1.1 Le langage et ses limites

Début de l’étude selon l’outil linguistique occidental (déjà orienté)

Introduction

Tous les mots que vous lisez ici sont relatifs à la langue française, ses symboles et ses codes, mais également à l’éducation de ma pensée, à l’éducation de votre pensée, à mon état physique et mental actuel (assis au sol dans mon studio à Paris après un cours à la fac etc…), à votre état… Ainsi, il y a de nombreuses « limites » à mon propos : structures linguistiques déterminées, manque de connaissance, différences d’interprétation des mots entre vous et moi, causes orientées des choix de discours que je fais… En vérité, je ne connais pas de discours libre de toute relativité. Cependant, même si l’objectivité semble difficile à atteindre dans l’absolu, il est nécessaire de s’en approcher dans le cadre des sciences. Pour donner à mon travail une dimension scientifique ou au moins philosophique, et lui éviter d’être capturé trop rapidement par le brouillard sémantique – voir pour l’en protéger tout à fait – je souhaite ici questionner l’outil essentiel à toute élaboration de connaissance : le langage.
En effet, je vais pendant ma recherche pratiquer certaines disciplines asiatiques et pour vous transmettre les fruits de ces expériences, je dois me résoudre à utiliser un langage. Cet article montre que j’ai fait le choix, pour le moment au moins, d’utiliser la langue française plutôt que l’Allemand, les mathématiques ou les mimes. Ainsi, nos consciences se trouvent immergées dans un univers particulier de symboles auxquels nos esprits ont appris à donner du sens.
Parce qu’ « il n’y a pas de prison pire que celle dont on érige soi-même les murs » (Vézina), nous nous demanderons si cet univers linguistique ne constitue pas en lui-même une limite fondamentale à la connaissance. Pour ce faire, je compte étudier les limites du langage et vous faire part des modestes pistes de libération que j’envisage. J’y mêle des réflexions personnelles et des reformulations d’autres pensées dont je citerai les auteurs autant que possible.
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1. Définir la limite

La première partie est consacrée à la définition des notions de langage, de frontière et de limite.
Le langage est généralement défini1 comme « la capacité à communiquer par l’intermédiaire de symboles (signes vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs…) se référant à une sémantique (signifié) et s’organisant souvent selon une syntaxe (signifiant) ». Plus concrètement, le langage a le pouvoir de nommer, d’associer et de distinguer les informations du réel captées par nos sens. Une langue est un langage particulier. Depuis la deuxième moitié du XIXème siècle, de nombreux chercheurs s’intéressent à cet outil central de la civilisation, que ça soit dans le cadre de la linguistique ou dans d’autres disciplines. Ferdinand de Saussure, le père de la linguistique, définit dans son Cours de linguistique générale (1916) la langue comme « une série de subdivisions contiguës dessinées à la fois sur le plan indéfini des idées confuses et sur celui non moins indéterminé des sons » (on peut ajouter aux sons les symboles, les gestes et autres signaux)2.
La frontière peut se définir comme le point de passage (concret ou abstrait) entre des systèmes (concrets ou abstraits) discontinus. Autrement dit, la frontière permet à la fois d’identifier les critères de discontinuité entre des systèmes (différence qualitative ou substantielle) et de les traverser à condition que le traversant adopte les règles du système d’arrivée (sans quoi la frontière naturelle ou artificielle empêche le passage). Les critères de perméabilité et de sélectivité de la frontière sont notamment évoqués par Edouard Glissant qui écrit dans le journal Le monde « Nous fréquentons les frontières, non pas comme signes et facteurs de l’impossible, mais comme lieux du passage et de la transformation »3.
Que l’on parle d’une frontière interne ou externe à l’individu, cette définition de la frontière implique un saut qualitatif (et pas seulement quantitatif) au moment de la traversée. Ce saut peut avoir lieu dans l’espace (du système A au système B) et/ou dans le temps (du système en t-1 au système en t+2). Vous pourriez trouver cette distinction artificielle car en effet, dans l’absolu, l’espace et le temps représentent une seule dimension (Einstein…) et les mouvements de la matière modifient tout système en permanence. Ainsi, il est dans l’absolu impossible d’identifier un système stable dans l’univers connu et les discontinuités ne sont que le résultat de l’imprécision de nos outils de mesure.
La limite décrit plus généralement une contrainte interne ou externe à l’évolution d’un système. En mathématiques, elle peut se définir comme le point réel ou infini vers lequel s’approche ou tend une valeur réelle ou infinie dans son évolution quantitative (j’entends par évolution quantitative la modification des valeurs des variables et non celle des variables elles-mêmes)4. La limite est donc liée à la notion de maximum ou de minimum atteignable. Bien qu’elles se repoussent (record du monde), les limites de cette définition ne se dépassent pas. En effet, dépasser un absolu c’est retirer au mot absolu sa signification principale à savoir… d’être absolu. Par ailleurs, s’approcher d’une limite ou la repousser, c’est évoluer de manière quantitative et non pas qualitative car s’il y a changement qualitatif (physique ou théorique) à l’instant t, il y a discontinuité entre le système à l’instant t-1 et le système à l’instant t+1. Ainsi, on retombe alors sur la définition de frontière.
Par exemple, l’absence de vibration dans l’air est la limite du son mais pas sa frontière car si l’on s’en tient à la définition du bruit, il serait illogique de pouvoir, en se contentant de diminuer la quantité de bruit, de faire passer ce dernier dans du silence (ils ne peuvent coexister !). Pour réussir cette opération, il faudrait supprimer l’opposition sémantique entre le bruit et le silence en modifiant qualitativement l’un des deux concepts. J’ajouterais encore la distinction entre limites/frontière générale – que rien n’a repoussé/traversé à l’instant de la mesure – et limite/frontière particulière – que certaines choses peuvent repousser/traverser à l’instant de la mesure. Enfin, une limite et une frontière sont toujours relatives aux caractéristiques connues du système qui les contient.

2. Trouver la limite

Nous avons constaté, à travers leur définition, que les concepts de limite et de frontière se répondent. La frontière transcende la limite car elle identifie la discontinuité permettant de sortir de l’impasse quantitative du système limité. Dans la suite de l’article, nous allons appliquer nos définitions au cas particulier qui nous intéresse : le langage. La question qui guidera cette partie est : y-a-t-il des limites et/ou des frontières au-delà desquelles les langages humainement intelligibles, quels qu’ils soient, ne peuvent aller ?
Tout d’abord, il est paradoxal de vouloir définir la frontière d’un langage par le langage en question. Effectivement, pour identifier une discontinuité entre un champ linguistique et autre chose, il faudrait que je puisse identifier la discontinuité entre les deux systèmes par l’intermédiaire d’un troisième système englobant les deux précédents car sinon je ne fais qu’intégrer l’un des systèmes à l’autre, et je supprime alors la frontière. Ces réflexions sont proches de celles menées dans le cadre de la topologie, c’est-à-dire la branche des mathématiques étudiant la notion de limite et de continuité dans l’espace-temps. Bien qu’on soit aujourd’hui capable, grâce à la géométrie différentielle intrinsèque, de décrire des systèmes sans avoir recours à un point de vue externe à ce système, l’identification d’une frontière entre deux systèmes semble toujours conditionnée par l’existence d’un troisième système englobant5. Ainsi, vouloir étudier la frontière d’un langage par ce même langage, c’est un peu comme de vouloir s’envoler tout en marchant sur terre. Il y a une incompatibilité structurelle et il faudrait, pour la résoudre, rendre dicible l’indicible…
L’exemple du néant permet d’illustrer ce paradoxe. Si le néant est l’absence de toute chose alors dès qu’on essaye d’attribuer au néant une qualité autre que celle d’être le néant, on lui retire sa qualité première à savoir d’être absence de toute chose. Il existe ainsi, comme le montre Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus (1921), des concepts tautologiques auxquels on ne peut prêter aucune qualité autre que celle contenue dans leur nom. Si donner du sens se définit par l’action d’associer ou de distinguer des choses ou des phénomènes, alors les concepts tautologiques sont vides de sens. En effet, la tautologie ne se définissant que par elle-même, la mettre en relation avec un autre élément serait une contradiction logique. Si A implique B, alors A implique plus que seulement A. Ce n’est plus une tautologie.
Dans son analyse, Wittgenstein estime par ailleurs que la connaissance est relative et contingente là où la tautologie est absolue et nécessaire. Pour bien comprendre cette affirmation, considérons l’idée que la seule raison d’être d’un être c’est d’être (Laborit). L’idée se cachant derrière cette tautologie est qu’une chose qui est doit avant tout, ne serait-ce que pour réfléchir aux raisons de son existence, continuer à être (Laborit dirait « maintenir sa structure »). Comme le dit Sartre, « l’existence précède l’essence » et donc toute action ou pensée est une manifestation de l’existence qui suffit à lui donner raison. Sélectionner une pensée ou action particulière et l’ériger en raison d’être absolue, c’est automatiquement priver de raison d’être les êtres qui ne partagent pas cette pensée ou action.
Ces raisonnements montrent qu’il existe des concepts dont il est impossible de dire quoique ce soit d’autre que leur nom. Or, ça n’est pas parce que je nomme un phénomène que je le connais. Pour le connaître, je dois, en plus de le nommer, être en mesure de « montrer ce qu’est la chose ou ce que signifie le nom » (Aristote) relativement à son environnement. Si le concept se refuse à toute description, c’est qu’il constitue une limite du langage. Limite dont on peut s’approcher, mais qu’on ne peut dépasser sous peine de tomber dans une contradiction logique. Et il ne s’agit pas d’une frontière, car je ne peux traverser l’extrémité et décrire l’au-delà.
Parfois cependant, des théories scientifiques et donc fondées sur un langage coexistent bien qu’elles soient contradictoires (comme c’est le cas actuellement avec la physique quantique et la relativité générale). Pour fonder la contradiction, il faut identifier le point où les théories ont, pour un même phénomène, des prédictions différentes6. Puisque ce point marque une discontinuité entre les deux théories, on serait tenté de parler de frontière. Cependant, parce que ces théories usent du même langage (les mathématiques), il est possible que de nouvelles combinaisons de symboles parviennent un jour à unifier les théories autour du même résultat. Il n’y a donc pas eu ici de changement qualitatif : le langage est substantiellement le même, c’est son champ descriptif qui s’est élargi quand les limites inhérentes aux deux théories initiales furent repoussées par la nouvelle.

3. Repousser la limite

Il sera important d’envisager dans mon étude d’autres formes de langages pour identifier les frontières de celui que j’utilise actuellement. Pour le moment, faute d’avoir sous la main d’autres formes de langage, je souhaite étudier plus en profondeur la notion de limite qui semble, elle, identifiable en français.
A l’évidence, un langage est de nature évolutive (on peut, presque à l’infini, créer de nouvelles combinaisons de symboles) et ses limites sont donc mobiles. A mesure qu’on découvre de nouvelles choses, on extrait en quelque sorte des connaissances du néant, repoussant la limite que ce dernier constituait. Cette idée nous amène permet de dire que ce qu’on sait dire aujourd’hui dans une langue n’est pas nécessairement la même chose qu’hier et l’impossibilité de décrire un phénomène aujourd’hui pourrait être surmontée demain en modifiant la combinaison de symboles de la langue pour obtenir une description plus adéquate. Pour illustrer ces deux idées, un de mes professeurs amoureux de la langue française disait à juste titre que « moins l’on dispose de mots, plus l’univers se réduit ». Mais est-il possible de repousser les limites du langage à l’infini ?
Nous avons supposé qu’il n’existe pas de limite absolue au langage car l’unique manière de répondre à cette question serait d’épuiser toutes les combinaisons linguistiques. Vaste programme me direz vous, dont on débat d’ailleurs sur certains forums internet. Cependant Jack Daniel nous dit : « sachant que la fin du monde est en 2012, le problème n’a pas besoin que l’on se penche dessus ». J’aimerais lui demander ce qu’il en est en 2016 mais je doute que lui et son orthographe approximative soient là pour me répondre.
Une solution serait d’imaginer qu’un jour, nous disposions d’une machine qui, à partir de la syntaxe et de la sémantique d’un langage, soit capable de calculer le nombre total de « discours » qu’il peut produire. Le résultat de ce calcul serait alors la limite absolue du langage étudié. Cependant, au moins dans le cadre d’un alphabet latin de 26 lettres, cette expérience a peu d’intérêt pratique. En effet, chaque mot est doté d’une sémantique, c’est-à-dire d’une signifié. Aussi, pour que le mot signifie quelque chose dans le discours, il doit correspondre à une expérience sensible et s’accorder avec les autres signifiés évoqués dans le texte (syntaxe). Notre machine pourrait être suffisamment sophistiquée pour explorer le monde et apprendre les liens sémantiques et syntaxiques unissant les mots et les éléments, mais il arrivera un moment où ses liens deviendront imperceptibles pour l’esprit humain, vidant les signifiés de leur substance et le discours de sens.
Cette petite expérience a le mérite de montrer que si limite absolue du langage il y a, elle est liée aux contraintes naturelles qui pèsent sur les producteurs de discours. Nous sommes limités par notre structure biologique et notre environnement. Pour repousser ces limites, il faudrait transcender les règles fondamentales qui régissent les interactions dans notre univers et déterminent nos limites linguistiques. Or, si nous sommes issus de l’univers, comment pourrions-nous créer un langage portant sur ce que nous ne sommes pas, autrement-dit des phénomènes d’autres univers ?
Ces questions ont des implications très concrètes dans nos cultures judéo-chrétiennes. Les religions du livre distinguent en effet la parole de Dieu qui serait divine et transcendante de l’univers, de la parole profane. De même, l’homme porterait en lui une part de divin, c’est-à-dire quelque chose d’extérieur à l’univers physique que l’on connait. De cette distinction a émergé l’idée d’un Dieu unique qui, doté d’une Volonté divine, communique aux hommes ses commandements. Mais puisque Dieu semble ne pas vouloir s’adresser à nous directement par la langue profane, il s’adresse à des messagers plus à même de comprendre la langue divine et de transmettre ensuite le message auprès des hommes. Le problème, c’est qu’il est impossible de dire si les prophètes traduisent véritablement un message divin, ou s’ils se contentent, en bon guru, de transmettre des pensées originales.
Le concept de Volonté divine rencontre un grand succès auprès des hommes car il permet de répondre aux questions que les hommes se posent sans en connaître la réponse (qu’est ce que le néant ? L’infini ? Dieu ? La mort). Ainsi, les prophètes apportent une explication surnaturelle à des phénomènes ou des concepts dont la nature, l’origine, le mode d’action et la finalité sont mystérieux. La faille de cette stratégie tient dans la dimension tautologique de ces concepts : on ne peut leur prêter aucune qualité sans créer une contradiction logique. Cependant, les prophètes n’en tiennent pas comptent et se plaisent à leur prêter des qualités particulières qui légitiment leur discours. Pour illustrer ce sophisme avec humour, je vous invite à visionner cette vidéo de Sylvain Duriff, le christ cosmique des temps modernes : https://www.youtube.com/watch?v=zCUG5eicBC4.
Avant de rejeter en bloc les cosmologies enchantée auxquelles croient beaucoup d’individus, il est important d’identifier à quelle fin l’on utilise le langage. S’il s’agit, comme pour les philosophes et les scientifiques, d’accéder à la connaissance du monde tel qu’il est réellement, c’est-à-dire empiriquement, alors effectivement de nombreux discours deviennent inadéquate de part leur manque de rigueur et d’humilité logique. J’ai choisi dans ma recherche de m’intéresser aux sagesses asiatiques car elles se situent selon moi à mi-chemin entre la science et la religion. En effet, elles tiennent des discours qui, bien que ne résultant pas nécessairement d’une démarche expérimentale, mettent en évidence sans les contourner les limites de nos connaissances linguistiques. Ainsi, le « koan », un terme japonais que l’on pourrait traduire en français par aporie7, désigne « une brève anecdote ou un court échange entre un maître et son disciple, absurde, énigmatique ou paradoxal, ne sollicitant pas la logique ordinaire ». En voici quelques exemples : « quel est le son d’une seule main qui applaudit ? » ; « Ce que dit cette phrase est faut » ; « Est-il relatif de dire que tout est relatif ? ».
Généralement, les apories apparaissent lorsqu’un énoncé nous oblige, par sa syntaxe, à associer (respectivement distinguer) deux signifiés qui ne peuvent s’associer (respectivement être distinguées). Il y a donc une contradiction entre la syntaxe et la sémantique qui, pour être résolue, doit modifier l’une ou l’autre des constituantes du langage. Cette modification, nous n’allons pas nous l’interdire au cours de cette recherche et nous n’hésiterons pas, en cas de nécessité, à utiliser des néologismes pour dépasser les contradictions. Cet enrichissement linguistique est possible grâce au caractère arbitraire du lien entre un signifiant (les symboles d’un mot ou la syntaxe d’une phrase) et un signifié (la chose ou le concept qu’un mot désigne). Comme le dit de Saussure, « Le signe linguistique est arbitraire. Ainsi l’idée de « sœur » n’est liée par aucun rapport intérieur avec la suite de sons s-ö-r qui lui sert de signifiant ; il pourrait être aussi bien représenté par n’importe quel autre ». En effet, le lien relève plus selon lui d’une convention historique et culturelle que d’une nécessité naturelle.

4. Oublier la limite

Dans cette dernière partie, nous allons démontrer que, bien qu’il soit possible de prendre de la distance vis-à-vis du monde pour raisonner en abstraction et décrire ainsi des phénomènes très éloignés de nos expériences sensibles, le point de départ de tout discours est, de près ou de loin, cette expérience sensible.
Le langage n’est après tout qu’un lien signifié/signifiant qui associe ou distingue certaines perceptions dans la masse indéfinie de toutes les perceptions. Si l’on peut s’amuser à créer des nouvelles combinaisons de signifiants en restant assis devant son bureau, les signifiés, eux, nécessitent une stimulation sensorielle voire émotionnelle. Ainsi, nous rejoignons l’idée évoquée dans le paragraphe sur la machine à calculer que notre capacité à utiliser et comprendre un langage est limitée par notre expérience subjective. Une nuance doit ici être formulée : la sensation et l’idée sont toutes deux antérieures à la pensée et au mot car je peux avoir une idée (représentation, image) de quelque chose sans pour autant le penser et le nommer (la question de savoir si l’on peut penser sans nommer sera traitée plus tard).
David Hume, dans son Traité de la nature humaine (1739), développe la théorie intéressante des perceptions simples et complexes en expliquant qu’il survient d’abord des impressions simples qui se transforment ensuite en idées simples et que les perceptions, en s’associant, peuvent former des impressions et des idées complexes8. On peut établir un parallèle entre cette théorie et la linguistique de Saussure et supposer que le langage tire sa substance des impressions et des idées (simples ou complexes) contenues dans sa sémantique (signifié). L’expérience sensible est donc la nécessité d’un discours sensé. Cette proposition justifie qu’un concept comme le néant soit vide de sens : personne n’en a fait l’expérience. D’ailleurs, dans sa signification la plus littérale, « faire sens » veut dire « soulever une sensation ».
Les neurosciences ont confirmé la validité biologique de ces théories philosophiques. Ainsi, Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale, démontre « l’importance de ce qu’il appelle les niveaux silencieux, premiers filtres au travers desquels notre système nerveux traite et répond aux informations qui lui parviennent. Après avoir traversé le complexe limbo-thalamique, les influx arrivent dans les zones corticales et néocorticales où ils acquièrent une valeur symbolique (nom) par comparaison et catégorisation grâce aux expériences antérieures (« niveaux verbaux ») ». Ce mouvement, Korzybski l’appelle l’abstraction. Le chercheur expose même l’idée que plus on monte en abstraction, plus on perd en signification.
Ces réflexions conclusives nous rapprochent (trop rapidement ?) de mon sujet de recherche à savoir l’engagement du corps dans la pensée. La question intéressante serait quel est le corps de la pensée ? Bien qu’il soit difficile de répondre sans définir rigoureusement les termes employés, si l’on considère que la pensée peut s’assimiler, au moins en partie, à la pratique mentale d’un langage (l’anthropologue Jack Goody démontre dans son livre La raison graphique que la pensée rationnelle est apparue chez les sumériens grâce au langage et plus particulièrement grâce à l’écriture du langage), alors son corps est, comme le langage, relatif à des signifiés et des signifiants. Ainsi, plus l’impression associée au signifié d’une pensée sera vive dans notre esprit, plus cette pensée aura de sens. La limite dans cette approche linguistique de la pensée, c’est qu’elle éloigne les signifiés du discours de leurs impressions et idées fondamentales (théorie de Korzybski). Pour les scientifiques, la mise à l’écart des perceptions est une nécessité pour tenir un discours objectif. Cependant, dans cette logique, plus un discours est objectif, plus il se vide de son sens. Plutôt que de repousser les limites du langage, nous devrions peut-être revenir vers ses origines.

Prolongement

La linguistique est un champ de recherche immense que je suis loin de connaître sur le bout des doigts. Ce prolongement vise à développer quelques idées supplémentaires relatives au langage.
Tout d’abord, je souhaite approfondir le développement relatif aux tautologies et aux apories.
L’aporie est probablement le terme le plus général pour désigner un problème insoluble. Elle a de multiples causes, mais résulte généralement d’une incompatibilité entre le problème étudié et les outils logiques (axiomes et opérateurs) appliqués à ce problème.
Dans une partie de l’article, j’ai par ailleurs confondu, à tord, tautologie et autoréférence9. Ces deux notions se rejoignent dans le fait qu’elles définissent un concept par lui-même. Cependant, elles diffèrent légèrement. La tautologie est tout simplement un énoncé qui se répète. Par exemple, la phrase « je ne peux pas venir car je ne suis pas disponible » est tautologique car on justifie la première affirmation par une affirmation identique. L’autoréférence est plus subtile car sans répéter deux fois la même chose, elle se définie en même temps qu’elle s’énonce. D’après wikipédia, « il y a autoréférence lorsqu’un signe se réfère à lui-même. Il y a hétéroréférence lorsqu’un mot (ou une phrase) se réfère à un objet (ou une situation) du monde, par exemple : une encyclopédie. Ainsi, la phrase : « Cette phrase compte cinq mots » est autoréférente. Les phrases autoréférentes peuvent être paradoxales ; ainsi : « Cette phrase est un mensonge » (paradoxe d’Épiménide) ne peut être classée vraie ou fausse ». De plus, « certains concepts ont un fort caractère autoréférentiel, par exemple conscience, être, réalité, identité, existence. Ils renvoient à eux-mêmes : on parle de miroir ontologique ». Le théorème d’incomplétude de Gödel est fondé sur le paradoxe de l’autoréférence. Les mathématiques utilisent plutôt le mot d’imprédicativité pour parler de ce phénomène (paradoxe de Russel).
Ces précisions étant faites, je souhaite revenir à l’idée que chaque discours contient une part de distinction (signifié/signifiant) et une part d’association (signifié/signifiant). Si cet argument est valable, alors le langage serait en fait une association distinctive. Pour expliciter ce concept paradoxal, il nous faut revenir à l’origine même du langage à savoir les perceptions qui produisent les signifiés.
Puisque le sens d’un discours est relatif aux perceptions auxquelles il renvoie, le langage d’association distinctive ne peut exister que si les perceptions elles-mêmes fonctionnent par association distinctive. Sinon, le lien de sens entre signifié et signifiant serait brisé. Mais comment est-il possible d’associer et de distinguer en même temps ? Fondamentalement, les deux concepts ne s’opposent pas. En effet, associer ne signifie pas fusionner ou uniformiser de même que distinguer ne signifie pas isoler ou séparer. Ainsi, le concept de distinction impliquerait une possibilité de comparaison et donc une relative association que l’isolement ou la séparation n’autorisent pas. A l’inverse, l’association impliquerait une possibilité de rapprochement entre deux éléments différents et donc une relative distinction que la fusion n’autorise pas. Si les êtres sensibles étaient constitués de manière à ce que les perceptions de l’un soient exactement celles de l’autre, ils formeraient un tout unifié et alors les associations ou distinctions linguistiques seraient impossibles. A l’inverse, si les être sensibles n’avaient aucune perception en commun, ils seraient incapables de se sentir mutuellement et donc de communiquer.
Ce phénomène de distinction associative, qui fait échos au concept d’insociable sociabilité qu’utilise Kant pour définir un des penchants de l’être humain, nous montre que le langage, parce qu’il est l’expression même de la limite de nos perceptions, peut encourager le rapprochement mais ne peut pas provoquer l’union absolue. De même, il peut souligner une distinction mais ne peut pas imposer une séparation absolue. En ce sens, il remplie le rôle de frontière tel qu’il fut défini dans notre premier article. Nous avons vu que le langage avait des limites, mais pas de frontière. Il est une frontière limitée. Quand je perçois et m’exprime, je crée des associations qui ne sont possibles que parce qu’il y a sélection de certaines informations et donc distinction. Par exemple, désigner quelqu’un de différent parce qu’il vient de perdre un bras est relatif. Il reste un bras à cette personne et même pour le bras manquant, si la structure de son corps souligne une absence, c’est qu’elle évoque la possibilité d’une présence passée ou future. Ainsi, bien que cet individu soit, du point de vue de la possession/perte de ses bras, partiellement semblable à moi aujourd’hui, il l’était peut-être totalement hier et le sera totalement demain (nous redeviendrons poussière…).
Dans les paragraphes précédents, nous avons précisé la relation entre le langage et les perceptions pour montrer que la relativité des deuxièmes conditionnait celle du premier. Le dernier paragraphe, en parlant d’une relativité passée/future des associations distinctives, soulève la question d’une relativité du langage et des perceptions vis-à-vis de l’espace-temps.
Le langage fonctionne selon différents modes et objectifs mais comme sa caractéristique première est de mettre en relation des signifiés à l’aide de signifiants, il implique une transmission d’information qui ne peut pas avoir lieu hors de l’espace-temps ni décrire des phénomènes situés hors de lui. Ces affirmations se fondent sur une conception de l’espace-temps relative à la physique. Dans ce paradigme, on a : Espace-temps à Transmission d’informations à Perception à Langage à Transmission d’information linguistique à Espace-temps… Cette chaîne est valable pour toute forme d’information (lumineuse, sonore, tactile, olfactive…).
Le langage (relatif à la mémoire) s’incarne dans l’espace-temps sensible car il est avant tout un phénomène physique (son, geste, dessin). Sans espace-temps, pas de possibilité de relation émetteur/récepteur et donc pas de communication possible. Cependant, le langage se distingue des informations sensorielles classiques. Une parole n’est pas simplement un bruit. Elle transporte une information, un sens particulier qui se distingue des sens en général. Le langage est fondé sur des perceptions faisant référence à un cadre spatio-temporel antérieur à celui de l’énonciation car il faut avoir perçu avant de parler de manière sensée. Autrement dit, l’espace-temps linguistique est conditionné par l’existence d’un espace-temps classique mais ils ne se touchent jamais. Cela ne signifie pas que les sons produits lorsque l’on parle n’existent pas. Ils s’insèrent bien évidemment dans l’espace-temps classique. Cependant, le sens des mots, leurs signifiés, appartiennent eux au passé.
Le langage à donc un temps de retard sur le présent. Il ne peut pas décrire en temps réel un phénomène et c’est précisément pour cette raison que les mesures scientifiques quantitatives, conditionnées par le langage mathématiques, ne saisissent jamais la valeur exacte d’un phénomène. Lorsque les scientifiques cherchent l’exactitude, une limite apparaît vers laquelle la mesure tend mais qu’elle n’atteint pas. C’est le fameux paradoxe d’Achille et de la tortue formulé par Zénon d’Elée, le philosophe grec. Il est possible d’atteindre un objectif et de parler de notre état avant l’objectif et après l’objectif, mais il est impossible de définir à la perfection l’état entre avant et après l’objectif (lorsqu’Achille dépasse la tortue).
Jusqu’à présent, nous avons étudié le langage et de ses limites à décrire le monde lorsqu’il est utilisé par des individus. Nous allons voir qu’il existe aussi des limites relatives à la nature des interactions entre des individus qui, même s’ils se ressemblent, diffèrent toujours un peu les uns des autres.
Le langage apparaît lorsqu’on isole une perception subjective (signifié) des autres (par prise de conscience) et qu’on lui associe un symbole objectif (signifiant). Cependant, pour permettre une vraie communication, il faut que plusieurs systèmes parviennent à lier la même perception au même symbole. Cette étape est difficile et elle est source de tous les malentendus relatifs au langage. Nous n’avons jamais les mêmes signifiés de référence. Le langage ne me donne pas accès à la perception du système émetteur, mais seulement à la perception que moi j’associe au symbole qu’à utilisé l’émetteur. Le sens d’un symbole linguistique est donc relatif aux associations signifié/signifiant que chaque individu a réalisé au cours de sa vie. Plus des systèmes connaissent des parcours différents, plus les signifiés seront, pour un même signifiant, différents. De même, moins un individu a pris l’habitude d’associer ses perceptions à des signifiants, moins il sera capable de communiquer par le langage sur ses perceptions. La sémantique générale de Korzybski a étudié la relation observation/abstraction et percept/concept pour conclure qu’il existe des « cartes mentales » fondées sur des observations et que ces cartes étaient plus ou moins éloignées de ces observations. Le niveau d’abstraction est donc variable. Voici un exemple tiré la page Sémantique Générale de Wikipédia : « Si on demande à quelqu’un : « Quelle forme a ma pomme ? », il répondra sans doute : « ronde ». Or, la pomme a été à moitié croquée et n’est donc plus ronde. L’interlocuteur, en répondant, a confondu une carte interne (objet rond, vert, croquant, juteux, sucré…) qu’il a automatiquement associée au mot pomme avec un fait constaté (observation). Il a attribué à l’observation de l’autre une signification qu’elle ne possédait pas. On parle dans ce cas d’inférence. Cette dernière ressortit à ce que l’on nomme confusion d’ordre d’abstractions, c’est-à-dire la confusion de l’abstraction fondé sur une observation avec une autre abstraction, qui résulte non d’une observation directe de cette pomme, mais de l’abstraction d’autrui, donc d’ordre plus élevé ». Ici, l’expérience sensorielle commune des systèmes, rendue possible par leurs similitudes biologiques, semble déterminer leur capacité à se comprendre par le langage.
Sans perception commune derrière les signifiants utilisés dans une conversation, la compréhension est impossible, à moins que les protagonistes finissent par découvrir un espace de perception commun. Par conséquent, l’effort de compréhension tant valorisé par les individus qui prônent la tolérance, l’acceptation de la différence, la sensibilisation etc… est limité par les perceptions communes entre moi et l’autre. Le langage seul ne peut pas tout. Ce point est fondamental car il limite intrinsèquement l’apport de l’éducation intellectuelle et de la philosophie. La philosophie analytique par exemple n’a aucune effectivité dans les processus de prise de décision impliquant autrui car ses réflexions, en s’enfermant tout à fait dans une forme logique, oublient les perceptions et les émotions permettant l’engagement et l’effectivité de l’action.
Nous aurons l’occasion d’approfondir dans d’autres articles la pertinence biologique de ces idées mais dans la deuxième moitié du XXème siècle par exemple, des études comme celle de Lawrence Kohlberg furent réalisées pour évaluer la capacité d’un individu à avoir un jugement moral10. Il en ressort que la morale s’acquière en grandissant, bien que beaucoup adultes n’atteignent pas les derniers stades de développement (post conventionnel et éthique). Kohlberg est profondément kantien, donc pour lui la raison est maître des émotions et indépendante de ces dernières. Pourtant, des spécialistes des neurosciences comme Antonio Damasio11 ont montré que des patients incapables d’éprouver des émotions (cas pathologique de Phineas Cage) étaient en mesure d’avoir un jugement moral en passant le test de Kohlberg tout en étant incapables de se comporter moralement dans la vie de tous les jours ! Autrement dit, les raisonnements moraux de type kantien tels que « Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen », n’ont aucune effectivité sans le soutien des émotions. Cette hypothèse dite des « marqueurs somatiques d’Antonio Damasio est le fondement de toutes les théories des émotions en neurosciences. Tout part du constat expérimental que deux mécanismes (agissant seuls ou de manière combinée) sont à l’œuvre dans une prise de décision : la voie de la raison, qui utilise les connaissances et la logique (donc le langage), et un mécanisme par lequel l’émotion rétrécit le champ de la décision, simplifiant la tâche de la raison. Le souvenir des émotions passées, réactivé par un circuit neuronal qui prend en compte les modifications corporelles liées à l’émotion, va ainsi influencer – marquer – la décision finale en attirant l’attention sur les conséquences à venir ou en interférant avec la raison. Ces marqueurs sont issus de notre mémoire émotionnelle, qui crée peu à peu des catégories (joie, deuil …) reliant l’image d’objets ou d’événements avec des états corporels (somatiques) plaisants ou déplaisants. Le rappel des informations contenues dans ces marqueurs peut être conscient ou inconscient »12.
Ces études n’en parlent pas explicitement mais je pense que la non effectivité d’un raisonnement moral survient lorsqu’il y a une dissociation trop forte entre signifiant et signifié. La personne qui s’exprime et réfléchi est ainsi capable de formuler des réflexions valident sans ressentir l’émotion associée aux signifiés mobilisés. Cela ne veut pas dire qu’elle ne tient pas compte du sens des mots. Ses raisonnements sont élaborés soit en fonction du sens général donné aux mots par la société soit en fonction de perceptions sensorielles non reliées à des émotions. Il y a donc une distinction à faire entre perception et émotion. Je peux voir un homme se faire tuer et associer le mot tuer à cette perception visuelle sans y ajouter d’empathie et de souffrance.
Ce prolongement me permet de mettre en évidence différents modes d’utilisation du langage qui sont mis en œuvre volontairement ou involontairement. Nous allons les étudier dans un deuxième article.

Conclusion

En définitive, nous avons montré que les frontières du langage ne peuvent s’identifier à l’aide de ce seul langage, qui est lui-même une frontière. Ainsi, il sera intéressant de mêler dans mon étude différents modes de communications. Les limites, dans la mesure où elles n’impliquent pas de saut qualitatif entre des systèmes, peuvent s’identifier par le langage. Nous en avons souligné deux : l’une est imposée par des concepts tautologiques ayant vocation à ne pas s’expliquer et l’autre résulte de notre connaissance limitée des possibilités descriptives d’un langage. Dans les deux cas, il s’agit bien de limites relatives car une redéfinition des concepts ou un approfondissement des théories doit permettre de les repousser. Par sa dimension évolutive, le langage permet de penser le progrès mais, ce faisant, il relativise les connaissances du présent aux découvertes du futur.
Dans les dernières parties de l’article, nous avons étudié comment les limites se repoussaient et sommes arrivés à la conclusion qu’en dépit de l’infinité de combinaisons qu’offre les langages, le lien sémantique qu’ils entretiennent avec le monde sensible les soumettent à des limites physiques et biologiques. Ainsi, le lien signifié/signifiant est une force car il permet de décrire le monde et donc d’interagir avec lui mais aussi une faiblesse car le sens d’un discours sera toujours conditionné par sa distance vis-à-vis de notre expérience subjective. Les discours sont relatifs aux perceptions et aux émotions que l’individu associe aux signes linguistiques. Ils prennent donc leur sens uniquement en référence à un cadre biologique et spatio-temporel particulier. S’il n’y a pas de langage sans perception, il peut y avoir du langage sans émotion. La force mais également le danger d’un tel mode d’expression, c’est qu’il est neutre de toute morale et que ses conclusions peuvent donc être utilisées « pour le meilleur comme pour le pire ».
Nous savons de mieux en mieux manipuler le langage, mais emportés par notre soif de comment, nous avons peut-être perdu en route le sens des mots que nous utilisons et le pourquoi de nos discours. J’espère montrer dans ma recherche que nos perceptions subjectives ne sont pas nécessairement une limite à l’objectivité de nos discours. J’espère redonner un peu de corps à la pensée et de sens à nos discours.
Merci à ceux qui m’ont suivi jusque là 🙂 n’hésitez pas à critiquer et voici pour vous détendre : https://www.youtube.com/watch?v=UvtHrvzUIuA

  1. http://www.sfu.ca/fren270/Introduction/page1_3.html
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cours_de_linguistique_g%C3%A9n%C3%A9rale
  3. http://www.monde-diplomatique.fr/2006/10/GLISSANT/13999
  4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Limite_%28math%C3%A9matiques%29
  5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Topologie_diff%C3%A9rentielle
  6. La relativité générale implique une singularité de type Big-Bang dans le processus de création de l’univers là où la mécanique quantique pose le quantum comme élément fondamental. https://www.youtube.com/watch?v=UvtHrvzUIuA
  7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Aporie
  8. Hume, Traité de la nature humaine: « une impression frappe d’abord les sens et nous fait percevoir du chaud ou du froid, la soif ou la faim, le plaisir ou la douleur, d’un genre ou d’un autre. De cette impression, l’esprit fait une copie qui demeure après que l’impression a cessé, et c’est ce que nous appelons une idée. Cette idée de plaisir ou de douleur, quand elle revient dans l’âme, produit les nouvelles impressions de désir et d’aversion, d’espoir ou de crainte, qui peuvent être proprement appelées impressions de réflexion, puisqu’elles en dérivent. Celles-ci, à leur tour, sont copiées par la mémoire et l’imagination, et deviennent des idées qui, peut-être, à leur tour, donnent naissance à d’autres impressions et d’autres idées ». http://philotra.pagesperso-orange.fr/tnhI_I.htm#livreIpartie1section1
  9. https://fr.wikipedia.org/wiki/Autor%C3%A9f%C3%A9rence
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_d%C3%A9veloppement_moral_de_Kohlberg
  11. Damasio Antonio, L’erreur de DESCARTES – La raison des émotions, 1995, Odile Jacob
  12. http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/empathie-conscience-morale-et-145466#_ftn17
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