceptibles) ou irréel (sensations indirectement perceptibles). Il est complet s’il évoque toutes les sensations perceptibles dans le système. Il est partagé s’il évoque à plusieurs entités sensibles des perceptions connaissables dans le système et il est univoque si les perceptions connaissables évoquées sont les mêmes pour toutes les entités sensibles du système.

 Les catégories du discours

– Le support du discours est la nature physique du langage qui le formule (médiologie). Le discours est plus ou moins facile à énoncer selon les contraintes qui pèsent sur son support. Les contraintes sont issues à la fois du système qui énonce (structure biologique, capacité mémorielle…), de celui qui reçoit (connaissance des règles linguistiques…) et de l’environnement dans lequel voyage l’information (structure de l’espace-temps…). Ces contraintes déterminent donc la forme du discours.
– La forme du discours désigne la manière dont est manipulé le support linguistique (signifiant) pour créer du sens (signifié). Lorsqu’on cherche à définir la forme d’un discours, on s’intéresse donc aux signifiants qui le constituent (sémiologie, syntaxe). Passer du langage au discours ou à la communication implique de choisir  ses signes linguistiques en fonction de l’information qu’on souhaite véhiculer et de l’environnement donné. Ce choix peut se faire selon de multiples critères : clarté, rapidité, exhaustivité, complexité, universalité, émotion… Etudier la forme du discours, c’est comprendre à quelles contraintes elle répond et quels buts elle poursuit (cf schéma).
– Le contenu du discours correspond aux signifiés du langage (sémantique). Il s’agit de trouver à quelle perception, concept et représentation les signifiants sont associés. Le signifié serait la médiation nécessaire entre le signifiant et le référent, le lien permettant de passer de l’un à l’autre. Le problème de ce système signifiant/signifié/référent (structuralisme de F. de Saussure), c’est l’arbitraire de sa définition.
– L’émetteur du discours désigne le système qui construit et émet l’information linguistique. Généralement, l’émetteur est doué d’une volonté propre, relative aux influences présentes et passées de son environnement. De plus, son langage influence également ce qu’il peut émettre
– Le récepteur du discours représente le système qui reçoit l’information linguistique. Il peut s’agir d’un récepteur attendu ou inattendu. C’est au niveau du récepteur qu’on mesure le degré de pénétration intellectuelle (capacité à reformuler et à mettre en perspective) et performative (ce que le message induit comme changements chez le récepteur) du message.
– La raison du discours détermine à la fois la finalité et l’origine d’une transmission linguistique. Ainsi, elle nous donne le(s) facteur(s) déclencheur(s) d’une communication et le(s) but(s) de cette dernière. La raison du discours est directement liée à la volonté de l’émetteur, elle-même déterminée par sa structure biologique et les influences de son environnement (dont le récepteur).

Le discours scientifique

La théorie de la connaissance :

– étudie le savoir en général, sans se limiter ni en terme d’objet, ni en terme de méthode.

La philosophie des sciences :

– est l’analyse philosophique des énoncés scientifiques (philosophie appliquée à un champ particulier).
– est déterminée par la philosophie que l’on pratique (aristotélicienne, kantienne, baconienne…)

L’épistémologie :

– est l’étude critique des sciences.
– obéit à des principes méthodologiques qui diffèrent selon les époques et les chercheurs.
– se positionne généralement pour des critères empiriques (expérience) et/ou théoriques (langage logique). Les penseurs modernes ne rejettent aucun critère, mais ils classent les théories relativement à eux.
– moderne devient, comme la science, soumise à un jeu infini de redéfinition des théories anciennes par rapports aux faits nouveaux ou des faits anciens par rapport aux théories nouvelles.
– ne peut redéfinir la méthode scientifique en appliquant cette même méthode. C’est là que la philosophie des sciences redevient nécessaire.
– étudie notamment la philosophie naturelle, au fondement des sciences, qui postule que la vérité émane de l’expérience sensible (contrôlée par un protocole expérimental et un degré d’évidence) et que cette dernière est donnée, figée. On part d’une conception arrêtée de notre pouvoir perceptif pour explorer le monde plutôt que d’explorer notre pouvoir à partir du monde. Toute donnée sensible est interprétée et toute interprétation est relative au sujet qui interprète.

Le discours scientifique :

– est comme tout discours un système de signes.
– pose à un certain niveau des problèmes d’ordre philosophique.
– est en général la capacité à traduire nos sensations consciemment perceptibles par des systèmes de signes (et donc de les évoquer a posteriori).
– est moniste s’il estime que le réel n’a qu’une nature.
– est réaliste matérialiste s’il considère qu’ « il n’existe pas d’autre substance que la matière » et que cette matière constitue la seule réalité. L’empirisme ajoute que nos perceptions nous donnent accès à cette réalité, source de la connaissance scientifique. La sensation est la clé de la connaissance, la matière est le substrat de l’esprit.
– est réaliste idéaliste s’il considère que le réel ne réside pas dans les phénomènes, mais dans les formes abstraites qui les définissent, les Idées. Les êtres et les objets ne sont que des artefacts. L’intellect permet de découvrir les formes, il est la clé de la connaissance. L’esprit est le substrat de la matière.
– est réaliste transcendantal s’il considère que notre esprit ou nos sens nous donnent accès à une partie de la réalité (éventuellement extensible).
– est constructiviste matérialiste s’il considère que toute réalité est relative à un appareil perceptif particulier. Berkeley affirme que les idées sont les béquilles de l’esprit, elles facilitent l’action subjective mais ne reflètent en rien une réalité objective.
– est constructiviste idéaliste s’il considère que toute réalité est relative à un appareil conceptuel (langage) particulier.
– se fonde, pour penser les observations perceptives, sur des règles logiques qui correspondent à nos intuitions sensorielles fondamentales. Il est impossible d’élargir notre champ de connaissance sans élargir en même temps notre champ de perception.
– est toujours relatif à une probabilité. On ne peut être certain que ce qu’on connaît ne soit pas une illusion (Ayer).
– repose sur un double déterminisme : déterminisme du sujet perceptif car si nous pouvions tout percevoir à volonté ou si nos capacités perceptives variaient continuellement, il n’y aurait plus de distinction possible entre le vrai et le faux. Et déterminisme du monde extérieur car si les informations perçues n’obéissaient à aucune loi universelle, alors il n’y aurait pas de raison pour que certaines se manifestent à nos sens de manière constante et récurrente (Patrick Juignet, la réalité et le sujet manifestent une résistance).
ne travaille plus à sa propre justification et risque alors d’aboutir à des conclusions qu’il présupposait  (argument circulaire, autoréférence, tautologie, auto-justification)
– propose des connaissances variées dont la pertinence est relative à la finalité de notre quête de connaissance. Ca n’est pas parce que je sais que mon rêve est le résultat d’une activité électrique dans mon cerveau qu’il n’existe pas comme expérience onirique.
– implique une réduction de la réalité à notre capacité perceptive. Il ne cherche pas vraiment à développer d’autres perceptions.
 – associe à tord l’habitude à l’intuition et à la récurrence
– est inductif et donc également déductif
– repose sur le postulat fondamental que le futur ressemblera au passé.
– s’apparente à ce qu’on peut appeler une théorie de l’action sensible
– gagnerait, plutôt que de travailler sur les jugements de perceptions, à remettre en question les perceptions elles-mêmes.

La logique classique :

– repose sur les trois lois d’identité, de non contradiction et du tiers exclu (Organon d’Aristote)
– doit présenter ses énoncés de manière à définir un modèle dont les caractéristiques identifiées sont nécessairement vraies ou fausses.
– repose sur des interactions phénoménologiques définies par les symboles logiques du langage
– se pratique par inférence, c’est-à-dire le fait d’expliciter les informations (implicites) que les lois fondamentales et les connecteurs logiques du langage ou l’observation ajoutent à la prémisse. Ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui sont liées par l’inférence mais certaines caractéristiques partagées. Grâce à la mémoire, l’inférence permet d’étendre (ou projeter) un phénomène se manifestant dans un espace-temps observé à un phénomène se manifestant dans un espace-temps non observé.
– repose sur des axiomes, propositions admises, indémontrables, indépendantes et absolument nécessaires à la cohérence de la théorie. Ces axiomes sont des symboles dont il faut admettre la signification. Les axiomes sont la pointe du compas que l’on plante pour tracer des cercles, les sens de l’être sensible qui perçoit pour agir… Retirez au compas sa pointe et à l’être sensible ses sens et vous devrez changer votre définition de l’être et du compas. Si vous refusez de changer de définition, vous devez accepter les axiomes associés aux objets ou bien renoncer à dire quelque chose à propos de ces objets.
– justifie ses axiomes par deux approches principales qui ne sont pas nécessairement distinctes : l’intuition rationnelle et l’expérience empirique. Dans les deux cas, la méthode est soit analytique (définition explicite ou intensive, ou connotative) soit synthétique (définition implicite ou extensive, ou dénotative).
– est le fondement des sciences.
– associe à tord l’habitude à l’intuition et à la récurrence.
– considère que notre connaissance des mouvements du corps et de la pensée est finie et déterminante.
– repose sur le postulat fondamental que le futur ressemblera au passé.

L’axiomatique :

– est une branche de l’épistémologie.
– a pour objectif d’expliciter dans un système théorique les termes non définis et les propositions non démontrées.
– tente de dissocier l’habitude de l’intuition et de la récurrence.

L’induction :

– concerne autant les expériences scientifiques que les expériences sensorielles. Toute connaissance en est issue.
– fonctionne par projection d’une observation particulière du monde réel vers des mondes possibles. Autrement dit, c’est une généralisation d’un fait circonstanciel à des situations hypothétiques.
– montre que si on a X dans un modèle particulier, alors on aura Y. On peut donc inférer Y à partir de X dans ce modèle.
– exclue les phénomènes extra-sensibles (contre-intuitifs) et non reproductibles (inhabituels).
– se mesure toujours en termes de probabilité.
– est permise par une sélectivité perceptive et conceptuelle d’ordre déductive.
– nous montre que la connaissance d’une stabilité est relative à notre ignorance de l’instabilité.
– repose sur le postulat fondamental que le futur ressemblera au passé.

La découverte :

– ne peut surgir uniquement via une méthode rationnelle, habituelle ou intuitive.
– émane d’un état d’esprit particulier, propice à la création.
– ne naît pas de rien (ex nihilo nihil).
– consiste à travers une nouvelle frontière.
– est permise par l’usage d’une rationalité contre-intuitive, pour saisir l’inhabituel.
– est un processus de création qui implique un processus de destruction (en quantité ou en qualité). Ce phénomène est d’ordre logique : être quelque chose, c’est ne pas ou ne plus être exactement autre chose.
– tout comme la transmission d’information, la récurrence, la diversité des perceptions… sont des phénomènes permis par la stabilité relative des systèmes (objets et forces) dans l’espace-temps.
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